Médias : Corse-Matin totalement racheté par La Provence

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Écrit par A.S.
© Pascal Pochard-Casabianca / AFP

Ce lundi, le groupe La Provence est devenu l’unique actionnaire de Corse Presse, la société qui édite Corse-Matin. Entré en 2018 au capital du journal, le consortium CM Holding ne possède donc plus aucune part dans le seul quotidien insulaire.

"C’est une page qui se tourne avec le consortium". Voilà comment certains salariés de Corse-Matin ont accueilli la nouvelle du rachat complet de leur journal par le groupe La Provence, déjà actionnaire du quotidien insulaire à 51%.

L’information leur a été notifiée ce mardi par Jean-Christophe Serfati, PDG du groupe marseillais, dans une lettre datée du 30 novembre que France 3 Corse s’est procurée.

Lire la lettre de Jean-Christophe Serfati

"Chères collaboratrices, chers collaborateurs, écrit Jean-Christophe Serfati,  j’ai le plaisir de vous annoncer que depuis hier (lundi, ndlr), le groupe La Provence est devenu l’actionnaire unique du groupe Corse Presse."

En clair, cela signifie que le consortium Corsica Maritima Holding ne détient plus les 49% du capital de Corse Presse, la société qui éditait jusqu’à présent l’unique quotidien de l’île.

Pour rappel, en novembre 2014, La Provence, propriété de feu Bernard Tapie (décédé le 3 octobre dernier), avait récupéré une première fois la totalité de Corse Presse. En mars 2018, CM Holding était ensuite entré au capital de la société éditrice de Corse-Matin jusqu'à en détenir 49%.

"Une situation critique"

L’annonce de ce mardi n’est pas une surprise. En effet, en juin dernier, CM Holding avait publié un communiqué qui ne laissait guère de doute quant à la suite de son investissement au sein de Corse-Matin. "La situation du journal reste critique et nous envisageons de nous retirer du capital", pouvait-on lire dans le texte.

Composé de 15 actionnaires de l'île, le consortium espérait alors "pour les salariés corses du journal qu'un repreneur insulaire se [ferait] connaître pour éviter la disparition du quotidien, à moins qu'il ne demeure dans les mains d'un grand groupe continental".

Dans la foulée, en juillet, les syndicats du journal avaient fait part de leur "vive inquiétude quant à l'avenir de leurs entreprises [sociétés Corse Presse, Corse Matin Publicité, Corse Distribution] et de leurs 200 emplois".

Ils rappelaient également que depuis l'arrivée de CM Holding dans le capital du quotidien, deux plans de départs "volontaires" avaient été mis en place, "baissant considérablement la masse salariale". Néanmoins, ces dispositifs n'auraient pas permis de redresser la situation financière "qui n'a jamais cessé de se dégrader".

Un autre rachat en toile de fond

Ce mardi, certains salariés de Corse-Matin se disaient "soulagés de voir que le consortium n’est plus là" mais "restaient prudents quant à l’assurance de la pérennisation des emplois, quel que soit l'actionnaire". Des inquiétudes subsistent notamment sur le devenir de l'imprimerie de Lucciana et sa vingtaine d'employés. Jusqu'à présent, Corse-Matin y était imprimé. Le sera-t-il encore maintenant qu'il est totalement repassé sous le giron du groupe La Provence ? D'ailleurs, lui aussi s'apprête à changer de propriétaire.

En effet, en octobre dernier, le décès de Bernard Tapie, actionnaire majoritaire du journal marseillais, a quelque peu rebattu les cartes. En 2019, l’homme d’affaires Xavier Niel, propriétaire de Free et co-actionnaire du journal Le Monde, avait acquis - via sa holding NJJ - 11% du capital de La Provence. Par conséquent, il bénéficie d'un droit de préemption sur le titre provençal.

Depuis la disparition de Bernard Tapie, des discussions étaient en cours entre ses héritiers et Xavier Niel. Déjà propriétaire de Nice-Matin, France-Antilles et Paris-Turf, ce dernier souhaite en effet acheter les 89% de parts jusque-là détenues par l'ancien boss de l'Olympique de Marseille.

Dans la foulée, un autre chef d’entreprise influent, Rodolphe Saadé, PDG du géant maritime CMA-CGM, dont le siège est à Marseille, s'est également positionné pour acquérir La Provence.

Hasard du calendrier (ou pas), les deux hommes d’affaires en lice pour ce rachat avaient jusqu’à ce mardi pour déposer leurs offres écrites chez le liquidateur judiciaire chargé de la vente du groupe de Bernard Tapie. D’ici la fin de l’année, l’un des deux sera donc le nouveau grand patron des salariés de Corse-Matin.

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