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Mardi 19 février - Prague sous la neige

Les lycéens sur Staré Mesto, la place de la vieille ville de Prague (Rep. Tchèque). / © Jcdr. France 3 Lorraine.
Les lycéens sur Staré Mesto, la place de la vieille ville de Prague (Rep. Tchèque). / © Jcdr. France 3 Lorraine.

Une journée de marche et de découvertes dans des bourrasques de neige. Une première approche historique de la présence juive au sein de la "Ville aux cent tours".

Par Jean-Christophe Dupuis-Remond

7h45, horaire respecté par tous pour ce petit déjeuner dans la grande salle un peu froide de l’hôtel Olympic. Prague se réveille dans une grisaille brouillardeuse qui très vite, avant même que nous ne rejoignons Stéphane dans son bus, se transforme en bourrasques de neige.
Les moins prévoyants d’entre-nous regagnent leurs chambres pour changer de tenue et de chaussures : le froid et l’humidité ne vont pas nous quitter de la journée.

Une journée qui débute par la traversée du pont Art-Nouveau qui enjambe la Moldau. Direction Josefov, le quartier juif historique de Prague depuis le Moyen-Âge. Première prise de contact : la présentation de la synagogue Vieille-Nouvelle construite au 12ème siècle et l’horloge hébraïque voisine au double cadran, l’un hébraïque, l’autre occidental. A la Renaissance, Prague abritait la troisième plus importante communauté juive d’Europe.

La matinée est consacrée à la visite quasi complète du Musée juif et de ses différentes entités. Une première approche de la Shoah avec la synagogue Pinkas sur les murs de laquelle sont rappelés les noms des juifs de Bohême et de Moravie victimes des atrocités nazies. C’est là également que sont exposés les dessins de quelques uns des 10.000 enfants internés au camp de Terezin, près de Prague, avant d’être exécutés à Auschwitz.

 / © Alexander Ogg.
Puis nous traversons le vieux cimetière juif aux 12.000 pierres tombales où bien plus de défunts, de 1439 à 1787, furent enterrés les uns sur les autres. La neige y apporte une douceur ouatée qui contraste avec l’horreur des minutes précédentes. Certains élèves, déjà, ont les yeux dans le vague.




La synagogue Klaus propose l’exposition « Traditions et coutumes juives ». L’occasion pour William Schuman, le professeur de Philosophie d’expliquer la lecture de la Torah dont un exemplaire est exposé au centre du bâtiment.

Lecture de la Torah
Une explication de William Schuman, professeur de philosophie au lycée de la communication de Metz.

Un passage par la maison mortuaire dite « salle des cérémonies », puis une visite rapide de la synagogue espagnole et de ses trésors avant une photo de l’étrange statue de Kafka. Il est temps de gagner la vieille ville et sa place tandis que les flocons redoublent d’intensité et que le froid humide se fait plus pénétrant. Évocation du Baroque et quartier libre : quarante-cinq minutes pour découvrir les façades alentours. Chacun se retrouve à midi pile pour regarder l’horloge astronomique. Magnifique. Il est l’heure de déjeuner. La soupe du restaurant Puskin est la bienvenue !

 / © Alexander Ogg. 13h30. La neige semble redoubler d’intensité et commence à blanchir les trottoirs, la température a baissé. Nous traversons le superbe Pont Charles orné de ses statues, souvenirs de Charles IV au 14ème siècle. La voix royale reliant la vieille ville et le quartier de Mala Strana. Un parcours emprunté pour gagner la cathédrale St-Guy, lieu du couronnement.

Notre groupe fait une halte en l’église St-Nicolas, joyau du Baroque.
DMCloud:40657
L'église Baroque Saint-Nicolas de Prague
Explications de Fabienne Bernez-Cambrey, professeur d'histoire-géographie au lycée de la communication de Metz.


Avant d’attaquer la rude montée vers le Palais Royal. Les mollets souffrent, les dos aussi sous le poids des sacs et les assauts de l’humidité glacée. Dernière étape après un salut aux sentinelles de la Garde Royale, la Cathédrale St-Guy. Puis deux heures de temps libre pour au choix se réchauffer ou approfondir la découverte de la ville.
Certains visiteront des musées, d’autres des fast-foods.
Je m’installe dans le café face au Château : il est temps d’ouvrir l’album Facebook de notre journée praguoise grâce au wifi offert aux consommateurs.

