Réserve de Scandola : le diplôme européen des espaces protégés pourrait être réattribué

Tout n’est pas perdu pour Scandola. La réserve pourrait retrouver son label « espaces protégés » si elle atteste des progrès réalisés pour réguler la fréquentation.

La réserve naturelle de Scandola.
La réserve naturelle de Scandola. © Maia Graziani / FTVIASTELLA
On l’a appris ce mercredi d’un tweet au style télégraphique du député européen François Alfonsi. « Réponse Secrétaire Convention Berne Conseil Europe : si fin d’année progrès ext. réserve + régulation/limitation flux bateliers possible réattribuer diplôme européen à Scandola. Au travail ! ». Autrement dit, il est encore possible de sauver le diplôme européen obtenu en 1985 (voir encadré).

 

L’annonce mi-avril de sa perte avait fait scandale, s’agissant d’un site unanimement vanté pour sa beauté et son caractère exceptionnel.  Or, le groupe des spécialistes du conseil de l’Europe avait justement indiqué ne pas avoir renouvelé le diplôme d’espace protégé de la réserve naturelle de Scandola en raison d’une mauvaise prise en charge de la surfréquentation touristique, susceptible d’affecter sa biodiversité. 
 

Pression touristique en hausse

Son jugement se fondait sur deux expertises menées à la réserve. La première, en 2018, avait conduit à la suspension du renouvellement de son label d'espace protégé, « en l'attente de son extension, et de la création d'un parc marin au plus tard au 31 janvier 2020 ». 

La seconde, en juillet 2019, avait conclu « qu'aucun progrès n'avait été réalisé, et que la situation, notamment l'augmentation de la pression touristique, empirait ». Il apparaissait alors indispensable de limiter au plus vite l’accès au site pour conserver les espèces et les écosystèmes. Sauf que depuis, de Corse ou de l’Etat français, aucune information n’est venue concernant l’avancement de ce projet d’extension ou les mesures initiées pour réduire la surfréquentation. 
Le secrétariat de la convention de Berne assure avoir envoyé un courrier pour demander des précisions. Le Parc naturel régional de Corse (PNRC) qui gère la réserve, affirme aujourd’hui ne l’avoir jamais reçu. 
 

Un manque considérable de progrès... démenti par le PNRC

Mais entretemps, à l'unanimité, le groupe de spécialistes du Conseil de l'Europe a décidé de ne pas renouveler le diplôme de Scandola, « face au manque considérable de progrès et aux tentatives minimales de communication avec le Secrétariat ». 

Dès le 21 avril, le PNRC et l’office de l’environnement de la Corse ont réagi, attribuant dans un communiqué, l’éventualité d'un non-renouvellement du diplôme européen à "une erreur de communication avec le PNRC". 

Depuis, les choses ont évolué. Le député européen et maire d’Osani, François Alfonsi a écrit à la direction générale de la convention de Berne. Dans sa réponse, signée du secrétaire, Krzystof Zyman rappelle d’abord que « la décision du groupe de spécialistes du diplôme européen des aires protégées résulte de l’absence d’information fournie par les autorités de la réserve naturelle de Scandola ». Cependant, la convention de Berne ne ferme pas la porte.
 

La possibilité d’une réattribution

«Je vous serais ainsi très reconnaissant, poursuit Kryztof Zyman, de vouloir encourager les autorités de la réserve naturelle à nous adresser, d’ici la fin de l’année, un rapport sur les progrès réalisés en vue de l’extension terrestre de la réserve et la création du parc marin, faisant également état des mesures mises en place afin de réguler et limiter le flux des bateliers, ceci afin d’en informer le groupe de spécialistes lors de sa prochaine annuelle ».

Le secrétaire de la convention de Berne va plus loin : « Les autorités de la réserve naturelle pourraient ainsi demander, si elles le souhaitent et avec le soutien des autorités nationales, la réattribution du diplôme européen ». Un expert indépendant viendrait alors vérifier si la réserve remplit bien les critères; et le groupe de spécialistes pourrait évaluer à nouveau cette demande.
   

Le PNRC demande un réexamen du dossier

Du coté du parc, cette nouvelle posture du secrétariat de la convention de Berne s’apparente à un juste retour des choses. « La décision  des spécialistes était incompréhensible, estime José Filippi, directeur du PNRC. J’étais sur que cela allait se terminer comme ça ». De fait, le PNRC a déjà adressé à la convention de Berne un courrier décrivant « l’énorme travail accompli par le syndicat mixte du PNRC ». Six pages qui reviennent notamment sur les travaux du projet d’extension mais aussi sur la réactivation il y a deux ans du conseil scientifique. «Sa première réunion a permis dès l’été dernier la mise en place de mesures, en particulier d’un périmètre de protection autour de deux nids de balbuzards ».

Selon l’étude vient d’être livrée sur la caractérisation de la fréquentation maritime et son impact, il s’avère que l’été dernier, 11 couples de balbuzards ont produit 12 poussins en Corse, dont deux dans la réserve ce qui fait de 2019 l’année la plus productive depuis 2011.

Par ailleurs, sont prévues cette année dans la réserve le renforcement des moyens humains et la mise en place d’un observatoire de la fréquentation à l’échelle des 11800 hectares du périmètre du site UNESCO.

En conséquence, le PNRC a demandé à la convention de Berne de revoir sa position en vue de l’examen du dossier par le comité permanent du conseil de l’Europe. Il doit rendre sa décision définitive sur le renouvellement du diplôme européen des espaces protégés lors de sa réunion du début décembre 2020.




 
Qu'est-ce-que le diplôme européen d'espace protégé ?
Créé en 1965, le diplôme européen vise à déterminer les "piliers de la sauvegarde de la nature et du paysage" en Europe.
Il est accordé par le comité des ministres du Conseil de l'Europe à des espaces naturels et semi-naturels ou à des paysages "ayant un intérêt européen exceptionnel pour la conservation de la diversité biologique, géologique ou paysagère, et faisant l’objet d’une gestion exemplaire", détaille un rapport émanant de l'institution.

"Le diplôme est attribué à des espaces protégés en raison de qualités remarquables du point de vue scientifque, culturel ou esthétique, à condition toutefois que ces espaces bénéficient d’un régime de protection adéquat". 
Une décision prise "après une évaluation soigneuse du site concerné". Attribué dans un premier temps pour une durée de cinq ans, il peut par la suite être renouvellé, pour des périodes de dix ans. 


 
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