West Nile : ce virus transmis par les moustiques qui inquiète les propriétaires de chevaux en Corse

Fièvre, fatigue, paralysies... Depuis deux mois, les propriétaires de chevaux en Corse redoutent l'apparition de ces symptômes chez leurs équidés. Plusieurs cas de fièvre de West Nile ont été recensés. Un virus transmis par les moustiques qui peut aussi affecter l'homme.

La propriétaire de l’écurie de la Facciata, à Porto-Vecchio, est formelle : de toutes ses années de carrière, elle n’avait encore jamais eu à faire à la fièvre de West Nile parmi ses équidés.

Mais début août, un des vingt chevaux de son écurie commence à présenter des symptômes inquiétants : "Il avait une grosse fatigue, de la fièvre, et des troubles neurologiques : il s’énervait plus facilement et ne voulait plus trop avancer".

La propriétaire pense dans un premier temps à la piroplasmose, une affection provoquée par la morsure de tiques. Mais après traitement, l’animal reste souffrant.

"Notre vétérinaire a alors suggéré le virus de West Nile. Mais il nous a dit que ce serait étonnant parce qu’il n’avait jamais vu ça à Porto-Vecchio. On a fait des tests, et ils sont revenus positifs le 26 août."

Un virus transmis à l'homme et aux chevaux par les moustiques

Le virus de West Nile, ou virus du Nil occidental, est une infection transmise par les moustiques et qui peut notamment affecter l’homme et les chevaux.

Les oiseaux migrateurs jouent le rôle d’animaux réservoirs du virus, indique l'institut Pasteur : un moustique femelle du genre Culex qui pique un oiseau infecté devient par la suite vecteur de la maladie, et donc de sa transmission.

Identifié pour la première fois en 1937 en Ouganda, chez une femme souffrant d’une forte fièvre, il est aujourd’hui le second flavivirus [famille de virus à ARN positifs transmis par les moustiques] le plus répandu au monde, derrière la dengue. En France, les premiers cas humains et équins diagnostiqués remontent au début des années 60.
 
"Quand le diagnostic est tombé, nous avons informé la fédération, raconte la propriétaire de l’écurie de la Facciata. Un arrêté préfectoral nous interdisant le déplacement des chevaux nous a été adressé, et nous avons commencé le traitement du cheval, qui a tout de même nécessité une mise sous perfusion."

Après plusieurs semaines de médication et une attention constante, l’équidé est aujourd’hui guéri, et a pu reprendre les cours, au grand soulagement de ses propriétaires.

Les autres chevaux du club, inspectés par le vétérinaire, n’ont eux pas présentés de symptômes de la maladie. L’écurie est aujourd’hui de nouveau autorisée à se déplacer.

Au moins trois cas confirmés, et plusieurs cas suspects

Depuis la découverte de ce premier cas en août, plusieurs autres infections de chevaux ont été détectés en Corse.

Ainsi, un second foyer a été recensé à Alistro, en Haute-Corse, le 3 septembre, rapporte l’Organisation mondiale de la santé animale. L’état du cheval infecté a nécessité son euthanasie. Les 6 autres équidés de cette écurie privée n’ont de leur côté pas été atteints.

C’est un nombre de cas conséquents. Forcément, ça pousse à une certaine inquiétude.

Début octobre, un troisième cas de fièvre de West Nile a été diagnostiqué en Corse-du-Sud. Au moins un cas suspect serait également en cours d’examen dans le département, et plusieurs suspicions auraient été relevées en Haute-Corse.

Enfin, plusieurs chevaux errants auraient selon plusieurs interlocuteurs été testés positifs au virus en Plaine Orientale.

"C’est un nombre de cas conséquents, estime ce vétérinaire équin, installé en Corse-du-Sud. Forcément, ça pousse à une certaine inquiétude."

Selon le comité régional de la Fédération française d'équitation, il y aurait eu officiellement quatre cas équins confirmés en Corse, au 18 octobre 2020.
  • A Porto-Vecchio (apparition des symptômes début août);
  • Figari (apparition des symptômes mi septembre);
  • Lecci  (apparition des symptômes début octobre);
  • Canale di Verde.  

De plus en plus de cas repertoriés en cinq ans

Interrogé, un autre vétérinaire en Haute-Corse considère que le virus, "quasiment inexistant il y a 40 ans" est de plus en plus répertorié sur les dernières années.

"À l’époque, ça restait quelque chose de relativement rare, des épisodes de cas très passagers. Mais sur les cinq dernières années, on peut noter que ces épisodes d’infections, du moins chez les chevaux, sont plus fréquents. On en constate maintenant de façon périodique, tous les ans."

Pour empêcher la contamination des équidés, il existe bien un vaccin. Problème, celui-ci a un coût conséquent. "C’est 160 euros par an avec les rappels, regrette la propriétaire de l’écurie de la Facciata. On a fait vacciner quelques-uns de nos chevaux, mais à l’heure actuelle, nous ne sommes pas en mesure de tous les faire vacciner."

Pour autant, le club reste vigilant : "Les services vétérinaires sont venus pour essayer de faire partir les moustiques, on met du spray anti-parasites aux chevaux et des couvertures."

Un virus souvent asymptomatique chez l'homme

Au-delà de la contamination des équidés, certaines inquiétudes quant à une contamination de l’homme apparaissent.

La transmission se fait uniquement par piqûre d’un moustique vecteur, la contamination entre le cheval et l’homme, ou même l’homme à l’homme ou le cheval au cheval n’est pas donc possible.

"Mais si un moustique pique un cheval, il peut tout aussi bien piquer son propriétaire, ou un habitant", résume un vétérinaire.

Aucun cas de fièvre de West Nile chez l'homme n'a été recensé par les autorités sanitaires ni en Corse, ni en France cette année. Pour autant, le département de santé publique de l'Illinois (Etats-Unis), fait état d'un mort lié au virus à la mi-septembre. Dans la majorité des cas, cette infection passe inaperçue : 80% des patients sont ainsi asymptomatiques. Les symptômes de la maladie sont similaires à ceux de la dengue, avec l’apparition brutale d’une fièvre importante après 3 à 6 jours d’incubation.

Cette fièvre s’accompagne généralement "de maux de têtes et de dos, de douleurs musculaires, d’une toux, d’un gonflement des ganglions du cou, et souvent d’une éruption cutanée, de nausées, de douleurs abdominales, de diarrhées et de symptômes respiratoires", résume l'Institut Pasteur.

Dans de très rares cas, des complications neurologiques peuvent être relevées–méningite, ou encéphalite –, ou d’autres complications telles que l’hépatite, la pancréatite ou la myocardite.

Si un moustique pique un cheval, il peut tout aussi bien piquer son propriétaire, ou un habitant.

Le malade récupère de manière générale spontanément. Mais pour les publics à risque, notamment les personnes âgées, l’infection peut s’avérer mortelle.

Pour autant, pas de raison pour l’heure de s’alarmer, estiment les professionnels de santé. "Si ces infections sont plus fréquemment recensées qu’auparavant, elles restent minimes et contrôlées", assure un médecin.

Qui rappelle que les meilleures protections restent les plus évidentes : "On évite dans les zones à moustiques de sortir sans une tenue adaptée, c’est-à-dire un pantalon, un t-shirt long et des chaussettes, on se protège avec des répulsifs, et on limite ses sorties entre l’aube et le matin".
 
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