Bas-Rhin : le charbonnier, travailleur téméraire souvent comparé au diable, raconté par Charles Schlosser dans un livre

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Écrit par Noémie Gaschy

Rund Um. Les forêts de Lembach (Bas-Rhin) étaient habitées jusqu’au milieu du siècle dernier par des fabricants de charbon de bois. Des hommes sauvages, presque légendaires, mais essentiels au développement artisanal et industriel. Charles Schlosser, petit-fils de charbonnier, leur consacre un livre "Le charbonnier, une longue histoire".

Son grand-père maternel était charbonnier, comme tous ses ancêtres depuis le XVIIIe siècle au moins. D’emblée, Charles Schlosser était donc intimement lié à cette profession, pour laquelle il s’est ensuite passionné pendant ses études. Lors d’un travail sur la terminologie des vieux métiers, le futur professeur d’allemand s’est intéressé aux fabricants de charbon de bois.

Il a pu rencontrer les derniers charbonniers de Lembach, son village, et écouter leur témoignage. Près d’un demi-siècle plus tard, leur histoire est quasiment oubliée de tous. Alors Charles Schlosser a choisi de la mettre en lumière dans un livre.

« Ils ont joué un grand rôle mais je me suis rendu compte que pratiquement plus personne ne le sait. Et j’ai aussi eu envie de comprendre pourquoi il y avait tellement de charbonniers à Lembach », confie-t-il.

1.500 charbonnières à Lembach

Dans son livre Le charbonnier, une longue histoire, il raconte avoir relevé 1.500 charbonnières - ces emplacements de forme ronde où le charbon était produit - rien que sur le ban communal de Lembach. Plusieurs d’entre elles sont parfaitement identifiables, en plein milieu de la forêt. « Je suis persuadé que certaines remontent au XIIe ou au XIIIe siècle », assure-t-il.

L’activité très importante s’explique d’abord par la présence de forges, fonctionnant au charbon de bois, dans les nombreux châteaux forts du secteur. Ensuite, par le développement des verreries, comme celle de Mattstall.

Enfin, au XVIIe siècle, l’installation de l’entreprise De Dietrich dans les villages alentours a fait augmenter le nombre de charbonniers.

« Il fallait une forte chaleur pour faire fondre le minerai dans les forges. La chaleur du bois ne suffisait pas, il fallait du charbon pour atteindre plus de 1000 degrés. Sans charbon de bois, il n’y aurait eu ni fer, ni acier. Il n’y avait pas encore d’électricité à l’époque, et pas de houille », détaille Charles Schlosser.

Noirs de saleté, sauvages, comme des diables

L’ancien maire de Lembach raconte le charbonnier sous tous ces aspects : ses techniques de travail, ses conditions de vie, mais aussi son rapport au reste de la population. Il remarque que partout, à Lembach comme ailleurs en France et dans le monde, les ouvriers du charbon inspiraient la crainte. Noirs de saleté, sauvages, ils étaient souvent associés au diable.

Des légendes anciennes, mais la production de charbon de bois n’a pas disparu. « On ne se rend pas compte qu’il continue à jouer au quotidien un rôle essentiel et vital : en Afrique notamment, des centaines de millions d’hommes et de femmes préparent tous les jours leur nourriture dans des marmites chauffées par la braise. Et au Brésil, le charbon de bois alimente toujours de nombreux hauts-fourneaux pour l’industrie », explique Charles Schlosser.

Le président de l’association Charbonniers du Fleckenstein enfilera à nouveau son costume de charbonnier amateur en juillet à Lembach. Depuis 1998, chaque été, des villageois carbonisent du bois pour entretenir l’héritage de leurs anciens.