Ghisonaccia : les enfants Mondange ont suivi le guide

Installé sur la commune de Ghisonaccia, le Domaine Mondange vient de faire son entrée dans le Guide des meilleurs vins de France. Une belle récompense pour Laura et Andria Mondange qui ont repris les vignes de leur père il y a quatre ans.

"C’est vraiment une reconnaissance pour tout le travail qu’on a accompli. Et surtout pour celui que notre père a réalisé car il travaille les vignes depuis près de 30 ans."

À l’autre bout du téléphone, la voix de Laura Mondange laisse transparaître une certaine émotion, doublée d’un sentiment de fierté.

En début de semaine, la jeune femme de 32 ans et son frère cadet Andria ont eu l’agréable surprise de se voir signifier leur entrée dans le Guide des meilleurs vins de France. Édité par la célèbre Revue du Vin de France, cette "bible" vinicole fait la part belle à 28 vignerons insulaires dans son édition 2022. Parmi eux, le Domaine Mondange.

"On a envoyé trois échantillons, parmi lesquels celui de notre cuvée supérieure Spargolata", souligne Andria Mondange, 28 ans, qui gère avec sa soeur le domaine situé à Saint-Antoine, dans l'arrière-pays de Ghisonaccia.

"Ce qui nous fait aussi plaisir, prolonge Laura, c’est de voir que le terroir de la Côte Orientale plaît aussi aux dégustateurs. On n’a peut-être pas la même notoriété que d’autres appellations,  mais on a quand même une région où les vins sont de qualité."

Des cuves dans le garage

À l’origine, le domaine Mondange ne produisait pas ses propres bouteilles en AOP. Jean, le père de Laura et Andria, y cultivait des vignes dont le raisin était uniquement destiné à la coopérative toute proche.

Quant à ses deux enfants, ils avaient chacun pris un chemin qui n'était pas celui du vignoble : après des études en économie et en gestion, Laura était partie travailler à l’hôpital de Tattone pendant qu’Andria était employé de la Safer (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural, ndlr). Néanmoins, tous deux ont toujours gardé dans un coin de la tête l'idée de s’occuper un jour des vignes de leur père.

On a vinifié les millésimes 2017 et 2018 sous la maison de nos parents. On avait aménagé le garage.

Andria Mondange

"En parallèle de mon emploi à Tattone et alors qu’Andria faisait encore ses études, on a passé un diplôme agricole en viticulture œnologie pour reprendre le domaineOn savait que ça arriverait mais on ne savait pas quand. Puis, on a eu envie de se lancer dans l'aventure au même moment."

Le basculement s’opère en 2017, date de la première cuvée du Domaine Mondange.  "On a vinifié les millésimes 2017 et 2018 sous la maison de nos parents, se souvient Andria. On avait aménagé le garage, où l’on avait entreposé quelques cuves. On a d’abord fait 12.000 bouteilles la première année, puis 20.000 la deuxième."

Plusieurs cépages

Aujourd’hui, la donne a quelque peu changé. Le domaine dispose désormais de sa propre chaine de mise en bouteilles. Une nouvelle cave a été construite, ainsi qu’une salle d’accueil et de dégustation. "Pour nous, expose Andria, c’était obligatoire de produire notre propre vin plutôt que d’emmener toute la récolte à la coopérativeLe produit fini est quelque chose que l’on voulait faire."

"On a créé le domaine mais ça a été plus facile car notre père cultivait et travaillait les vignes depuis longtemps, tempère Laura. De plus, il connaissait très bien l’exploitation pour nous aider. C’était donc plus facile pour nous d’entreprendre la construction d’une cave et de vinifier. Ce n’est pas comme si on avait planté la première année pour commencer."

C’est donc sur ces sols d’argile et de galets roulés du Fium'orbu - "qui offrent une diversité dans les cuvées" - que les enfants Mondange vendangent et assemblent les cépages. Il y a les classiques - sciaccarellu pour le rouge et vermentinu pour le blanc -, mais aussi les "anciens" comme le bianco gentile, le genovese et le minustellu. "On vinifie souvent plusieurs cépages ensemble, ça met plus de complexité, précise Andria. Pour les assemblages, on travaille avec une œnologue, Aurélie Patacchini. On essaie plusieurs choses, on goûte et on voit ce qui est le mieux."

Face au Covid

Dans leur parcours viticole, l’année 2019 représente un cap,  avec la création de la nouvelle cave, dotée de cuves à réception gravitaire. "Les raisins y sont déversés directement. Ils ne sont pas pompés, ce qui rend leur qualité meilleure. Tout ça nous permet de vraiment mieux travailler nos vins."

Outre la construction de la cave qui leur a "mis une certaine pression", les deux jeunes vignerons ont dû ensuite, comme leurs confrères, affronter la crise sanitaire. Ce qui a bien évidemment eu une incidence sur les ventes. D’autant plus que leurs principaux clients sont des restaurateurs, dont les établissements ont dû fermer plusieurs mois.

"On vend aussi aux cavistes et aux épiceries, qui eux ont pu continuer à ouvrir pendant la crise. Mais quand les restaurants étaient fermés, c’était compliqué, souffle Andria Mondange. Ça n’a pas été facile. Les mois passaient et le stock ne bougeait pas."

Heureusement, le frère et la soeur avaient pensé à diversifier leur activité. Notamment en continuant à vendre du raisin à la coopérative. "Cela nous permet d’avoir des revenus réguliers et sûrs." D’autre part, sur l’exploitation, ils cultivent également des clémentines et de pomelos.

La crise du Covid leur aura, au moins, permis de faire davantage vieillir leurs vins. "Les deux premières années, comme on ne produisait pas beaucoup, on vendait toute notre production assez rapidement,  explique Laura. Là, sur les rouges et les blancs, nous sommes parvenus à avoir un élevage en cuve et en bouteille plus long. Et c’est vrai que les produits sont quand même meilleurs !"

De l'aveu de son frère, le froid et le gel au printemps, puis l'été sans pluie ont certes "à peine retardé les vendanges et fait baisser les rendements, sans pour autant retirer de la qualité à la récolte".

Vers la biodynamie

Alors que les vendanges se terminent ce jeudi sur le domaine, Laura et Andria Mondange ont déjà le regard tourné vers l’avenir, avec la volonté de développer l’export mais aussi d'expérimenter d’autres techniques de production. "On est en phase de conversion au bio, confirme Andria. On aura le label dans deux ans. Normalement, le millésime 2023 sera en bio."

Côté organisation, Andria et Laura ont semble-t-il trouvé, là aussi, le bon assemblage. Le frère s’occupe davantage de la vigne, la soeur gère quant à elle la vinification. "Je la supporte", plaisante Andria qui consulte toujours son aînée pour chaque décision importante. Tout ça sous le regard de leur père, Jean, et de leur mère, Françoise, "qui donne un sacré coup de main au point de vente".

"On travaille beaucoup en famille", confirment les enfants d’une même voix, avant d’ajouter : "notre père doit être très content car il a travaillé les vignes très longtemps. Qu’on les ait reprises, cela doit lui procurer une très belle satisfaction."

L'entrée du domaine familial dans le Guide des meilleurs vins de France a certainement dû lui en apporter une supplémentaire...

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