Dans les coulisses de la base navale de Toulon

Toulon / © Thalassa
Toulon / © Thalassa

Rien n’est visible depuis la ville et pourtant le lieu est immense…
Premier site industriel du Var, abritant les deux tiers de la flotte française, une des plus puissantes au monde, la base navale de Toulon est une véritable «ville dans la ville».

Par Steeve Constant et Isabelle Yaya-Heck

Située au cœur d’un environnement naturel d’exception, elle emploie au quotidien 23 000 travailleurs au cœur d'une surface de près de 1 500 hectares.
Thalassa part à la rencontre de 3 professions emblématiques et intrinsèquement liées à celle-ci.
Ils nous font découvrir les coulisses de ce monde interdit au public.
 
© Thalassa
© Thalassa
Théo, tout jeune matelot à bord de la frégate Le Forbin, Emmanuelle, seule femme en France aujourd'hui à commander un remorqueur et Rémi Kerfridin, auteur « privilégié » sur la base navale depuis plus de 15 ans.

Toulon : le plus grand port militaire d’Europe… La plus belle rade d’Europe ?

Défendue par de hautes murailles de pierres et 6 barrages à terre comme en mer, la base navale de Toulon abrite le fleuron de la Marine militaire française. C'est le port d'attache du fameux porte-avions «Charles-de-Gaulle» et de 6 sous-marins nucléaires d'attaque. Il est aujourd’hui l’un des lieux les plus sécurisé de France mais aussi le premier site industriel du Var.
La base vit 24 heures et 24 heures, 7 jours sur 7 au rythme des départs et des arrivées des frégates et de ceux qui les font vivre…
Base navale de Toulon / © Thalassa
Base navale de Toulon / © Thalassa


Emmanuelle : patronne de remorqueur

5 heures du matin : pressée, Emmanuelle passe les contrôles pour pénétrer dans un monde interdit au public, l’un des lieux les plus sécurisé de France... Originaire du Doubs en Franche-Comté, elle est aujourd’hui la seule femme en France chargée du remorquage sur la base navale de Toulon.

Moi,  je viens du Doubs, en Franche Comté. Là où la marine n’existe pas, ou il n’y a pas la mer

Thalassa

Sa mission du jour : sécuriser et ramener « Le Charles », fleuron de la marine ainsi que ses 2 000 marins vers un quai spécialement construit pour lui. Accompagnée de 6 hommes, elle opère dans un ballet parfaitement organisé les 5 remorqueurs qui vont prendre en charge le géant. La tâche est loin d’être simple, la manœuvre délicate réclame toute la concentration du premier maître pour une bonne coordination. Le premier danger, c’est la puissance d’aspiration des 42 000 tonnes d’acier du prestigieux bâtiment de 261,50 m. Emmanuelle doit viser juste pour s’amarrer au «bâtiment ».

À la mer, c’est une mini ville sur l’eau, 16 mètres au-dessus des flots pour atteindre le pont d’envol, quand on se présente, c’est toujours impressionnant

Le Charles / © Thalassa
Le Charles / © Thalassa

Et puis, le premier maître a besoin d’une tenue. Elle nous emmène à son rendez-vous dans un lieu incontournable de la base : le magasin, dans lequel les marins trouvent la concrétisation de leur fierté et le rêve en essayant leurs prestigieux uniformes. Les couturières toulonnaises habillent 28 000 marins de toute la France.

Il y a la tenue blanche, la bleue, la tenue de cérémonie, le « panaché », les tenues de combat…quand le marin à son sac complet, il lui faut de la place, cela représente beaucoup de chaussures, beaucoup de tenues...La marine a toujours été bien habillée


Théo, l’apprenti artilleur

Théo - apprenti artilleur sur la base / © Thalassa FTV
Théo - apprenti artilleur sur la base / © Thalassa FTV
Nimois d’origine, à 16 ans, Théo arrête ses études et fait l’école des mousses. 2 ans plus tard,  il est apprenti artilleur à bord du Forbin, une frégate de défense aérienne dont les radars peuvent porter à 4 000 kilomètres. Le quotidien de ce jeune matelot est atypique, rythmé entre l’entretien du navire, les exercices et la discipline.

