Coiffure : face au manque de personnel, la profession s'arrache les cheveux

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Écrit par Muriel Kaiser

Comme d'autres secteurs, le domaine de la coiffure doit faire face au manque de personnel. En France, 1 poste sur 5 est vacant. Cela représente 10.000 postes à pourvoir. Certains gérants de salons mettent des mois à trouver un coiffeur prêt à être embauché et se retrouvent débordés. Plusieurs facteurs amènent à cette situation : les conditions de travail, l'augmentation du nombre de coiffeurs se mettent à leur compte et les reconversions depuis le Covid. Et depuis un plus long terme : l'orientation des élèves, la dévalorisation de l'apprentissage et une image dégradée du métier.

"En 20 ans de carrière, je n'ai jamais enregistré un tel problème de recrutement. Le manque de personnel auquel nous faisons face est une situation complètement inédite", déclare Hervé Ball, vice-président de l'UNEC 67. Le phénomène concerne tous les salons de coiffure : en France, 10.000 coiffeurs sont recherchés. Autrement dit, 1 poste sur 5 est vacant.

Une situation périlleuse pour les coiffeurs en poste, qui doivent gérer la surcharge de travail. "Début 2021, j'ai posté une annonce. Après 6 ou 7 mois, je n'avais encore trouvé personne. Je me suis dit que j'allais laisser tomber et qu'on allait continuer au nombre qu'on était", témoigne Jérôme Fontaine, gérant de L'Hair 48 à Stundheim. Alors, quand il est parvenu à trouver quelqu'un, c'était le jackpot. "Au moment où j'ai retiré l'annonce, une coiffeuse m'a contacté pour venir travailler chez nous. Nous nous sommes rencontrés et je l'ai embauchée !" Cette coiffeuse, c'est Christine Goehry. "J'ai envoyé une candidature spontanée car je trouve le salon dynamique. Les coiffeuses se remettent en question, font des formations... cette idée me plaît" affirme-t-elle.

Jérôme Fontaine a ouvert son salon en 2009 et constate que le problème du recrutement s'aggrave. "Il y a quelques années, on recevait tout le temps des candidatures. Des jeunes venaient déposer leur CV pour trouver une entreprise pour leur apprentissage. Ces derniers temps, cela a considérablement diminué".

Pourtant, dans les UFA, les classes sont pleines. Au lycée André Siegfried de Haguenau, les élèves se montrent enthousiastes. "Toute ma famille est dans la coiffure. J'ai d'abord passé un bac accueil puis travaillé avec des enfants, mais j'ai eu en envie de me former en tant que coiffeuse moi aussi, sûrement parce que j'ai ça dans le sang !" s'amuse Camille Harter, 24 ans. "J'ai fait un stage à 14 ans qui m'a beaucoup plu. Je me suis dit : pourquoi ne pas me lancer ? J'adore ce métier", renchérit Yann Kiehl, 18 ans. "Je fais plein d'essais sur ma grand-mère, elle a déjà tout eu, toutes les couleurs !" confie, quant à lui, Hugo Mall, 18 ans.

Pour leur professeure, Christine Laeuffer-Devevey, le problème se situe déjà au collège : "certains élèves arrivent ici sans savoir ce qu'est réellement le métier. Je pense qu'ils gagneraient à effectuer un stage dans un salon de coiffure pour se faire une meilleure idée. Sur les 2 ans de CAP puis de BP (brevet professionnel), certains décrochent, arrivent à la fin de la formation en disant : "ce n'est pas ce que je veux faire". Pour certains, c'est une voie de garage", assure-t-elle.

Un facteur que confirme Hervé Ball. "Déjà, la coiffure a longtemps souffert d'une mauvaise image. En France, on force à aller au lycée général, à faire des études supérieures...". Ce qui en décourage beaucoup à se lancer dans l'apprentissage. "La situation commence à s'améliorer, mais il y a 20 ans, il y avait si peu de monde qui a suivi une formation de coiffure que nous le payons maintenant. Nous sommes dans le creux de la vague. Toutes ces personnes qui n'ont pas été formées manquent cruellement", explique-t-il.

De plus, le nombre de coiffeurs se mettant à leur compte ne cesse de croître. En effet, cela leur permet d'adapter les horaires à leur guise et parfois, de gagner davantage. Alors pour faire face au manque de personnel et encourager les entreprises à former des jeunes, l'Etat verse une prime pour l'embauche en contrat d'apprentissage. Certains salons n'hésitent plus non plus à proposer des salaires plus élevés.

"Nous avons un métier de passion", appuie Christine Laeuffer-Devevey. "J'ai envie que les gens sachent que le métier peut s'exercer de mille façons. Derrière un fauteuil dans un salon de coiffure, bien sûr, c'est ce que tout le monde connaît. Mais nous avons par exemple une élève qui nous avait fait part de ses envies de voyage. A présent, elle est coiffeuse sur un bateau de croisière et m'envoie des cartes postales de ses lieux d'escale. Avec un peigne et une paire de ciseaux, on peut faire le tour du monde !", conclut-elle.