Grande nacre : la Corse, point de départ d'une possible réintroduction ?

Alors qu'à Monaco, des campagnes d’observation vont être menées pour essayer de retrouver ces coquillages décimés par un parasite, les populations intactes de grande nacre de l'étang de Diana, sur le littoral corse, pourraient jouer un rôle dans la conservation et la reproduction de l'espèce.

En mer, dans 99% des cas les grandes nacres ne survivent pas au parasite.
En mer, dans 99% des cas les grandes nacres ne survivent pas au parasite. © AFP / BORIS HORVAT

Depuis plus de deux ans, la grande nacre, plus grand mollusque endémique de Méditerranée, est en voie d'extinction, menacée par un parasite profitant de l'augmentation des températures. Mais la présence en Corse de populations intactes pourrait jouer un rôle dans la préservation et la reproduction future de cette espèce.

L’une des pistes privilégiées pour faire face au risque d'extinction est en effet la mise en place d’un programme d’élevage en captivité : les grandes nacres seraient capturées à l'état de larves, élevées en captivité puis réintroduites dans la nature.

Mais pour que cela fonctionne, il faut impérativement identifier des sites naturels viables, où les individus pourraient se reproduire sans être contaminés par le parasite, haplosporidium.

Or, la grande nacre, ou Pinna nobilis, est toujours présente en Corse dans l'étang de Diana, au nord d'Aleria, où elle est observée depuis les années 90. En janvier 2020, une mission d'observation et de recensement menée par le professeur Nardo Vicente y a fait état d'une population dense et non contaminée par le parasite.

"Ces populations préservées de grande nacre pourraient servir à la réintroduction de l'espèce dans d'autres milieux, via l'élevage en captivité de géniteurs puis l'ensemencement", explique Robert Bunet, chercheur à l'Institut océanographique Paul Ricard. 

Mais si la présence de populations intactes peut pousser à l'optimisme, Robert Bunet est catégorique : la réintroduction ne pourra être immédiate. "Les spores libérés par le parasite peuvent rester présents dans les sédiments pendant plusieurs années, explique-t-il. Il est donc impératif de tester le terrain avant de songer à réintroduire des grandes nacres."

"Un grand programme à cet effet devrait être lancé à partir de la fin de l'année 2021, début de l'année 2022". En attendant, les études et inventaires se poursuivent pour surveiller l'évolution des populations déjà recensées.

Un élément essentiel de la biodiversité

Pinna nobilis est un bivalve hermaphrodite de la famille des Pinnidés, qui vit dans les fonds meubles sableux ou vaseux et les herbiers de posidonies et de cymodocées et se nourrit en filtrant le phytoplancton. 

Il s’agit du plus grand mollusque vivant en Méditerranée : chaque valve mesure ainsi 1 mètre en moyenne, et peut atteindre jusqu’à 1,20 mètre chez certains individus. 

En filtrant l'eau, la grande nacre joue un rôle d’assainissement essentiel à la survie d’autres espèces qui vivent dans le même milieu. Ainsi, un coquillage de 50 cm peut filtrer jusqu’à 200 litres d’eau de mer par jour.

Déjà malmenée par les prélèvements abusifs, la pollution et les mouillages et les chalutages effectués à faible profondeur, l'existence de la grande nacre est désormais menacée depuis plusieurs années par le parasite "Haplosporidium pinnae", qui semble proliférer grâce à l'augmentation des températures en mer Méditerranée et qui décime les populations du mollusque.

Les espoirs de survie de cet imposant mollusque, le plus grand derrière le grand bénitier, semblent désormais se concentrer sur les milieux lagunaires et les étangs littoraux.

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