Il faut savoir obéir, encaisser les réflexions, ce n’est pas donné à tout le monde

L’artilleur nous entraîne dans un lieu secret situé au cœur du navire dans lequel nous avons été exceptionnellement autorisés à filmer : le poste de combat. C’est ici que sont donnés les ordres de tir.

 J’ai déjà tiré au canon en exercice... Ce sont des responsabilités que je n’aurais jamais eu dans le civil. C’est pour cela que je suis redevable à ce métier

L'équipage du Forbin de retour de mission / © Thalassa
L'équipage du Forbin de retour de mission / © Thalassa

C’est incroyable, des pays que j’avais jamais vus, c’est une expérience unique… J’ai hâte de repartir, pour moi, c’est bon, je suis dans ma vocation

La marine nationale recrute ainsi chaque année 3 500 jeunes âgés de 16 à 30 ans. Pas moins de 50 métiers dans des grands domaines d’activités, liés à des emplois en mer comme à terre sont proposés aux futurs marins, avec ou sans diplômes. La Marine offre des formations où se révèlent des talents insoupçonnés par les intéressés eux-mêmes.
 

Rémi, le dessinateur

Remi Kerfridin / © Thalassa
Remi Kerfridin / © Thalassa
Le Charles de Gaulle, fleuron de la flotte française, le Tonnerre, le Forbin, des frégates anti aériennes aux sous-marins nucléaires, il les a tous croqués. Grâce à ses aquarelles, Rémi Kerfridin apporte de la poésie à ces bâtiments gris.

Il y a un patrimoine à découvrir, même pour les toulonnais, qui n’ont pas accès à ces lieux-là et aussi pour les militaires qui sont de passage ici, qui peuvent se poser des questions sur les endroits où ils travaillent

Il connait tous les secrets de l’Arsenal. C'est aussi un dessinateur d’assises, habitué à révéler les secrets des procès à huis clos au public.
Cet enfant du pays a le privilège de pénétrer dans un monde interdit au public, inaccessible aux photographes et aux caméras, la base navale de Toulon qui, depuis 4 siècles fait vibrer la ville.
 
© Remi Kerfridin
© Remi Kerfridin
© Remi Kerfridin
© Remi Kerfridin
D’un trait précis, il révèle un jardin tropical caché au milieu des casernes, une technologie dernièr cri qui surgit au milieu des pins d’Alep,  des cales sèches construites par Vauban, principal architecte de l’Arsenal.
Il dévoile aussi les coulisses de cette base qui a traversé les siècles sans cesser de se réinventer.
© Remi Kerfridin
© Remi Kerfridin
© Remi Kerfridin
© Remi Kerfridin
Sous un fort, cet explorateur toulonnais a notamment découvert des galeries, des caches secrètes qui, à travers 83 cellules décorées, racontent l’histoire des hommes qui y étaient retenus prisonniers… 
© Thalassa
© Thalassa

Les allemands qui ont été prisonniers ont été retenus ici pour la reconstruction de Toulon et étaient employés plus particulièrement pour le déminage des anciennes parties de la base


Retrouvez quelques moments sur la base qu’il a immortalisé en promenant son carnet à croquis, ses aquarelles, ses stylos à billes depuis plus de 15 ans…

La corderie / © Remi Kerfridin
La corderie / © Remi Kerfridin
Bateau pompe / © Remi Kerfridin
Bateau pompe / © Remi Kerfridin
Les remorqueurs / © Remi Kerfridin
Les remorqueurs / © Remi Kerfridin
© Remi Kerfridin
© Remi Kerfridin
  • Toutes les oeuvres de Remi Kerfridin sur son site web
« La ville secrète », un reportage de Stéphanie Brabant disponible en intégralité sur France.TV





 

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