Originaire de Peru Casevechje, en Haute-Corse, l'ancien ministre Charles Pasqua est décédé lundi à l'âge de 88 ans. Retour sur ses liens avec la Corse.

S'il évoquait souvent la Corse, Charles Pasqua s'y rendait rarement. Depuis toujours, ses liaisons avec le milieu corse sont sulfureuses. Dans son entourage pourtant, de nombreux insulaires. De Daniel Leandri et son fils, à Jean-Charles Marchiani, en passant par Roger Romani ou encore le préfet Massoni. 

Né en 1927 à Grasse, dans les Alpes-Maritimes, Charles Pasqua était issu d'une famille de bergers corses et de fonctionnaires de police.

Engagé à 16 ans dans la résistance, l'ancien ministre a adhéré au RPF - Rassemblement du Peuple Français - du Général de Gaulle en 1947.

En 1983, un document parlementaire dont il est le rapporteur met en cause le travail des journalistes de Fr3 Corse qui seraient les complices du mouvement nationaliste. 

"Terroriser les terroristes"


Sa visite sur l'île en juin 1987 se solde par un échec. Alors Ministre de l'Intérieur, Charles Pasqua mène une politique de répression tous azimuts et déclare vouloir "terroriser les terroristes". Il est pris à parti par les élus nationalistes à l'Assemblée de Corse. De violents affrontements éclatent sur la place Foch à Ajaccio. Charles Pasqua peine à achever son discours.

Le soir du 17 juin, Jean-Paul Lafay, vétérinaire et président d'une association d'aide aux victimes du terrorisme est assassiné après avoir participé à un débat sur la violence dans les studios de Fr3 Corse.

L'année 1993 marque le retour de Charles Pasqua au ministère de l'intérieur. Il entame alors un dialogue avec le mouvement nationaliste Corsica Nazione et le FLNC historique. Il reçoit à la fois Gilbert Casanova et François Santoni, suscitant des haines farouches qui aboutiront à des affrontements sanglants. 

Charles Pasqua s'engage également à donner des crédits au Plan de développement de la Corse dont il avait confié l'élaboration à Jean Baggioni, président de l'Exécutif et à son équipe. 


"Une voix originale et parfois controversée"


Charles Pasqua met un terme à sa carrière politique en 2011 après avoir été condamné, un an auparavant, dans deux dossiers, l'un concernant le financement illégal de sa campagne européenne en 1999, l'autre des détournements de fonds.

Sa dernière apparition publique remonte au 30 mai dernier. Charles Pasqua s'était rendu au congrès fondateur des Républicains. 

Ce mardi matin, les réactions sont nombreuses. "Jeune résistant, gaulliste, ministre, voix originale et parfois controversée, Charles Pasqua incarnait une certaine idée de la France", a déclaré Manuel Valls. Brice Hortefeux décrit un homme "impressionnant".

François Hollande salue "la mémoire d'un gaulliste" qui a animé de toute sa personnalité la vie politique française".

Reportage : Antoine Albertini