Suicide : la dégradation de la santé mentale des jeunes adultes confirmée par une étude

On déplore chaque année autour de 9000 suicides en France. Depuis la pandémie de Covid, les pensées suicidaires ou tentatives de suicide ont augmenté, tout particulièrement chez les jeunes adultes. Il existe des dispositifs pour prévenir contre ce fléau.

"J'étais arrivée à un stade où je ne voyais plus aucune raison de continuer à me lever le matin." Célia* a 21 ans, et comme autour de 200.000 personnes chaque année en France, elle a tenté de mettre fin à ses jours.

C'était il y a 3 ans. La jeune femme traversait une période particulièrement sombre, et raconte avoir alors perdu goût à la vie, et s'être retrouvée sans envies ni ambitions. "C'était comme si j'étais devenue une coquille vide, plus rien n'avait de l'importance et je ne voyais pas la situation s'améliorer", raconte-t-elle.

Retrouvée à temps par des proches, la jeune femme a pu être sauvée, et bénéficie aujourd'hui d'un suivi psychiatrique et d'un traitement médicamenteux. Mais tous les ans, ce sont autour de 9000 décès par suicide qui sont déplorés à échelle nationale. C'est moins qu'il y a 20 ans : en 1994, on enregistrait, selon les données d'Eurostat, près de 12.000 suicides en France.

7% de la population a déjà fait une tentative de suicide

Reste que depuis une dizaine d'années, une tendance inquiétante se dessine : les pensées suicidaires ou tentatives de suicide sont en hausse, et tout particulièrement depuis la pandémie de Covid. 7% de la population a déjà fait une tentative de suicide au cours de sa vie.

Le dernier baromètre de Santé publique France, paru ce 5 février, journée nationale de prévention du suicide, fait état d'un public tout particulièrement à risque : les jeunes adultes, dont la santé mentale s'est particulièrement détériorée.

L'enquête, menée en 2021 par téléphone auprès d'un échantillon de plus de 30.000 personnes âgées de 18 à 85 ans en France métropolitaine et régions d'outre-mer, fait état de chiffres alarmants. 4,2% des répondants déclarent avoir pensé à se suicider au cours des 12 derniers mois, et 6,8% des personnes interrogées admettent une tentative de suicide au cours de leur vie, 0,5% dans l'année écoulée.

Une importante progression du mal-être chez les plus jeunes

Pour l'agence nationale de santé publique, "le résultat principal" de cette enquête est "une augmentation importante des pensées suicidaires et des tentatives de suicide au cours de la vie chez les 18-24 ans, observée depuis une dizaine d'années".

Ainsi, les pensées suicidaires ont été multipliées par plus de deux depuis 2014 chez les 18-24 ans (passant de 3,3% à 7,2% en 2021), les tentatives de suicide déclarées au cours de la vie ont augmenté de 50% par rapport à 2017 (passant de 6,1% à 9,2%) et celles déclarées les 12 derniers mois de plus de 60% (de 0,7% en 2017 à 1,1% en 2021).

Des résultats qui "constituent un changement important puisqu'elles étaient inférieures ou comparables aux autres tranches d'âge de la population dans les baromètres santé qui ont précédé la pandémie de Covid-19", rappelle Santé publique France.

Une inversion de tendance qui vient "confirmer la progression importante du mal-être chez les plus jeunes". Plus inquiétant encore, cette détérioration de leur santé mentale s'inscrit dans la durée, continue l'étude : les données issues des services d'urgence témoignent d'un nombre de passages pour idées et gestes suicidaires encore plus élevé en 2022 et 2023 qu'en 2021.

En Corse, on enregistre en 2017 - dernières données disponibles - 75,1 personnes hospitalisées pour 100.000 habitants pour tentative de suicide. C'est deux fois moins que la moyenne nationale : 148 personnes pour 100.000 habitants.

Les jeunes femmes surreprésentées

L'enquête relève enfin que parmi les 18-24 ans, les femmes sont plus vulnérables encore : la prévalence des pensées suicidaires atteint 9,4% des jeunes femmes, celle des tentatives de suicide au cours de la vie 12,8%, et celle au cours de l'année 2%.

Autre public à risque, tous âges confondus : les personnes en difficulté financière, celles en inactivité ou au chômage, celles vivant seules ou se déclarant en famille monoparentale, qui sont également davantage touchées par les gestes et idées suicidaires.

Le 31 14, le numéro national de prévention du suicide

Comment mieux prévenir les tentatives de suicide ? L'alarmante progression des pensées ou tentatives suicidaires chez les jeunes fait estimer aux auteurs de l'enquête de Santé publique France qu'en complément de la mise en œuvre de la stratégie nationale de prévention du suicide et du renforcement des dispositifs de prise en charge de la souffrance psychique, "il semble nécessaire de mieux comprendre les causes d’une telle évolution, afin de mieux cibler les facteurs de risque et de protection sur lesquels intervenir."

Aujourd'hui, des dispositifs visant à prévenir le suicide existent déjà : le 31 14, le numéro national d'écoute et de prévention du suicide, est disponible 24h/24 et 7j/7 sur l'ensemble du territoire. L'appel est gratuit et confidentiel, et s'adresse :

Le service est assuré par des professionnels de soins, des infirmiers ou psychologues, spécifiquement formés à des missions d’écoute, d’évaluation, d’orientation et d’intervention, au sein de centres de réponse régionaux organisés par des établissements de santé.

En Corse, depuis l'ouverture de la ligne, 811 appels au 31 14 ont été enregistrés, indique l'Agence régionale de santé.

VigilanS Corse, le dispositif de prévention, veille et recontact des suicidants, opérationnel sur l'île depuis décembre 2021, a de son côté "montré son efficacité en prenant en charge 301 personnes", se félicite l'ARS.

(* le prénom a été modifié)

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