Les médecins libéraux de Corse font 6 propositions à Paris pour freiner la dégradation de l'offre de soins

Le collectif LM Corsica, fort de 300 professionnels, alerte sur une inquiétante dégradation de l'offre de soins en France, encore aggravée par les spécificités insulaires. Les élus corses soutiennent le mouvement.

La pugnacité du collectif des médecins libéraux de Corse a payé.

Au terme d'un parcours du combattant qui les a conduits à batailler fréquemment contre l'immobilisme de l'administration, ML Corsica est parvenu à faire parvenir ses doléances à Paris, à la direction nationale de l'Assurance Maladie. 

"Nous avons fait des propositions, qui vont être étudiées lors des prochains jours à l'occasion des négociations conventionnelles. C'est historique car cela n'est jamais arrivé depuis que la convention existe, en 1960 !", se réjouit le docteur Brunel, porte-parole du collectif.

Une mobilisation spectaculaire

Le collectif est né cet été en Haute-Corse, pour dénoncer la dégradation de leurs conditions, et, partant, celle de l'offre de soins, alors que les médecins libéraux se font de plus en plus rares, et qu'il devient presqu'impossible, aujourd'hui, d'avoir un rendez-vous médical dans des délais raisonnables.

Fort de quelques dizaines de professionnels au début, le collectif a réussi à mobiliser largement, et aujourd'hui, ce sont plus de 300 médecins libéraux, généralistes et spécialistes, qui l'ont rejoint.

C'est la politique du gouvernement qui est pointée du doigt. Les médecins y voient la volonté d'étatiser la santé, avec le risque de généraliser une médecine à deux vitesses. A cette menace, d'ordre national, viennent se greffer les  réalités du métier en Corse : vieillissement, précarité, démographie médicale vieillissante dans le rural, spécificités géographiques...

Six pistes de réflexion

Les propositions du collectif ML Corsica ont pour but "l'amélioration de l'accès aux soins, l'amélioration des conditions d'exercice et par ce fait le renforcement de l'attractivité du territoire pour les médecins généralistes et spécialistes".

Ce serait gagnant-gagnant-gagnant

Docteur Brunel, LM Corsica

Pour cela, il propose de s'appuyer sur le dispositif zone montagne, et d'y adjoindre six mesures dérogatoires, techniques et complexes, que nous allons tenter de résumer : 

  • Majoration d'acte pour les consultations dites "complexes". "Ceci permettrait de valoriser un travail long et difficile réalisé par les médecins généralistes". 
  • Prise en compte des visites longues, compte tenu des "spécificités géographiques, des difficultés d'accès au domicile des patients isolés et du vieillissement de la population". 
  • Pour les mêmes raisons, majoration du système de cotation des indemnités kilométriques
  • Possibilité de cumuler un acte clinique et un acte technique pour les médecins spécialistes, "dans une limite de deux actes étant donné les conditions budgétaires actuelles". Cela permettrait de ne pas multiplier les consultations pour le même patient, et donc "de prendre en charge 30 % de patients en plus tout en économisant 20 % de frais de transport sans augmenter les frais médicaux par malade".
  • Possibilité de cumuler deux actes techniques.
  • Consultation par téléphone. "Nous proposons la possibilité de réaliser des téléconsultations par téléphone pour les personnes âgées par les médecins prenant en charge habituellement le patient, et cela uniquement à l’initiative du médecin dans le cadre d’un suivi."

Ce serait "gagnant-gagnant-gagnant", estime le docteur Brunel. "Tout le monde en tirerait bénéfice. Le patient, en premier lieu, le praticien, et la caisse d'assurance maladie".

Et puis, à en croire le médecin, "si ces propositions étaient acceptées, tous les Insulaires qui vont faire leurs études de médecine sur le continent seraient bien plus intéressés par un retour en Corse. Et on verrait même arriver des praticiens qui ne sont pas insulaires".

 Pour autant, même si ces propositions raisonnables, le collectif doute qu'elles soient finalement adoptées. "On a beau leur démontrer qu'il y a un intérêt financier et un intérêt pour faciliter l'accès aux soins, si par malheur cela n'entre pas dans leur schéma, ça les dérange". 

Soutien politique

Alors le collectif des médecins libéraux de Corse continue de mettre la pression, et a déjà annoncé une grève du 26 au 29 décembre. Dans le même temps, ML Corsica veut mettre toutes les chances de son côté, et en a appelé aux politiques. Et, se réjouit le docteur Brunel, "peu importent les bords politiques, tout le monde nous soutient".

Les six parlementaires corses, Jean-Félix Acquaviva, Michel Castellani, Paul-André Colombani, Laurent Marcangeli, Jean-Jacques Panunzi et Paulu Santu Parigi, ont adressé un courrier à Aurélien Rousseau, ministre des solidarités et de la santé. 

L'État doit se rendre compte que les choses ont changé, et qu'il faut s'adapter à la nouvelle donne

Paul-André Colombani

Ils y écrivent : "les tensions relatives à l'offre de soins y sont importantes et se répercutent fortement sur l'exercice de la médecine libérale. Il nous apparaît donc essentiel et urgent d'engager une amélioration de l'accès au soin en Corse à travers la mise en œuvre de solutions adaptées aux spécificités populationnelles, géographiques et économiques qui sont les nôtres".

Paul-André Colombani, député de Corse-du-Sud, connaît bien le problème. Médecin généraliste à Ste-Lucie de Moriani, il a pu constater de près l'évolution du métier : "il y a tout ce qui a été listé par le collectif, sans oublier les charges qui augmentent, la surcharge administrative... Je comprends le burn-out de beaucoup de mes confrères. D'autant qu'il faut rappeler que les rémunérations sont les plus faibles d'Europe".

Le député est impressionné par la mobilisation, et le travail accompli par le collectif, alors que la profession parle rarement d'une même voix, sous l'étiquette d'un collectif : "c'est énorme, c'est monumental, ce qu'ils ont réussi à faire. Et il fallait le faire. L'État doit se rendre compte que les choses ont changé, et qu'il faut s'adapter à la nouvelle donne. C'est capital. Sinon, les dépassements d'honoraire et les déconventionnements vont se multiplier, et ce seront les patients qui en seront les premières victimes".