18h30. La nuit est tombée, les jambes se font lourdes quand nous nous retrouvons au pied de la statue de Thomas Garrigue Masaryk, premier président de la République Tchécoslovaque au début du 20ème siècle. Encore dix minutes de montée, puis la chaleur de la taverne nous enveloppe. Repas rapidement pris, retour au bus, enfin l’hôtel. Il est 21h30.

Les vigiles rappellent aux jeunes clients italiens et scandinaves la nature de l’établissement. La musique disparaît, le calme s’installe. Terminer l’article du jour et ses compléments avant que le wifi ne disparaisse, comme la citrouille de Cendrillon aux douze coups de minuit. Puis la valise, une douche brûlante et certainement une bonne nuit. Départ pour Cracovie, demain à 7h30. Demain ? C’est déjà aujourd’hui. Les élèves dorment. Leurs accompagnateurs aussi.
La neige s'est arrêtée de tomber.

Paroles de lycéens

Katharina Krebs
"Lorsque nous sommes rentrés (hier) dans la synagogue Pinkas dans le quartier juif de Josefov à Prague, la première chose qui m’a frappé est la liste de noms des déportés inscrite sur les murs : ma curiosité et ma motivation ont laissé place à un sentiment d’horreur lorsque j’ai remarqué la longueur de celle-ci.
C’est affreux de voir que plusieurs femmes ont porté mon prénom et que toutes ces personnes sont décédées dans des conditions horribles.

Puis nous sommes montés voir l’exposition des dessins des enfants de Terezin, un camp situé à proximité de Prague pendant la guerre. Quand j’imagine que lorsque j’étais enfant mon premier souci était de bien dessiner une simple marguerite et que je vois que ces enfants dessinaient des hommes pendus et maltraités par les Nazis, c’est un vrai choc.
On peut sentir la terreur qui régnait dans leur esprit à travers les visages hurlants.

Le vieux cimetière m’a également bouleversé : les pierres tombales semblaient avoir été posées de façon négligée, parfois les unes contre les autres, à croire qu’ils manquaient réellement de place pour enterrer les corps, sachant que dans la religion juive, il est interdit de déterrer un corps.
Il y a un petit sentier tracé à travers le cimetière, avec une simple corde pour séparer le chemin et les sépultures. Mes doigts étaient complètement crispés sur cette corde à laquelle je m’agrippais, comme si je refusais de croire ce que je voyais.
J’avais cette étrange sensation qu’un vent glacial et mortel soufflait sur ma nuque.
J’ai longuement hésité sur le fait de prendre des photos du site ou non, mais j’ai finalement refusé car j’ai jugé cela irrespectueux et de toute manière, ces images resteront gravées dans ma mémoire.
J’avais réellement l’impression d’être vidée de tout sentiment, c’était assez terrifiant.

Si je ressens déjà ce genre de choses pour la synagogue et le cimetière… Je n’ose même pas imaginer ce que ce sera quand je franchirais l’entrée d’Auschwitz. Cela me terrorise déjà."

Exposition de Kupka
"Mardi après-midi, une partie imprévue fut proposée par Mr Schuman. Celui-ci, proposait aux volontaires d’aller visiter le musée des Beaux-arts. Mais le cours des choses emmenèrent l’accompagnateur à voir une exposition de Kupka.
Je ne savais pas qui il était, comme vous, je le suppose. Il était donc l’un des plus grands peintres de Prague ayant vécu à Paris.
A l’entrée de cette exposition des esquisses du peintre expliquaient son raisonnement.
Et là, la première peinture qui sera gravée dans mon esprit : « Le bibliomane ». Cette œuvre, pour moi la plus belle, représente un homme avec un livre et trois femmes en robe l’observant à travers un arbre. Le paysage ensoleillé entraîne une joie, une liberté et exprime profondément les sentiments des 4 personnages détaillés à la perfection.
La suite de l’exposition continua avec d’autres peintures détaillées de manière surprenantes et une lithographie nous emportant dans un cirque.
Toutes les autres peintures montraient le cheminement du peintre qui transformait ses œuvres, la réalité en une vision psychédélique.
Et des peintures de formes assemblées exprimant une perception du monde."
Marie Hellenbrand

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