Eric Fraticelli : "jouer le drame, c'est facile, c'est une arnaque ! Alors que faire rire..."

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Le Clan, le deuxième film d'Eric Fraticelli, Pido pour les intimes, sort dans toute la France aujourd'hui, après une semaine d'exclusivité en Corse. Nous l'avons rencontré.

Permis de Construire, l'année dernière, a propulsé Eric Fraticelli dans la galaxie des réalisateurs de comédies qui comptent en France. Celui que tout le monde appelle encore Pido en Corse a réuni plus de 600.000 spectateurs dans les salles. Un succès de taille dans un milieu du cinéma qui peine à faire revenir les gens dans les salles. 

Moins d'un an plus tard, arrive sur les écrans son deuxième film, Le clan. Une adaptation très réussie de la pièce de théâtre qu'il avait écrite, mise en scène et interprétée il y a quelques années.

Fred, Achille, Max et Belette, quatre truands de huitième zone, pas vraiment doués, décident de frapper fort en enlevant Sophie Marceau. Et rien, évidemment, ne va se passer comme prévu. 

Le clan est sorti en exclusivité en Corse depuis déjà une semaine, et les retours sont enthousiastes. Aujourd'hui, le film sort sur l'ensemble de la France.   

Entretien

Comment vous l'avez vécu, cette première semaine ? Comme un round d'observation ? 

Pftttt... Je suis tellement à 2000 à l'heure, avec la promo et la préparation du prochain film que j'ai même pas... Je... Je l'ai pas vécu, quoi. 

On sent une pointe de regret. Vous n'étiez pas en Corse mais j'imagine que vous avez dû passer deux ou trois coups de fil pour prendre le pouls, non ? 

Evidemment ! On était anxieux de voir comment les gens allaient le réceptionner chez nous, même si on a fait des avant-premières à l'automne dernier. Et ça a démarré un peu difficilement, parce que les gens pensaient que la sortie était le 18 janvier, comme sur le continent, mais depuis vendredi c'est l'explosion. Le bouche-à-oreille est parti. 

J'avais la pression pour la sortie corse du Clan. Mais les gens m'ont dit ca faisait encore plus rire que le premier.

Eric Fraticelli

Après toute ces années, et ces succès, vous vous inquiétez encore de la réception en Corse ? 

Sincèrement, j'avais un peu peur de décevoir avec Le clan. Le premier film, Permis de construire, c'était presqu'un film ambassadeur, où il y avait des belles images, où on mettait en avant notre différence culturelle en la Corse et Paris. Avantageusement pour la Corse...

Souvent les gens me disaient que c'était un beau film, et pas juste une comédie. Pour Le clan, on n'a rien d'autre sous le bras que la comédie. J'avais peur que les gens rigolent, mais qu'ils trouvent ça moins beau que Permis de construire.

Et au final ? 

Les premiers retours sont rassurants. Les gens ont tellement besoin de rire qu'ils n'ont pas réfléchi comme ça. Ils m'ont surtout dit que ça faisait encore plus rire que le premier. Je suis agréablement surpris, j'avais vraiment la pression. 

Plus que pour le reste de la France ?  

En ce qui concerne le continent, c'est le contraire. J'étais persuadé dès le début que le ton allait plus plaire que celui de Permis de construire. Et j'ai ressenti cela dans les avant-premières que l'on a faites à travers la France. Maintenant, il faut que ça se vérifie aujourd'hui, avec la sortie nationale !

Ca doit être dur à vivre, un premier mercredi dans les salles...

On l'a vu lors des avant-premières, les gens rient au même endroit à Bastia, Bordeaux, Lille ou Metz. C'est très rassurant sur l'efficacité du film. Il ne repose pas juste sur les particularismes régionaux, il parle à tout le monde. Mais après, il faut faire venir les gens dans les salles, et ça c'est un autre combat. On est dans une période difficile pour le septième art. A part les gros rouleaux-compresseurs, la plupart des films souffrent un peu. 

J'en profite tant que les feux sont au vert.

