A Sélestat, les Pink Ladies pagayent ensemble pour se reconstruire après le cancer

Les Pink Ladies de Sélestat se retrouvent tous les samedis pour une sortie à bord de leur fameux canoë rose. Le sport permet à ces femmes, dont la plupart ont été touchées par un cancer du sein, de limiter les risques de récidive et de repousser leurs limites pour aller de l'avant.

Pagayer pour se reconstruire après le cancer. C'est le credo des Pink Ladies de Sélestat. Chaque samedi matin, elles se retrouvent pour une sortie en canoë sur l'Ill ou l'un des nombreux autres cours d'eau qui traversent le Centre-Alsace. Une pour toutes, toutes pour une, dans le même bateau. Comme un symbole.

Il suffit de les observer sur leur embarcation toute rose pour comprendre. L'énergie. La rage. Le bonheur. Les Pink Ladies rient comme elles pagayent : fort. "On se marre tout le temps", confie Christiane, la doyenne de la troupe. "Elle a raison, on rigole comme des andouilles", répond Christine.
 

Sportives et non plus malades

Sur leur canoë, elles sont plus vivantes que jamais. Des sportives impressionnantes de synchronisation et de puissance qui larguent le cancer derrière elles. Ensemble, elles retrouvent de la confiance et font changer le regard porté sur elles. 
 

"Je suis là tous les samedis matin, quoi qu’il arrive. Je dis toujours à ma famille de ne pas compter sur moi le samedi, je suis avec mes copines. On est en pleine nature, toutes ensemble. Il y a une grande solidarité : chacune partage son expérience, on apprend énormément. C'est facile de se parler car chacune comprend ce que l’autre a vécu", raconte encore Christine. "Mais on ne parle quasiment jamais du cancer, poursuit Anne-Caroline. Cinq minutes de temps en temps quand l'une a besoin d'un conseil, puis on passe à autre chose."
 

Mon ancienne belle-mère a eu un cancer du sein. Elle voulait s'inscrire dans un projet qui aille de l'avant, sportif ou autre, mais qui laisse la maladie de côté.
 

- Arnaud Jamet, directeur de base du Canoë Kayak Club de l'Ill Sélestat (Cakcis)

Arnaud Jamet, directeur de base du Canoë Kayak Club de l'Ill de Sélestat (Cakcis), a créé la section en 2016 : "Mon ancienne belle-mère a eu un cancer du sein. Elle me disait qu'elle avait besoin de perspectives et pas uniquement de réunions où il était question de maladie, de ce qui n'allait pas. Elle voulait s'inscrire dans un projet qui aille de l'avant, sportif ou autre, mais qui laisse la maladie de côté. Je trouvais ça intéressant."

Des marathons sur l'eau partout en France et en Europe

Au départ, elles n'étaient qu'une poignée d'intéressées puis la bande s'est étoffée. Certaines ne se lancent que pour quelques mois, d'autres sont là depuis le début. Il a même fallu un deuxième bateau, offert par le Rotary Club Sélestat, pour satisfaire aux ambitions des Pink Ladies. Elles voulaient des défis, elles ont été servies : marathon des Gorges de l'Ardèche (24 kilomètres), Vogalonga de Venise (32 kilomètres), entre autres, à plusieurs reprises. La vague rose a déjà déferlé partout en Europe.
  

On voulait y être, et on l'a fait
 

- Sabine, membre des Pink Ladies

"On voulait y être, et on l'a fait, sourit Sabine, encore sur son petit nuage en repensant aux émotions vécues en Ardèche. Notre but, c’était de franchir la ligne d’arrivée et on a réussi. On a vu des embarcations d’hommes chavirer alors que nous, on a tenu le choc."

Christine, elle, parle de la Vogalonga comme d'un rêve : "La première fois que j'ai pris contact avec les Pink Ladies, on m'a dit de revenir la semaine suivante car elles étaient à Venise. Je me suis dit, Venise, c'est dingue ! Je suis revenue la semaine suivante et elles m'ont raconté leur aventure. Je leur ai tout de suite demandé si elles y retourneraient l'année d'après. Elles m'ont dit que oui, évidemment. J'ai attendu un an et j'ai vécu un rêve. Pagayer pendant cinq heures au milieu de tous ces bateaux, c'était irréel..."
 

Prévenir le syndrome du gros bras

Des événements pour lesquels les Pink Ladies de Sélestat se sont entraînées pendant des mois. Avec des effets positifs à la fois sur l'esprit et sur le corps. Dans l'équipe, la plupart ont été touchées par un cancer du sein. La pratique sportive permet non seulement de réduire le risque de récidive de moitié, mais en plus, le canoë est tout particulièrement bénéfique après cette maladie. Le mouvement effectué pour pagayer permet d'améliorer la circulation lymphatique dans les bras et ainsi de lutter contre le développement d'un lymphœdème, appelé aussi "syndrome du gros bras", qui survient parfois après le traitement d'un cancer du sein. 
 

Quand l'une est fatiguée, elle s'arrête. On est assez sur le bateau pour assurer le fait de pagayer.
 

- Christiane, membre des Pink Ladies de Sélestat

Plusieurs Pink Ladies sont devenues accros au canoë. "C'est presque indispensable. Quand il n'y a pas entraînement, ça me manque. Faire du sport, c'est vital, confie Christiane, qui fait partie des pionnières. Et ce qui est très important, c'est que quand l'une est fatiguée, elle s'arrête, ce n'est pas un problème. On est assez sur le bateau pour assurer le fait de pagayer."

Anne-Caroline ne se voit plus non plus sans sa virée hebdomadaire avec ses acolytes : "Quand j’étais à l’hôpital à Strasbourg, j’ai vu une affiche concernant le Cakcis, les Pink Ladies et leurs rendez-vous du samedi. Je me suis dit que je n’irai jamais dans un groupe de personnes qui ont eu le cancer. Je voulais laisser tout ça derrière moi. Et j’ai croisé Geneviève, qui est aussi sur le bateau. Elle m’a dit de venir, qu’elles s’amusaient beaucoup. J’y suis allée et je suis toujours là, deux ans plus tard."

Sur et en-dehors de l'eau, les Pink Ladies avancent. Elles se souhaitent d’autres marathons, toujours plus loin, toujours plus vite, toujours ensemble.
 
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