Cible de campagnes d'extermination durant des décennies, le grand hamster se réapproprie peu à peu la campagne alsacienne. L'espèce se porte mieux. C'est ce qui ressort d'un comptage de terriers de l'Office français pour la biodiversité. Des agriculteurs s'engagent à planter des cultures favorables à la survie du hamster et à sa réintroduction.
Dans la cour de l'exploitation agricole qu'il a transmise à son petit-fils à Griesheim-près-Molsheim (Bas-Rhin), Roger Hiss se souvient : "Lorsqu'on allait à l'école, on attrapait les hamsters. On les tuait, puis on ramenait leurs queues à la mairie pour recevoir de l'argent." C'était après-guerre. Les grands hamsters, nombreux, faisaient des dégâts considérables dans les champs. Les parcelles n'étaient alors, pas aussi grandes qu'aujourd'hui. "Avant le remembrement, quand tu avais 10 ares de terres et que le hamster t'en détruisait une partie, il fallait faire quelque chose".
Les communes finançaient, jadis, les campagnes de destruction du grand hamster. Jusqu'à mettre l'espèce en danger. Alors, dans les années 2000, des voix se sont élevées pour commencer à protéger le rongeur.
Trois élevages se sont créés en Alsace, seule région de France où le hamster est présent, pour tenter de réintroduire, petit à petit, l'espèce dans les campagnes, par le biais de lâchers réguliers, au printemps. Des efforts conséquents, car le petit animal, d'environ 25 cm de long, est désormais classé comme étant en danger critique d'extinction.
Les agriculteurs sèment des cultures favorables au hamster
Depuis quelques années, le petit-fils de Roger, Frédéric Supper, fait partie du collectif d'agriculteurs de son village engagés dans la sauvegarde du hamster d'Alsace. Ce qui suscite parfois l'incompréhension de son grand-père. "Avant, on les tuait, maintenant, on veut les sauver. Pourquoi ? Pour qu'ils fassent encore des dégâts ?" Ce à quoi Frédéric répond : "Tu ne peux pas vouloir sauver les ours polaires et ne rien faire ici." Lui, plante des choux, betteraves et pommes de terre, dont les hamsters se nourrissent.
En Alsace, 240 agriculteurs font partie de l'AFSAL (Agriculteurs et Faune Sauvage Alsace) et déterminent leur plan d'assolement (de culture) en fonction de la cohabitation avec le hamster. Lors de réunions annuelles avec les services de la DREAL, de la Chambre d'Agriculture et de l'Office français pour la biodiversité (OFB), les exploitants déterminent le pourcentage de blé, de maïs, de luzerne et autres qu'ils planteront dans leurs champs l'année d'après. L'idée étant d'en finir avec la monoculture du maïs, très peu favorable à la survie du grand hamster, qui apprécie la diversité pour se nourrir.
Des terriers plus nombreux dans les campagnes
Il s'agit aussi de ne pas récolter certaines parcelles afin de laisser un couvert végétal pour que les hamsters puissent se cacher des prédateurs, tels que les renards ou les buses. C'est le cas de Michael Eber, éleveur de chèvres et propriétaire de plusieurs parcelles. Dans son champ de blé non récolté, les terriers de grands hamsters se portent plutôt bien. Mi-septembre, les agents de l'OFB en ont dénombré une vingtaine, de quoi être optimiste quant à la survie des spécimens lâchés sur la même parcelle au printemps. "Au fil du temps, cela m'a incité à cultiver autre chose que du maïs. J'ai planté du blé, et surtout de la luzerne, bonne pour l'alimentation de mes chèvres et des hamsters", explique Michael Eber.
Pour convaincre les agriculteurs, parfois réticents à prendre de telles mesures voilà une quinzaine d'années, les services de l'État ont commencé à leur verser des indemnités, équivalentes à la valeur du maïs, pour des parcelles non récoltées. Des efforts payants aujourd'hui, à en croire Julien Eidenschenck, Responsable du PNA Hamster à l'Office français de la biodiversité. "Cette année, nous avons dénombré 1155 terriers, dans une dizaine de zones, situées surtout dans le Bas-Rhin. Cela représente entre 2000 et 4000 individus, c'est très encourageant". Pour autant, si l'espèce se porte mieux, elle reste, toujours, menacée.