Xylella : une pépinière de Haute-Corse menacée de fermeture

Marcel Luciani exportait la moitié de sa production d'agrumes en France avant l'arrêté d'interdiction d'exportation publié en 2018 / © FTV
Marcel Luciani exportait la moitié de sa production d'agrumes en France avant l'arrêté d'interdiction d'exportation publié en 2018 / © FTV

L'arrêté qui interdit l'exportation de végétaux depuis la Corse depuis deux ans fait souffrir de nombreux pépiniéristes. Marcel Luciani vendait la moitié de sa production d'agrumes sur l'Hexagone avant que l'ombre de la maladie "tueuse d'olivier", la Xylella fastidiosa, ne plane sur la Corse.

Par ED et Jean-André Marchiani

Marcel Luciani est pépiniériste sur la commune de Vescovato depuis une vingtaine d'années. Une exploitation fleurissante, sur laquelle il cultive 50 variétés d'agrumes différentes.

Mais depuis l'apparition de la Xylella fastidiosa, les choses ont changées. Cette maladie, appelée la "tueuse d'oliviers", est l'une des plus dangereuses du monde pour de nombreux végétaux, dont l'olivier, l'amandier, la vigne, le chêne, la lavande, l'érable...et les agrumes. 

50% de chiffre d'affaires en moins

Depuis décembre 2017, la Corse est considérée par l'Europe comme une zone infectée. Il est interdit de faire sortir certains végétaux de l'île. Ce qui tue à petit feu cette exploitation.

Depuis janvier 2018 on ne peut plus envoyer sur le continent. Cela nous pénalise fortement, car cela représente 50% de notre chiffre d'affaires. Si ça doit perdurer, nous somme condamnés à disparaître. Et comme nous ne voulons pas mourir, mais vivre, on fera tout pour se battre.

Marcel emploie neuf salariés permanents et cinq saisonniers. Avant l'arrêté, le chiffre d'affaires de la pépinière fluctuait autour d'1 million d'euros. Aujourd'hui, il est descendu à 500.000 euros.
 

Une baisse impressionnante à laquelle il faut ajouter des investissements nécessaires aux zones infectées par la maladie. La pépinière a dû s'équiper d'une serre dernière génération. Prix global : 100.000€, financés à 50% par l'Odarc (Office du Développement Agricole et Rural de Corse).
 
Les employés ont été réduits au temps partiel / © FTV
Les employés ont été réduits au temps partiel / © FTV
 

Des conséquences sociales

Cette réduction de l'activité entraîne inéluctablement des retombées sociales, avec une réduction de l'activité des salariés.

On a commencé par mettre les employés à temps partiel, c'est la première étape... Mais si rien n'est fait, on va droit au licenciement, purement et simplement.


Pour se défendre, la pépinière rappelle que tous ses pieds sont cultivés en Corse et qu'aucun cas de Xylella n'a encore été recensé sur les agrumes.

Elle attend des dérogations de l'Europe pour pouvoir exporter 40.000 pieds, qui patientent dans ses serres depuis plusieurs mois.
 

 

Zoom sur la Xylella

Apparue pour la première fois en Europe dans la région des Pouilles, en Italie, en 2013, la Xylella fastidiosa a été officiellement détectée en France en septembre sur des oliviers dans les Alpes-Maritimes, à Antibes et à Menton. Des soupçons étaient déjà apparus en 2018 sur des oliviers plantés sur des ronds-points du grand Ajaccio.

La bactérie est transportée principalement par des insectes qui se nourrissent de sève brute. Elle est mortelle pour "près de 200 végétaux", selon le ministère de l'Agriculture. Mais elle compte en réalité plus de 300 plantes hôtes, dont certaines ne souffrent d'aucun symptôme. Et selon les végétaux touchés, les symptômes changent. Elle est donc difficile à identifier.

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