"Je n'ai plus de quoi payer l'essence en fin de mois", une mobilisation contre la cherté des carburants à Bastia

Une centaine de personnes ont répondu à l'appel du collectif "Agissons contre la cherté des carburants en Corse", ce 3 avril à Bastia, pour protester contre le prix des carburants dans l'île. Un problème "qui impacte toute la Corse", selon les membres du collectif. 

Une centaine de personnes ont pris part au rassemblement.
Une centaine de personnes ont pris part au rassemblement. © Axelle Bouschon / FTV

"Vous pouvez interroger n’importe qui en Corse, on vous répondra tous la même chose : on paie trop cher nos carburants depuis des années, et ça n’en finit pas d’empirer." 

Il est 14h30, ce samedi 3 avril, et Paul, la soixantaine, est bien décidé à faire part de son part de son ras-le-bol. "On paie plus pour le même produit que vendu sur le continent. Ça fait des années que le problème dure et rien ne change, c’est même tout le contraire. Trop c’est trop !"

Comme une centaine d’autres personnes, le sexagénaire a répondu présent à l’appel au rassemblement du collectif "Agissons contre la cherté des carburants en Corse". Selon une étude réalisée par l'Insee en 2015, le coût des carburants est ainsi nettement plus cher en Corse que sur le continent : malgré un taux de TVA à 13% contre 20% pour le reste de la métropole, le différentiel serait de 6,7% pour le gazole et 5,3% pour le SP95.

Le rassemblement était annoncé devant le palais de justice de Bastia. Le cortège a par la suite défilé jusqu’à la préfecture de Haute-Corse.

Des prix toujours plus chers à la pompe

Dans la foule, des Corses de tous les âges, tous arrivés au même constat : un écart de prix croissant du carburant entre l’île et le continent.

Ce jeune motard de 23 ans raconte ainsi avoir vu le total à la pompe augmenter de 50% en 4 ans. "Au début, pour faire le plein, ça me coûtait 20 euros. L’année qui a suivi, c’est passé à 30. Et aujourd’hui, je paie plus de 30 euros pour la même dose de carburant."

Sandra, 47 ans, témoigne elle de répercussions directes sur son quotidien : "J’en arrive à un point où je suis forcée de me poser la question entre faire mon plein ou prendre des produits d’assez bonne qualité dans mon panier de course. En fin de mois, je n'ai plus de quoi payer l'essence, et s'il se produit une urgence, je suis bloquée."

J’en arrive à un point où je suis forcée de me poser la question entre faire mon plein ou prendre des produits d’assez bonne qualité dans mon panier de course.

Plusieurs représentants politiques – en grande majorité de membres de l’opposition - interpellés par le collectif, ont également pris part au rassemblement.

Parmi eux, Michel Castellani (député de la 1ère circonscription de Haute-Corse), François Orlandi (conseiller à l’assemblée de Corse Andà Per Dumane), Jean-Charles Orsucci (maire de Bonifacio, Andà Per Dumane), François-Xavier Ceccoli (président fédération LR Haute-Corse), Jean-Sébastien de Casalta, Jean-Martin Mondoloni, Jean Zuccarelli, François Tatti (tous 4 réunis dans la liste Unione Per Bastia au second tour des élections municipales de Bastia en 2020), Paul-Félix Benedetti (Core in Fronte), ou encore Filippo de Carlo (Forza Nova).

Situation monopolistique

"Aujourd’hui, c’est assez rare de voir le PNC défiler au côté de Forza Nova, le parti communiste ou encore la CGT, s’est félicité Jean-Marc Andreani, un des membres initiateurs du collectifs contre la cherté des carburants. Nous sommes pris en otage par un système qui empêche la libre concurrence et soumet la Corse à un monopole [de la société Rubis Energie]. Cette situation monopolistique doit être contrôlée par une vraie règlementation."

Cette situation monopolistique doit être contrôlée par une vraie règlementation.

Jean-Marc Andreani

Seule légère déception reconnue par les organisateurs : une mobilisation un peu timide, pour un sujet pourtant "concernant pour toute la Corse". "Plus de monde nous aurait fait plaisir", reconnaît Frédéric Poletti, membre initiateur du collectif. Pour ce dernier, les "nouvelles règles [de confinement adapté, ndlr] annoncées par le gouvernement" ont pu décourager certaines personnes de les rejoindre, ce samedi après-midi.

"Ça, et un certain fatalisme de la population face à la situation. Le fatalisme corse, c’est notre principal adversaire, et celui contre lequel nous devons continuer de lutter pour faire progresser les choses." 

Le porte-parole du collectif relativise néanmoins : "Aujourd’hui, c’était un début, un premier appel de notre part à la mobilisation dans la rue. Et ce ne sera sans doute pas le dernier, à moins que la situation n’avance de manière significative."

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