Municipales : les quartiers populaires au coeur de la campagne bastiaise

De droite à gauche Anne Lacaton, Jean-Philippe Vassal, Jean-Sébastien de Casalta, Bernard Blanc, directeur d'Aquitanis, (au micro), et karine Dana, réalisatrice / © Sébastien Bonifay
De droite à gauche Anne Lacaton, Jean-Philippe Vassal, Jean-Sébastien de Casalta, Bernard Blanc, directeur d'Aquitanis, (au micro), et karine Dana, réalisatrice / © Sébastien Bonifay

La polémique sur la réhabilitation de la Cité des Monts s'invite de nouveau dans la campagne. La liste Spartimu l'Avvene, menée par Jean-Sébastien de Casalta, a invité lundi deux architectes de renom à Lupinu pour présenter aux habitants leur travail, à l'opposé du projet de l'actuelle majorité.

Par Sébastien Bonifay

C'est un renfort de poids pour Jean-Sébastien de Casalta, à deux mois du premier tour.

A son côté, à la tribune, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, des architectes auréolés du prix Mies van der Rohe.
Cette récompense européenne prestigieuse avait salué, en 2017, la manière dont le cabinet d'architectes avait pensé, et mené à bien, le projet de réhabilitation de trois énormes barres de logements sociaux, Le Grand Parc, à Bordeaux. 
 
Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal / © Sébastien Bonifay
Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal / © Sébastien Bonifay

Pour Jean-Sébastien de Casalta, qui présente ses invités au public de la salle polyvalente de Lupinu, ses derniers ont, grâce à leurs travaux, "ouvert des horizons nouveaux, une véritable réinvention, pour ne pas dire une révolution de l'urbanisme".
 

Débat citoyen et réunion de campagne

Face à eux, plus de cent cinquante personnes, parmi lesquelles les militants et les sympathisants de la liste Spartimu l'Avvene, venus en nombre. Mais pas seulement.
De très nombreux habitants des quartiers sud ont aussi fait le déplacement.

Et ce qu'ils découvrent à travers le film qui est présenté avant le débat est spectaculaire. 
La manière dont les architectes, soutenus par Aquitanis, l'office public de l'habitat de Bordeaux, ont transformé les 1500 logements de ce quartier populaire, est impressionnante. 
 

Une surface plus grande, la création de jardins d'hiver, l'ouverture sur l'extérieur, des économies d'énergie, et pas d'augmentation du loyer pour les habitants. 
Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal ont réussi à transformer des immeubles qui étaient voués à la destruction. 
Et tout cela pour moins cher. 
Selon eux, une démolition suivie d'une reconstruction aurait coûté 165.000 euros par logement.
Leur réhabilitation, elle, a coûté 55.000 euros par logement. 
 
Jean-Sébastien de Casalta après la réunion publique / © Sébastien Bonifay
Jean-Sébastien de Casalta après la réunion publique / © Sébastien Bonifay
 

A Bastia comme à Bordeaux ?

Alors bien sûr, au fur et à mesure que les architectes présentent leur démarche, tout le monde dans la salle ne pense qu'à une chose. 
La cité des Monts, ces immeubles situés dans le quartier de Lupinu, à quelques centaines de mètres de la réunion. 

La cité des Monts, ces logements sociaux au coeur d'une polémique, depuis plus d'un an.
Entre la municipalité de Bastia, partisane d'une destruction et d'une reconstruction, et l'opposition, menée par François Tatti, farouche défenseur d'une réhabilitation. 
François Tatti, qui est aujourd'hui un soutien actif de Jean-Sébastien de Casalta, et qui mène campagne à son côté. 
 


Difficile, dans ces conditions, de ne pas interpréter l'invitation lancée par Spartimu l'Avvene aux deux architectes comme un signe fort lancé aux quartiers sud, à moins de deux mois des élections. 
Selon le refrain classique servi par tous les candidats, scrutin après scrutin, aux quartiers populaires. 
"Nous, on vous a compris". 
 

François Tatti, au second plan / © Sébastien Bonifay
François Tatti, au second plan / © Sébastien Bonifay


Les quartiers populaires, enjeu politique 

Même si Jean-Sébastien de Casalta prend soin de préciser, au micro :
"Le débat de ce soir ambitionne de dépasser les contingences électorales", le message, apparemment, n'est pas vraiment passé auprès de l'assistance.
Et la séance des questions du public tourne parfois au règlement de comptes avec la mairie en place. 

Ce qui ne surprendra personne dans la salle. 
Jean-Sébastien de Casalta et ses soutiens moins que quiconque.
 
Un peu plus de 150 personnes avaient fait le déplacement / © Sébastien Bonifay
Un peu plus de 150 personnes avaient fait le déplacement / © Sébastien Bonifay

Une dame blonde d'une soixantaine d'années s'empare du micro :
"Nous habitons dans ces immeubles depuis cinquante ans, et un matin, un fou s'est mis dans l'idée de nous jeter dehors. On nous a dit de partir dans les six mois, on ne savait pas où. Et là nous avons pris la décision de se battre contre cette municipalité qui n'a rien voulu comprendre. j'espère monsieur de Casalta, que vous nous débarrasserez de cette municipalité ! Bien sûr la présidente [de l'office de l'habitat de la Collectivité de Corse, Fabienne Giovannini - NDLR] n'est pas venue, ce soir, elle n'a pas répondu à votre invitation, alors bien sûr on ne lui en veut pas, hein monsieur de Casalta, elle pouvait pas contredire son Gilles !"

 
La cité des Monts, à Lupinu
 

Vive de Casalta


La déclaration est saluée par les applaudissements du public, et un "Vive de Casalta" sonore. 
Le candidat ne peut réprimer un large sourire, mais demande de ne pas se livrer à de telles attaques.

Jean-Sébastien de Casalta conclut la rencontre en précisant que "cette contribution, qui vous a été livrée ce soir par nos experts, incarne admirablement l'ambition que nous voulons porter pour notre ville, et qui replace l'humain au coeur de notre politique."

Vouloir dépasser les contingences électorales. 
Sans oublier, c'est de bonne guerre, qu'on est en campagne...

 

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