Agressions sexuelles présumées au Conseil régional du Grand Est : les écologistes demandent l'ouverture d'une cellule d'écoute

Alors qu'une enquête est en cours sur les agressions sexuelles présumées d'un conseiller régional sur une élue, le groupe écologiste demande l'ouverture d'une cellule d'écoute. "Il faut que la honte change de côté" nous dit Eliane Romani, la présidente du groupe écologiste.

Le parquet de Colmar qui s'est saisi de l'affaire a confirmé l'ouverture d'une enquête préliminaire il y a quelques jours. L’enquête vise un conseiller régional haut-rhinois, pour des faits remontant à l'été 2022. Il est soupçonné de s'être introduit au domicile d'une élue et de l'avoir agressée sexuellement. La conseillère régionale victime présumée a déposé une main courante quelques semaines après les faits.

Les enquêteurs ont procédé à des auditions de collaborateurs et de certains élus. Dans un communiqué, le président du Conseil régional du Grand Est, Franck Leroy a réagi en prenant  "acte de la décision prise par l’élu régional concerné de se mettre en retrait du groupe majoritaire et de l’assemblée". Si les faits devaient être avérés, il précise "qu'ils seraient incompatibles avec la poursuite de tout mandat électif".

Le groupe écologiste du conseil régional, présidé par Eliane Romani, a de son côté exprimé son soutien à l'élue agressée. Dans une lettre ouverte (voir ci-dessous), qui s'adresse à elle mais aussi à toutes les victimes de violences sexistes et sexuelles, les élus écologistes demandent à ce que l'institution régionale s'empare de cette question pour prévenir ce genre de situation.

Pour ce faire, ils demandent :

  • l'ouverture d'une cellule d'écoute au sein de la collectivité régionale ;
  • la mise en place de formations sur le consentement et les violences sexistes et sexuelles dispensées aux agents et élus de la collectivité.

Jointe par téléphone, Eliane Romani a bien voulu nous éclairer sur ces deux points.

En quoi cela consiste concrètement ?

"Il faut un endroit sécurisé où les personnes agressées puissent parler avant de faire la démarche d'aller porter plainte, ce qui est souvent compliqué".

"La formation s'adresse aux élus et aux fonctionnaires de la collectivité. Il faut travailler ces questions pour comprendre ce que veut dire le consentement".

Avez-vous officiellement fait votre demande ?

"Lundi [le 20 février] on a une réunion de groupe pour continuer à y réfléchir. On fera notre demande officiellement quand nos réflexions seront arrivées à maturité. On le fera peut-être à l'occasion d'une assemblée ou par courrier, sous la forme d'une motion ou même d'une question orale. Les formes existent pour interpeller la collectivité, on choisira celle qui nous semble la plus appropriée".

"Ce que je voudrais, c'est que cela déclenche quelque chose de transpartisan, que tout le monde se saisisse de cette question. Ensemble, je pense qu'on peut aboutir à des solutions concrètes qui fassent consensus". 

A quoi peut servir une cellule d'écoute ?

"Dans notre groupe, nous n'avions pas connaissance des agissements de l'élu agresseur. Si cela avait été le cas, une cellule d'écoute peut servir justement à en parler avant que ça ne s'aggrave. Il y a eu longtemps, dans ce pays, une culture de l'impunité à l'égard de ce genre de comportements, il faut que cela cesse". 

"La cellule d'écoute, en terme de prévention, va de paire avec l'éducation aux violences sexuelles et au consentement. Il faut que la honte change de côté".

Quel serait le profil des personnes amenées à écouter ?

"C'est une question technique à laquelle je ne peux pas répondre pour le moment. Si on est d'accord sur une cellule d'écoute, alors, 'quel est son niveau d'indépendance, à qui elle rend compte ou pas ?', c'est aussi ce genre de questions techniques dont il faudrait débattre ensemble. Notre proposition vise à lancer ces questions-là, il faudra les travailler. On n'a pas la prétention d'avoir une solution clés en main. C'est une proposition qu'on lance dans un esprit d'ouverture".