Réforme de l'assurance-chômage : en Corse, les syndicats craignent des "conséquences plus importantes" qu'ailleurs

Après plusieurs reports, la réforme de l'assurance-chômage est de nouveau sur les rails depuis ce mardi 2 mars. En Corse, les syndicats, opposés au projet, redoutent des effets néfastes sur l'emploi dans l'île.

Illustration. La réforme de l'assurance-chômage devrait entrer en vigueur, le 1er juillet, par le biais d'un décret.
Illustration. La réforme de l'assurance-chômage devrait entrer en vigueur, le 1er juillet, par le biais d'un décret. © Cyril Sollier/MaxPPP

La réforme de l'assurance-chômage fait son grand retour. Un temps laissé de côté en raison de l'épidémie de Covid-19, le projet a de nouveau été évoqué par la ministre du Travail, Elisabeth Borne, ce mardi 2 mars, auprès des différents partenaires sociaux.

Après deux reports, la réforme devrait rentrer en vigueur dès le 1er juillet prochain. La première mouture de cette réforme, présentée à l'été 2019, avait été largement décriée par les syndicats. Retouchée et quelque peu assouplie, notamment à cause de la conjoncture actuelle, la réforme attise la colère des organisations syndicales sur quatre points :

"Des conséquences dramatiques"

C'est sur ce dernier point que se concentre une grande partie des critiques. La nouvelle méthode de calcul devrait permettre de toucher une indemnité pendant plus longtemps, mais elle serait bien moins importante. L'aide serait diminuée de 30 %.

Avec ce nouveau système, un peu plus de 800 000 personnes pourraient voir leurs indemnités baisser : "Le chômage est plus important en Corse que sur le continent. Avec plus de personnes sans emploi et avec des allocations moindres, les conséquences peuvent être plus dramatiques en Corse qu'ailleurs", explique Christophe Bertin, secrétaire de l'union départementale Force Ouvrière (FO) pour la Corse.

Même son de cloche pour le Syndicat des Travailleurs Corses (STC), opposé à cette réforme : "On a un tissu économique fait de nombreuses TPE. Lorsqu'un emploi est supprimé dans une TPE, on ne parvient pas à le recréer ailleurs. Il n'y a pas autant de possibilités de changer de branche. Les pertes d'emploi sont plus longues, notamment en ce moment avec la crise du Covid. Les demandeurs d'emploi vont, donc, rester plus longtemps sans activité et avec des allocations moins importantes", détaille Jean Brignole, secrétaire général du STC.

Des répercussions sur le tourisme

Jean Brignole craint "des conséquences plus importantes en Corse" qu'ailleurs. Notamment, à cause de l'augmentation de la durée de cotisation pour bénéficier d'une allocution : "Jusqu'à maintenant, certains saisonniers venaient travailler tout l'été en Corse pour, après, compter sur les allocations chômage à la fin de leur activité. Avec le passage à 6 mois sur une période de 24 mois, cette opération est plus difficile."

"La réforme peut refroidir certains saisonniers. C'est tout le secteur du tourisme et les emplois qui en découlent qui peuvent en prendre un coup", poursuit le secrétaire général du STC.

Au niveau national, la réforme est critiquée unanimement par les syndicats, à l'image de Laurent Berger, à la tête de la CFDT, qui la juge "déséquilibrée et anachronique" : 

La réforme de l'assurance-chômage a été mieux accueillie du côté des organisations patronales. Pour le Medef, cette réforme "se justifie et doit être mise en œuvre" selon son président, Patrick Martin.

Sur Twitter, il a fait part de son regret sur la mise en place du bonus-malus : "Le système de bonus-malus nous paraît inadapté, parce qu’on va comparer des entreprises qui ne sont pas comparables. On va venir pénaliser des entreprises qui à ce jour sont les plus affectées par la crise."

Vers une hausse du chômage en Corse ?

En Corse, Jean Brignole redoute une hausse du chômage dès le premier trimestre de 2021 : "Avec la crise, plus de gens vont être au chômage dans les prochains mois. On pourra rapidement observer les premiers effets de la réforme."

Le chômage dans l'île était déjà supérieur à la moyenne nationale. Au troisième quatrième trimestre 2020, Pôle Emploi recensait 20 600 demandeurs d'emploi toutes catégories. Une baisse de 17,1 % (soit -3.230 personnes) a été observée.

Mais plusieurs hypothèses permettent d'expliquer cette baisse : le recours au chômage partiel, le choix de certains étudiants de continuer leurs études afin de ne pas entrer dans un marché du travail sinistré, ou encore la saison touristique amputée par la crise. Certains salariés n'auraient pas suffisamment travaillé pour bénéficier de leur allocation chômage.

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
économie emploi politique social