Quand le vélo était roi : les grandes heures du cyclisme corse ont enfin leur livre

Francis Beretti, Ange-Laurent Bindi et Didier Rey publient l'ouvrage Une histoire du cyclisme en Corse. Historiens, universitaires et passionnés de vélo, il leur semblait urgent de redonner son lustre passé à un sport qui enflamma l'île pendant des années. 

Joseph Barale et Dominique Giusti au coude à coude à l'arrivée de l'étape cortenaise du tour de Corse 1935
Joseph Barale et Dominique Giusti au coude à coude à l'arrivée de l'étape cortenaise du tour de Corse 1935 © Editions Alain Piazzola
Didier Rey est connu comme l'historien incontournable du ballon rond en Corse. 

La Corse et son football, l'ouvrage qu'il a signé en 2003, fait référence. 

Et lorsque les insulaires font parler d'eux, balle au pied ou dans les tribunes, il n'est pas rare qu'on le sollicite pour bénéficier d'une de ses analyses. 

Mais il n'y a pas que le foot en Corse. Et Didier Rey serait le premier à vous le dire. 

L'historien co-signe un bel ouvrage consacré à la petite reine sur l'île : Une histoire du cyclisme en Corse 1890-1960
Une histoire du cyclisme en Corse 1890-1960
Une histoire du cyclisme en Corse 1890-1960 © Editions Alain Piazzola

Quand le vélo était roi

Dans l'ombre du football, mais également de la course automobile, le vélo a le plus grand mal à vivre dans la mémoire collective insulaire. 

Et pourtant, ils sont innombrables, durant des décennies, à avoir, sillonné les routes de Corse sous les vivats du public.

Ou, pour reprendre l'expression favorite de Franco Neri, boulanger bastiais et champion de vélo, ils ont "laissé les pneus sur le goudron au démarrage".  

L'histoire du cyclisme insulaire est belle, flamboyante parfois, cruelle souvent, et il fallait bien s'y mettre à plusieurs pour lui rendre justice. 
Primo Neri, en individuelle, le 18 mai 1946
Primo Neri, en individuelle, le 18 mai 1946 © Editions Alain Piazzola

Le cyclisme, sous toutes ses formes

Au côté de Didier Rey, on retrouve, sur la couverture, le nom de Francis Beretti, et celui d'Ange-Laurent Bindi, qui a eu l'idée de ce livre-somme. 

"L'intention initiale était de couvrir la période 1945-1960, mais la somme des documents recueillis nous a amenée à élargir notre propos jusqu'aux origines", confie l'ancien avocat bastiais.

"Nous avons voulu envisager le cyclisme dans ses dimensions variées, non seulement sportives mais aussi techniques, sociologiques et culturelles".
Championnat de Corse de fond en juillet 1947
Championnat de Corse de fond en juillet 1947 © Editions Alain Piazzola

655 heures de travail pour s'offrir une bicyclette

Le défi est relevé avec brio. Au fil des pages, on prend part à l'invention de la bicyclette au milieu du XIXème siècle. 

Un loisir réservé dans un premier temps à la bourgeoisie, et dont le prix représentait encore, en 1893, l'équivalent de 655 heures de travail d'un ouvrier d'usine. 

On assiste à son arrivée en Corse, à travers le service militaire, que l'on peut effectuer en qualité de vélocipédiste. 

On voit naître les premiers clubs insulaires, l'Union Vélocipédique Ajaccienne ou la Joyeuse Pédale Bastiaise, et des premières courses.
Jeunes coureurs corses à la fin du XIXème siècle
Jeunes coureurs corses à la fin du XIXème siècle © Editions Alain Piazzola
On salue également la lente démocratisation de la bicyclette, grâce au soutien de la presse régionale.

En 1891, le Petit Bastiais l'assurait : "Par le temps qui court, on n'est vraiment homme qu'à condition d'avoir le cerveau meublé et les jarrets solides".

Les adeptes se multiplient, dans toutes les couches de la société, en ville comme dans les villages. Très vite, chaque fête de village a sa course cycliste. 

Des courses de village au Tour de Corse

En 1922 est créée la première grande course régionale : le grand prix d'Ajaccio, 150 kilomètres qui relient la ville de Napoléon à Bastia en passant par Corte. Et qui attire un monde fou sur le bord des routes. 

La Corse est tombée amoureuse de la Petite Reine, et pour longtemps. 
Michel Rossi Pascal Guidicelli, Pierre Liccia, Jean-Martin fredenucci sur la place Paoli, à l'Ile rousse, dans les années 50
Michel Rossi Pascal Guidicelli, Pierre Liccia, Jean-Martin fredenucci sur la place Paoli, à l'Ile rousse, dans les années 50 © Collection Guizol

Des légendes qui étaient tombées dans l'oubli

Lire ce livre, c'est faire la connaissance de personnages romanesques tels que l'Américain Burton Holmes.

L'un des inventeurs du cyclotourisme a traversé la Corse en 1895, armé d'un appareil photo, pour raconter son périple. 

On croise surtout ce que l'on appelle, dans le monde de la pédale, les régionaux de l'étape :

Ange Ersa, bientôt surnommé l'excellent crack, grand nom de la course de fond de l'après Première guerre. 

François Natali, excellent numéro 6 du SCB, convoité par l'OM, qui a préféré arpenter encore et toujours les routes de l'île. 
Raymond Gravini, inlassable grimpeur
Raymond Gravini, inlassable grimpeur © Editions alain Piazzola
Sans oublier la famille Lenziani, Isidore di Constanza, Raymond Gravini, les frères Neri, Toussaint Sciaretti et tant d'autres... Qui ont vécu, et écrit, l'épopée du cyclisme insulaire. 

L'ouvrage, remarquablement édité et richement illustré par Alain Piazzola, leur rend enfin l'hommage qu'ils méritent. 
 
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