Pollution : Bastia nettoie son port avec des huîtres

L’unité Stella Mare de l’Université de Corse travaille à un projet de dépollution naturelle du vieux port de Bastia. But du jeu, introduire jusqu'à 120.000 huîtres, pour filtrer les eaux. Et capter les polluants.

Les huîtres sont placées dans des cages métalliques.
Les huîtres sont placées dans des cages métalliques. © Alexandre Vela - Stella Mare
Les filtres à pollution des eaux du vieux port de Bastia ont un drôle d’aspect : ils sont vivants et leur taille ne dépasse pas dix centimètres. Traditionnellement, on les mange pendant les fêtes, mais cette fois-ci, les huîtres qui peuplent le vieux port bastiais n’ont pas vocation à être mangées. Plutôt à dépolluer.

Depuis un mois, des milliers d’huîtres, enfermées dans des cages métalliques, ont été placées à des endroits stratégiques pour dépolluer le vieux port de Bastia, dont les pollutions sont multiples : hydrocarbures, polychlorobiphényles (PCB) – des polluants organiques persistants responsables de cancers – encore aux matières organiques.

Ce qui nous intéresse, c’est la capacité de piégeage des polluants dans les coquilles"

Sylvia Agostini, responsable scientifique

"On a mis 40 000 huîtres en septembre, on en ajoutera 40.000 en décembre, et 40.000 mars. Et ce qui nous intéresse, c’est la capacité de piégeage des polluants dans les coquilles", explique Sylvia Agostini, responsable scientifique de Stella Mare, dont les multiples travaux à l’Université de Corse portent sur l'ingénierie écologique dans les domaines du littoral et du marin.

En introduisant des milliers d’huîtres non-comestibles dans le vieux port de Bastia, Stella Mare veut "bioépurer" un port pollué par l’être humain grâce à l’huître, qui capte les polluants dans sa chair ou dans sa coquille.

"Elles filtrent l’eau en absorbant les particules. Certaines vont s’en nourrir, d’autres les incorporer à leur métabolisme. C’est intéressant de voir comment elles les absorbent, si c’est létal pour elles… ". Lors de la première expérimentation en 2019, 80% des huîtres ont survécu.
Les huîtres sont placées dans des cages métalliques à plusieurs mètres de profondeur.
Les huîtres sont placées dans des cages métalliques à plusieurs mètres de profondeur. © Alexandre Vela - Stella Mare
Stella Mare, plateforme pilote en matière de bioéconomie bleue, avait initié en 2019 un projet qui visait à améliorer la qualité des eaux portuaires.

Elle avait notamment placé un lot d’huîtres et des oursins dans le vieux port et les résultats avaient été concluants. Assez pour développer sur trois ans un projet inédit en Europe - une expérience semblable est réalisée à New-York dans des proportions plus importantes. Mais à la différence de cette première expérimentation, les 120.000 huîtres - le nombre estimé d’huîtres pour renouveler le bassin du vieux port en une semaine - qui vont peupler le vieux port de Bastia sont des naissains (des huîtres juvéniles), dont la reproduction est maîtrisée en laboratoire par Stella Mare, et pas des huîtres adultes.

Les huîtres juvéniles absorbent plus de polluants

Une différence de taille, au propre comme au figuré : "Même si les huîtres juvéniles sont plus fragiles, elles sont en pleine croissance, donc elles vont avoir une physiologie plus active et davantage filtrer", explique Alexandre Vela, ingénieur à Stella Mare.

"Elles ont un besoin en énergie plus accru que les adultes. Les coquilles vont passer de quelques grammes à 150 grammes, et de deux centimètres à 7-12 centimètres". Grandir donc, et capter plus de polluants.

Le projet s’étend sur trois ans. Avec un prélèvement de quelques huîtres chaque mois, des analyses d’échantillons de chair et de coquilles en laboratoire de chimie, "car les polluants ne sont pas forcément visibles, mais ce sont les pires dans l’environnement", complète Sylvia Agostini.

Le projet, estimé à quelques dizaines de milliers d’euros et qui pourrait s’exporter sur le port de Saint-Florent, est en toujours en phase expérimentale. La prochaine étape du projet Stella Mare passe par des financements européens. Avant la validation du protocole. Et son éventuelle démocratisation à d’autres ports de plaisance.
 
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