Eric Fraticelli

Et puis cette fois-ci, il n'y a pas une tête d'affiche telle que Didier Bourdon.

C'est compliqué, cette question. Les chiffres d'entrée le prouvent depuis des années. Ce n'est pas parce qu'il y a quelqu'un de connu dans un film qu'il marche. En revanche, le problème auquel vous pouvez être confronté, c'est pour la promotion. Si tu n'as pas un nom, les télés ne te veulent pas. Heureusement, il y a les réseaux sociaux, les avant-premières, le bouche-à-oreille. Ce qu'on appelle désormais la paramédiatisation. Et à travers ces moyens de communication, cela peut même parfois être un avantage, de ne pas avoir de vedette. Si le film plaît, bien sûr !

Pourquoi ?

Tu arrives sans prétention, avec un petit film, et les gens aiment bien les histoires de petits, ils préfèrent les petits qui se battent que les gens qui arrivent en pays conquis.  

Le clan était une pièce de théâtre à l'origine, que vous avez écrite, jouée et mise en scène. C'était un avantage au moment de l'adaptation, mais est-ce que ça n'a pas aussi été un inconvénient parfois ? 

On me pose souvent cette question, mais honnêtement, non. Quand j'écris, pour moi, le plus important, ce sont les personnages. Et dans Le clan, ils existent. Les deux tiers du films se passent autour de la séquestration, et les scènes existaient déjà. J'ai tout conservé, et il ne restait qu'un tiers à créer, avec des extérieurs et de nouveaux personnages. Franchement, les difficultés qu'on peut rencontrer en réalisant un film étaient divisées par trois. Ce n'a pas été difficile du tout. 

Vous êtes en pleine promo, et vous menez en même temps le casting et les repérages de votre prochain film, inspiré librement de du trésor de Lava. Vous n'êtes pas un peu hyperactif ?

Il faut avancer en permanence dans ce métier. C'est comme un train. Une fois qu'il est parti, c'est facile de le maintenir sur les rails. Mais s'il s'arrête, il est très difficile de le faire repartir. Dans six mois, un an, peut-être qu'on ne voudra plus de mes projets. Je sais comment ça marche dans ce milieu, je ne me fais pas d'illusions. J'en profite tant que les feux sont au vert. 

Vous avez toujours été attiré par le théâtre, mais vous pouviez imaginer un tel parcours, plus jeune ? 

Je n'ai jamais été attiré par le théâtre. Je ne pensais pas monter sur scène, à l'époque. En revanche, quand j'étais dans ma salle de bain, je faisais des personnages qui se parlaient, j'imaginais des scènes, des situations... Mais jamais j'aurais pu imaginer faire ce métier. 

Si tu réfléchis trop, dans ce métier, ce n'est pas bon.

Eric Fraticelli

C'est pour ça peut-être que vous vivez bien votre statut de comique. On n'a pas le sentiment que vous souffrez d'un manque de reconnaissance. 

On retrouve souvent ce complexe, dans l'humour, c'est vrai. Les humoristes qui veulent faire leur Tchao Pantin, comme Coluche dans les années 80. Mais je connais trop la difficulté de la comédie par rapport au drame. Réussir une comédie c'est dix fois plus dur. Jouer dramatique, c'est facile. Je vous assure. C'est de l'arnaque ! Tu regardes une personne et tu penses à autre chose. C'est aussi simple que ça ! Dans l'humour, ça suffit pas. 

Vous allez vous faire des amis...

Je me pose pas ces questions, finalement. Je suis juste un comédien. L'an prochain je vais jouer dans un film dramatique, très sérieux, avec un super rôle. Je le ferai avec autant de plaisir, mais je ne cours pas après ces rôles. Je cherche des projets qui m'excitent, des personnages, en me fichant de leur étiquette. C'est un métier d'envie. Il faut les écouter, ces envies. C'est le secret de ce métier là, je pense. J'en suis pas sûr, hein. Mais si tu réfléchis trop, c'est pas bon. 

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