“Napoléon n’est pas un homme comme les autres, mais il a peut-être eu une mort comme les autres”, selon Philippe Charlier

Médecin légiste et anthropologue, Philippe Charlier a animé une conférence au Parc Galea, dimanche 14 avril. Parmi les discussions, la mort de Napoléon qui pourrait ne pas être liée à un empoisonnement. Il a accordé un entretien à France 3 Corse ViaStella.

C’est un enquêteur féru d’Histoire qui révèle les secrets de nos illustres prédécesseurs. Dimanche 14 avril, le médecin légiste et anthropologue, Philippe Charlier, a tenu une conférence au Parc Galea consacrée aux “Autopsie des morts célèbres”.  

Grâce à lui, il est dorénavant connu que Lucy, spécimen humain découvert en Ethiopie et âgée de plus de trois millions d’années, a été dévorée par un crocodile. Bien plus proche de nous, un personnage connu à travers le monde, déchaîne les passions sur les circonstances de sa mort : Napoléon.  

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S.GRAZIANI ; O.DACUNHA ©France Télévisions

Philippe Charlier, répond aux questions de France 3 Corse ViaStella.

Vous avez démystifié beaucoup de morts ou confirmé certaines thèses, c’est une passion de fouiller l’Histoire ?  

Mon boulot, c’est essayer de savoir si l’Histoire dit la vérité. C’est utiliser les techniques de la médecine en général, notamment la médecine légale, mais pas seulement, sur des cas historiques, sur des personnages.  

Savoir si les dépouilles conservées sont vraiment les leur. Donc c’est d’abord l’authenticité et ensuite, si c’est le cas, quelle est la véritable cause de leur mort, leur véritable visage. Et parfois même, comme c’est le cas d’Henri IV en ce moment, reconstituer leur voix parce qu’on a la chance d’avoir une tête embaumée et momifiée.  

Donc je peux aller sur des sites archéologiques, des musées, travailler sur des masques mortuaires ou sur des procès-verbaux d’autopsie ou d’exhumation.  Moi ce que je préfère, c’est d’aller directement à la source sur les lieux même de découverte du corps ou là où se trouve des restes biologiques.  

Je pense notamment à l’île de Sainte-Hélène où Napoléon a passé les 6 dernières années de sa vie. Nous avons fait des fouilles archéologiques sur la propriété de Longwood dans les latrines de Napoléon. On a réouvert le tombeau de Napoléon également, qui était vide bien sûr, mais qui nous a permis de retrouver des graffitis qui étaient inédits et qui témoignent déjà d’un culte autour de cette figure de Napoléon dans les siècles qui nous ont précédés.  

Il y a de nombreux débats autour de la mort de Napoléon. On dit qu’il a été empoisonné par arsenic, parce qu’on a retrouvé de l’arsenic dans ses cheveux, ou qu’il a été victime d’un cancer de l’estomac. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus là-dessus ?  

Le 2 mai prochain, sur France 5, va passer un documentaire autour de notre étude anthropologique et archéologique sur Napoléon. On a vraiment réouvert le dossier Napoléon parce que ça partait dans tous les sens. On l’a considéré comme un patient. On est allé chercher ce qui était disponible de son corps, des mèches de cheveux, mais également et surtout son environnement.  

On a retrouvé quelques-uns de ses excréments dans ses latrines à Sainte-Hélène, dans la propriété de Longwood. On a retrouvé également une partie de ses poubelles. Et sur chacun de ces restes, on a fait une étude toxicologique.  

On a aussi travaillé sur l’environnement global de l’île et on se rend compte qu’il y a de l’arsenic absolument partout, dans la terre, le papier peint. Et puis il y a des produits de première nécessité, du vin, du thé, du café, même des bonbons de réglisse, pour lesquelles l’étude toxicologique nous permet de fermer ou d'ouvrir des portes vis à vis d’un éventuel empoisonnement.  

On n’a pas accès directement à la dépouille. Elle est aux Invalides à Paris et on ne peut pas l’ouvrir. Donc on a notamment travaillé sur un masque mortuaire et on se rend compte que beaucoup de masques mortuaires existent, notamment à Ajaccio, et on a effectué un travail pour retrouver la figure originelle à partir de laquelle viennent tous les masques mortuaires, donc le véritable visage de Napoléon.  

Après votre enquête, est-ce qu’on peut fermer la porte de l’empoisonnement ?  

On peut enfin fermer... Ou laisser grande ouverte, la porte de l’empoisonnement. Et même cette question : est-ce que c’est un cancer ou est-ce que c’est autre chose qui a emporté le roi comme un ulcère ou des hémorragies...  

Quand on lit avec un regard dépassionné et purement médical les différents procès-verbaux d’autopsie, d’examen de corps, et surtout quand on travaille sur les bons et non pas ceux qui ont été réécrits, romancés, on a vraiment une cause de décès assez claire et nette. Il faut arrêter de fantasmer. Ce n’est pas un homme comme les autres, mais il a peut-être eu une mort un peu comme les autres. 

En tout cas si la cause de la mort n’est pas l’empoisonnement, il peut y avoir des conséquences politiques, on sait que l’Empire britannique avait été accusé à un moment donné ...  

Il y a beaucoup de fantasmes sur un personnage comme Napoléon. Le fantasme premier est celui de l’interversion des corps. Ce n’est pas le bon corps qui serait aux Invalides. C’est un joli roman, qu’on aime bien lire l’été sur le bord de la plage. Mais historiquement ça ne tient pas la route.  

Et puis il y a cette hypothèse de l’empoisonnement. L’empoisonnement fait partie des risques encourus quand on est quelqu’un qui appartient à l’élite. C’était un risque. Avec les études médicales, historiques, quand on travaille sur les bonnes sources, cela nous permet de tantôt confirmer, tantôt infirmer.