Haute-Corse : Le budget de l'intercommunalité Nebbiu-Conca d’Oru rejeté

Vendredi 12 avril, le budget de l’intercommunalité Nebbiu-Conca d’Oru n’a pas été adopté. En cause, des divergences sur la gouvernance de la communauté de communes, au sein même de la majorité.

L’intercommunalité Nebbiu-Conca d’Oru n’a pas adopté son budget.

Vendredi 12 avril, la session budgétaire s’est soldée par un rejet massif : 15 voix contre, 1 pour et 7 abstentions, sur les 31 conseillers que compte l’assemblée communautaire.

8 élus ont quant à eux fait le choix de ne pas se rendre à la session, afin de manifester leur désapprobation envers la gestion de la présidence.

Parmi eux, le maire de Rutali Dominique Maroselli, l'édile de Vallecalle Augustin Poggi ou encore l’opposant au maire d’Oletta Cyril Luciani, qui figuraient pourtant parmi les principaux partenaires de la majorité.

Tout comme Jean-Baptiste Arena, élu de Patrimonio et conseiller territorial Core in Fronte à l’Assemblée de Corse. "Lors de l’élaboration du budget, le contrat moral que nous avions avec le président de l'intercommunalité Claudy Olmeta a volé en éclats, car il n’a pas réuni toutes les tendances de la majorité et de l’opposition", déplore celui qui endossait, de son propre aveu, "le rôle de paceru" au sein de l’assemblée communautaire.

"Depuis 6,8 mois, nous avions monté un groupe de travail, notamment avec Cyril Luciani [également membre de Core in Fronte], pour essayer de faire changer les choses et de dégeler des relations qui sont houleuses depuis 4 ans. C’est encore une occasion perdue de travailler ensemble", poursuit-il.

Fracture

Pour rappel, en 2020, l’élection du président Olmeta s’était déroulée dans des circonstances particulières. Après trois tours et un changement de candidat, le maire de Saint-Florent s’était finalement imposé au bénéfice de l’âge. Le scrutin avait marqué une fracture au sein de l’intercommunalité et du camp nationaliste.

Si la commune de Patrimonio et l’opposition d’Oletta avaient soutenu la candidature de Claudy Olmeta, la conseillère territoriale Femu a Corsica Juliette Ponzevera et le maire d'Oletta Jean-Pierre Leccia avaient eux pris position pour le maire de Poggio-d’Oletta Antoine Vincenti puis pour Claude Flori, maire de Murato.

"Le ras-le-bol va au-delà de l’opposition"

Aujourd'hui, pour l’opposition, cet épisode est symptomatique du fonctionnement de l’intercommunalité.

"Le président était, une fois de plus, absent, déplore Juliette Ponzevera, deuxième vice-présidente de l’intercommunalité et élue d'opposition de Saint-Florent. La séance était présidée par le Premier adjoint, qui a demandé à l’assemblée communautaire un report, pour des raisons qui n’étaient pas claires. Nous avons refusé, car nous avons fait valoir la nécessité de voter le budget avant le 15 avril. Nous n’avons pas eu de présentation des documents budgétaires, le Premier adjoint a directement demandé à passer au vote."

Sur le fond, l’élue Femu a Corsica fustige un budget "pas à la hauteur des enjeux et qui met en péril le territoire". Et d’ajouter : "Il n’y a pas de volonté de faire avancer les choses. Aujourd’hui, le ras-le-bol va au-delà de l’opposition. À la majorité et au président d’en tirer les conclusions : la balle est dans leur camp."

Pour Joseph Poggioli, qui a représenté le président "absent pour des raisons médicales" lors de cette session budgétaire, la situation n’est pas nouvelle.

"Ce n’est pas la première fois que cela se passe ainsi. Depuis la fusion [Ndlr : des deux communautés de communes du Nebbiu et de la Conca d'Oru, en janvier 2017] deux camps s’affrontent. Nous avons essayé de faire des réunions mais en vain", explique-t-il.

Préfet et Chambre régionale des comptes aux manettes

Sans budget voté, quid de l’avenir de la communauté de communes ? "Maintenant, c’est le préfet qui va décider", indique Joseph Poggioli.

En effet, selon l’article L1612-2 du Code Général des Collectivités Territoriales, si le budget n’est pas adopté dans les délais impartis, "le représentant de l'État dans le département saisit sans délai la chambre régionale des comptes qui, dans le mois, et par un avis public, formule des propositions pour le règlement du budget". Le texte précise que "le représentant de l'État règle le budget et le rend exécutoire".

Contacté, le président Claudy Olmeta n’a pas répondu à nos sollicitations.