Langue corse : une résidence d'écriture voit le jour à Bastia

En septembre 2020, un appel à candidature sera lancé par la mairie de Bastia. A gagner, une résidence d'écriture de trois mois, rémunérée, qui aboutira à la création d'une pièce de théâtre jouée sur scène. Dès janvier, des ateliers d'écriture ouverts à toutes et à tous sont mis en place.

Par Sébastien Bonifay

"Démocratiser et promouvoir la culture, ce n'est pas juste donner l'occasion à des artistes confirmés de jouer à Bastia. C'est aussi donner sa chance à chacun. Je suis persuadée qu'il y a des gens qu'on ne connaît pas, qui écrivent dans leur coin, ou peut-être ont juste envie d'écrire, et qui n'osent pas franchir le pas. J'espère que Residenza leur donnera envie de le faire."

Et pour cela, Mattea Lacave, adjointe à la mairie de Bastia en charge de la culture et de la langue corse, et les équipes du service culturel, n'ont pas fait les choses à moitié...
 
Le comité technique qui a mis en place la résidence d'écriture tient sa dernière réunion avant l'annonce du projet / © Sébastien Bonifay
Le comité technique qui a mis en place la résidence d'écriture tient sa dernière réunion avant l'annonce du projet / © Sébastien Bonifay

Le projet de résidence d'écriture est ambitieux. 
L'idée, c'est de fournir à un auteur les conditions propices à l'écriture, le gîte, le couvert, et parfois une bourse, durant plusieurs mois. 

La France compte une centaine de dispositifs de ce genre, des plus confidentiels aux plus prestigieux, telles que la Villa Medicis, à Rome, où deux auteurs français sont accueillis, chaque année, après un grand oral digne de l'ENA. 
 

Un projet ambitieux

La Corse, désormais, aura la sienne.
A ceci près que contrairement à la plupart des autres résidences, cette résidence d'écriture n'exigera pas des candidats qu'ils aient déjà publié. 
 
residenza


Le projet, qui sera retenu en septembre prochain, bénéficiera d'un soutien financier de trois mois, une bourse, accompagnée d'une aide à l'hébergement si la personne retenue habite loin de Bastia. 
Il faudra, au terme de ces trois mois, proposer une pièce de théâtre, écrite en corse ou en français, comme l'explique Mattea Lacave

"La langue corse sera présente d'une manière ou d'une autre. Soit, directement, par l'écriture, soit à travers la traduction du texte s'il est écrit en français. On peut aussi imaginer que la langue soit introduite plus largement lors de la transposition pour la scène, puisque le texte sera interprété par une troupe de théâtre... On peut imaginer un travail en collaboration avec le metteur en scène, pour y arriver, et offrir quelque chose qui soit à la fois neuf et ancré dans la culture corse. "
 

Il faut voir tout cela comme une expérience littéraire, et pas une expérience stricto sensu


C'est un travail de commande qui sera demandé à l'heureux élu. 
Une commande née d'un constat fait Frédérique Balbinot, directrice du théâtre de Bastia, qui a oeuvré depuis l'origine pour mener le projet à bien : "On voit très peu de textes contemporains qui parlent de la société corse. Il faudra donc que l'oeuvre traite de la société corse contemporaine."

Pour l'auteure Marie Ferranti, l'une des chevilles ouvrières du projet, "cela correspond à des contraintes de commandes. Evidemment, dans le cadre de ces résidences d'écriture, on ne fait pas ce qu'on veut. Mais comme le disait le philosophe alain, la contrainte est féconde. Et c'est tout ce que l'on peut souhaiter à nos jeunes auteurs !"
 
L'écrivain Marc Biancarelli sera l'un des intervenants des ateliers d'écriture / © viastella
L'écrivain Marc Biancarelli sera l'un des intervenants des ateliers d'écriture / © viastella
 

Une série d'ateliers ouverts à tous

Cette résidence d'écriture n'est qu'un des aspects de la politique mise en place par la mairie de Bastia, avec le soutien de la collectivité de Corse. 

Le mois de janvier marque le début d'une série de cinq ateliers d'écriture, pour, selon la mairie, "accompagner ceux qui voudraient se lancer dans l'aventure, mais qui auraient besoin d'un petit coup de pouce !"

Cinq week-ends animés par des intervenants différents, et là encore, la mairie de Bastia n'a pas fait les choses à moitié.
Marie Ferranti, mais également les écrivains Marc Biancarelli, Laure Limongi, Ghjacumu Thiers, le metteur en scène et auteur Alexandre Oppecini, et l'auteure et comédienne Charlotte Arrighi de Casanova apporteront conseils et éclairages sur les différents aspects de l'écriture. 
 
© Ville de Bastia
© Ville de Bastia

Les ateliers sont ouverts à toutes et à tous, et gratuits. Mais au terme du premier week-end, un écrémage sera effectué, grâce au travail que produira chacun des participants. 
Les plus prometteurs permettront à leur auteur de pouvoir participer aux suivants. 

Pour Marie Ferranti, ce projet est une chance pour les talents insulaires. "En Corse, il y a énormément de gens qui sont attirés par l'écriture, et si on peut les amener à oser s'exprimer, c'est formidable. Le but, c'est de les familiariser avec le processus d'écriture, et un processus éditorial... Tout cela pourrait aboutir, pourquoi pas, à une publication... Alors si l'on peut les accompagner, pas dans un but d'imitiation, mais de diversité, et cela dans les deux langues, c'est enthousiasmant. J'ai trouvé le projet épatant et j'ai dit oui tout de suite."

La résidence d'écriture et les ateliers ne sont pas obligatoirement liés, et les candidats à la résidence ne devront pas obligatoirement avoir suivi les ateliers...
  
  
 

 
  

 

 

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