Le Conseil d'Etat rejette une réouverture des discothèques le 30 juin : "On est dans l'incompréhension totale"

Vendredi, le Conseil d'Etat a rejeté la demande des exploitants de discothèques pour une réouverture d'ici au 30 juin. L'Umih demandait qu'elles soient intégrées "en urgence" au plan de déconfincement. 

Les discothèques pourront rouvrir le 9 juillet. Leur accès sera conditionné à la présentation d'un pass sanitaire.
Les discothèques pourront rouvrir le 9 juillet. Leur accès sera conditionné à la présentation d'un pass sanitaire. © Alain PISTORESI / MaxPPP

Les terrasses fleurissent sur les trottoirs, les magasins ont ouvert leurs portes, et tandis que le pays se déconfine peu à peu, les discothèques restent sans perspective à l'horizon. 

Vendredi, le Conseil d'Etat a tranché. Jugeant que le maintien de leur fermeture n'était "pas disproportionné", leur demande pour une réouverture d'ici au 30 juin a été rejetée. 

Compte-tenu de la situation épidémiologique toujours "préoccupante", les juges ont relevé un "risque inhérent à l'activité qui est pratiquée dans les établissements de nuit, qui sont des espaces clos, incluant des contacts physiques rapprochés".

Un nouveau revers pour les exploitants de boîtes de nuit qui attendent depuis mars 2020 de pouvoir sortir la tête de l'eau. 

L'Umih Nuit (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie) utilise l'ironie face à cette situation : "Félicitations au Ministère des parapluies pour sa "Victoire" de ce soir… Pendant ce temps, d’autres pays plus courageux font des tests pour retrouver une vie plus douce et heureuse !!!". Une référence aux rassemblements tests de 60.000 personnes au Royaume-Uni. 

En Corse, Alain Locatelli, dirigeant du VIP Lounge à Biguglia, a toujours une dizaine d'employés au chômage partiel. Pour lui, ce n'est pas une surprise. "On était conscient que le conseil d’Etat n’allait pas dire oui tout de suite. Mais on est obligé de faire ces démarches pour acter notre mécontentement et pour une traçabilité dans la justice".

Malgré tout, la nouvelle est difficile à avaler. "On est dans l'incompréhension totale", explique-t-il. "On ne nous fait pas confiance, je ne sais pas pourquoi"

"Dites-nous où est le problème. C’est ça qui nous ronge le plus, on ne nous donne pas de véritables raisons"

Un nouveau protocole proposé

Interrogé sur Franceinfo, le président de la branche "Nuit" de l'Umih compare la situation des discothèques avec celle des fêtes de mariage, des salles de fête, ou encore des clubs échangistes qui pourraient rouvrir le 30 juin. 

"Je serais curieux de lire le protocole sanitaire qui permet la distanciation sociale au sein des clubs échangistes."

Même ironie du côté d'Alain Locatelli : "C'est incohérent, complètement aberrant. Dans ma discothèque, les gens ne se crachent pas à la figure !".

Le 20 mai, l'Umih a déposé le futur protocole sanitaire des discothèques. "On ne propose bien évidemment pas de réduction de jauge, on ne supprime pas la piste de danse, on demande juste à faire notre métier en accueillant de nouveau notre clientèle !", clament-ils.

Le protocole propose un pass sanitaire pour entrer en boîte de nuit, ou des autotests salivaire pour pouvoir pénétrer dans l'établissement. "Cette mesure permettrait de supprimer le masque sur nos pistes de danse". "C'est une organisation à avoir, avec une aire de tests à l'entrée", assure Alain Locatelli. 

Au mois de juin 2020, l'Umih avait déjà proposé un protocole, refoulé par le gouvernement. "Encore une fois, on ne comprend pas. On va privilégier des locations Airbnb et Calvi on the rocks… Des bars vont se transformer en discothèques tout l’été, ça va être du grand n’importe quoi".

Le monde des boîtes de nuit reste le seul secteur à ne pas avoir de perspective. 

Discrimination financière

Le 19 mai, l'Umih a été auditionnée au Conseil d'Etat avec trois objectifs : "demander des perspectives de réouverture, rappeler que les discothèques ont été lésées financièrement et obtenir réparation, mais aussi activer la possibilité de mener d’autres actions en justice".

L'équipe de l'Umih nuit pointe notamment un préjudice financier  : "la discrimination financière (congés payés inclus) dont nous avons étés victimes les sept premiers mois de cet atroce cauchemar"

Alain Locatelli a la chance d'avoir une autre affaire. Mais ce n'est pas le cas de tout le monde. "Des collègues ont dû hypothéquer leur maison", déplore-t-il. "On se bat tous les jours mais psychologiquement, ça devient compliqué"

Les exploitants de discothèques pourraient n'être fixés par le gouvernement que le 15 juin, voire fin juin, sur la date de leur réouverture.

Fin mars 2021, sur 1.600 discothèques en France, 152 avaient déjà mis la clé sous la porte. Soit près d'un établissement sur 10. En Corse, 25 établissements attendent leur tour. 

 

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