En juillet sur l'île de beauté, une saison touristique loin d'être au beau fixe

En juillet les touristes sont bien là, mais consomment différemment. Moins de restaurants et d'activités, succès des locations meublées de tourisme... l'inflation pèse sur les budgets, au détriment des restaurateurs et des professionnels du tourisme.

Un mois de juillet en demi-teinte pour les professionnels du tourisme. Selon une note de conjoncture publiée par l’Agence du Tourisme Corse (ATC), le taux d’occupation moyen des hébergements frôle les 64%, contre 76% en juillet 2022. Pour 58% des hébergeurs, les chiffres d’affaires dégringolent. Au camping de Tuani, plusieurs emplacements sont encore libres. "Il y a une grosse différence au mois de juillet, de l’ordre de 30% à peu près", déplore Jeannine Mariotti, gérante du camping. 

Mais alors où sont les touristes ? Car paradoxalement, d’après les chiffres, ils sont nombreux à être venus sur le territoire le mois dernier."Près de 1,5 million de passagers ont été transportés dans les ports et aéroports de l’île selon la CCI", indique l’ATC. Un tout petit moins seulement qu’en 2022 (4%), et 3,8% de plus par rapport à juillet 2019. D’après l’ATC, la clientèle est essentiellement d’agrément, et même si la grande partie est domestique (68%), les touristes étrangers, eux, sont plus nombreux cet année (+5 points) par rapport à 2022.

Des habitudes de consommation modifiées à cause de l'inflation

Mais si la fréquentation touristique est au beau fixe, ce sont les habitudes de consommation des visiteurs qui sont perturbées. Les professionnels du tourisme pointent du doigt "l’inflation généralisée" et "l’augmentation du coût des transports". Faute de pouvoir tout financer, les visiteurs sont forcés de faire des choix. "Les touristes sont là (…) mais ils font des arbitrages importants dans leur consommation de séjour. Ils sont un peu plus regardants sur leur budget restauration", indique à l’AFP Nathalie Cau, présidente de l’Office de tourisme d’Ajaccio.

"On prend un peu le contrecoup d’une baisse de pouvoir d’achat qui est conséquente dans notre cœur de clientèle. On se retrouve en faisant face à nos vieux démons, avec des problèmes historiques de la Corse : la cherté du transport, du coût de la vie, et puis quelques éléments comme une hausse de prix substantielle des locations de voiture. Mis bout à bout, ça rend la destination trop sélective", renchérit Jean-Christophe Barrau, gérant de l’hôtel Arena Le Refuge, dans la Vallée de la Restonica. La Corse subit aussi la concurrence d’autres destinations méditerranéennes moins onéreuses. 

Le succès des meublés de tourisme

Ce changement transparaît aussi côté logement. D’après l’ATC, ce sont les Gites de France et les hôtels qui ont été les plus sollicités en ce début d’été. Le taux d’occupation atteint 70% dans les Gites de France et 68% dans les hôtels, notamment 5 et 3 étoiles. Mais les meublés de tourisme sont aussi largement sollicités. Ils sont occupés à 61%, devant les chambres d’hôtes (59%) et les campings.. A Ajaccio, Nathalie Cau fait remarquer que "beaucoup de Airbnb ont été sollicités", et au cours du mois dernier, "bon nombre d’hôtels avaient des disponibilités anormalement hautes par rapport aux années précédentes". Les visiteurs sont ainsi tentés par des locations de maison ou d’appartements, ce qui leur permet de cuisiner à la maison. Cette année, les hébergements touristiques les plus sollicités se trouvent en Castagniccia-Casinca, et en Mezziornù-Alta-Rocca, devant le centre de la Corse et la Balagne selon l’ATC.

Un peu plus de réservations en août

Pour l’instant, le mois d’août s’annonce un peu meilleur. "Les réservations pour le mois (73%) augmentent de 11 points par rapport au mois précédent", estime l’ATC. Toutefois, pas de réjouissance à l’avance, "elles restent encore loin du niveau enregistré l’an dernier à la même période", avertit l’agence. L’an dernier, le taux de réservation seul était de 81%."Pour le mois d'août pour l'instant on attend, souffle Jeanne Mariotti. Le démarrage a été un petit peu difficile autour du 15 août, mais il y a un peu plus de monde. Beaucoup d'Italiens sont arrivés, mais on verra à la fin."

Même constat à l'Office de tourisme intercommunal de Bastia, où Véronique Calendini, directrice de l'Office, remarque "un retour en masse des Italiens." "Ils représentent 26% de la clientèle étrangère (de l'Office de tourisme), devant les Belges et les Allemands." Ici, il n'y a pas eu de baisse sur l'achat de produits et de circuits touristiques, au contraire. La vente du circuit Bastia In Cantu, qui propose une découverte des chants et musiques corses, enregistre une hausse de 12% selon l'Office de tourisme intercommunal de Bastia.

La situation est différente à l'hôtel Sampiero Corse. "Nous travaillons au jour le jour", décrit Michaëlla Sindali, la gérante de l'établissement à Corse Net Infos. "Depuis le début du mois d'août, nous tournons entre 3 et 5 chambres par jour. C'est catastrophique." Pour cette période, ce sont les Gites de France et les meublés touristiques qui ont les taux de réservation les plus hauts (82 et 74%).

Quant à l’arrière-saison, l’ATC prévient d’ores-et-déjà que pour l’heure, les réservations enregistrées n’augmentent que lentement. Mais les acteurs du secteur relativisent, l’ATC rappelle que "sur cette période les réservations se font très souvent à la dernière minute." De son côté, Nathalie Cau affirme qu’à Ajaccio "depuis quatre an, le mois de septembre est meilleur que celui de juillet." Il ne reste plus qu’à espérer que la météo soit au rendez-vous.

Propos recueillis par Arnaud De La Taille