Disparition de Lina : "je voudrais savoir, comprendre, c'est quelque chose de terrible au quotidien de ne pas savoir", explique sa maman

Le lendemain de son entrevue avec les deux juges d'instruction, jeudi 1er février, Fanny Groll, la mère de Lina, l'adolescente de 15 ans disparue il y a quatre mois, s'exprime pour la première fois devant la presse, en présence de son avocat.

"J'ai eu ce sentiment d'écoute, de bienveillance, d'humanité. C'est ce que j'attendais de ce rendez-vous. Au bout de quatre mois, j'avais besoin de voir les responsables de l'enquête." Aux côtés de son avocat, Maître Matthieu Airoldi, Fanny Groll, la maman de la jeune Lina, évoque sa rencontre, jeudi 1er février, avec les deux juges d'instruction du parquet de Strasbourg, en charge de l'enquête. 

Une entrevue qui s'est déroulée à sa demande. Car jusqu'à présent, en tant que partie civile, le seul dossier auquel elle avait eu accès était celui de l'enquête préliminaire, ouvert par le parquet de Saverne. Or, depuis que l'enquête avait été transmise à deux juges d'instruction de Strasbourg, son avocat et elle n'avaient plus aucune information.

Cependant, Fanny Groll se dit frustrée de ne pas avoir appris grand-chose durant cette entrevue. "Je sais très bien que c'est le secret de l'instruction, s'exclame-t-elle. Mais je voudrais savoir, comprendre. C'est quelque chose de terrible, au quotidien, de ne pas savoir. Je cogite tout le temps. Tout le temps j'analyse, j'hypothèse."

Pas d'accès au dossier d'instruction

"Les juges ont répondu à mes questions. Je sais qu'elles sont investies, poursuit la maman de Lina. Mais les hypothèses restent des hypothèses. Et tant qu'on n'a pas accès au dossier d'instruction, je n'en sais pas plus." 

"Il m'a été indiqué que le dossier n'était même pas constitué, explique maître Airoldi. Il serait toujours en cours de rédaction (...) Mais les juges nous ont expliqué que l'enquête était longue (...) On a pu avoir des détails sur la façon dont travaillent les gendarmes. On a reçu l'assurance que toutes les pistes étaient vérifiées (...), que rien n'était laissé au hasard. Et que tous les moyens de la justice sont mis en œuvre pour que la vérité se manifeste", sans restriction de budget.

"On nous a aussi indiqué que dès qu'il y aurait un événement important dans le dossier, c'est Madame Groll, la partie civile, qui sera informée en premier. On a reçu l'assurance qu'on ne nous cachait rien, poursuit l'avocat. Qui regrette cependant de ne pas avoir eu "au moins un point rapide sur les pistes de l'enquête déjà fermées."

Pourtant, Me Matthieu Airoldi et sa cliente ont eu l'assurance que l'enquête avance. "Il faut se rendre compte de la densité de cette enquête, précise l'avocat. Derrière, il y a tout un monde, dont on n'a pas conscience. Donc la porte nous a été légèrement ouverte lors de cette audition (...) Même si le dossier ne nous a pas été ouvert complètement, on a au moins le sentiment d'en faire partie un tout petit peu, plus intimement."

Des investigations de longue haleine

L'adolescente a disparu le 23 septembre dernier, alors qu'elle marchait sur la route entre son domicile, à Plaine (Bas-Rhin) et la gare de Saint-Blaise-la-Roche, à trois kilomètres de là. Les battues organisées et les points d'eau sondés après sa disparition n'ont pas permis de découvrir d'indices probants.

L'enquête, d'abord menée par le parquet de Saverne, a ensuite été confiée au parquet de Strasbourg. Une information judiciaire a été ouverte contre X pour "enlèvement et séquestration non suivie d'une libération volontaire de plus de sept jours".

Dans sa dernière communication sur l'affaire, le 2 octobre dernier, le parquet de Strasbourg annonçait que l'enquête s'orientait "vers des investigations de longue haleine sous l'autorité des deux magistrats instructeurs en charge de l'affaire, (...) aucune piste n'étant écartée ni privilégiée".

Plus récemment, les gendarmes ont lancé deux appels à témoins concernant un jeune homme qui circulait dans une voiture grise. Une nouvelle piste que l'avocat de la maman de Lina se refuse à commenter.

Une plainte pour viol classée sans suite

Me Matthieu Airoldi revient aussi sur la plainte pour viol, déposée par Lina voici plus d'un an, alors qu'elle n'avait pas quatorze ans. Plainte classée sans suite par le parquet de Saverne, comme le révélaient nos confrères des Dernières Nouvelles d'Alsace le 19 janvier dernier.

"Je ne comprends pas la façon dont ce dossier a été traité", s'exclame-t-il. En recevant l'appel du journaliste qui voulait évoquer avec lui ce dernier point, il raconte être tombé des nues. "Je n'ai pas compris. Nous réitérons que Madame Groll, en qualité de maman de la partie civile, n'avait pas été informée de ce classement sans suite."

"C'est terrible, ajoute cette dernière. La justice est lente, on le sait, les choses prennent du temps, donc j'en étais restée à me dire : 'C'est long, mais c'est en cours.' (...) Là, j'ai l'impression – je parle au nom de Lina – d'avoir été trahie. Ils ne l'ont pas protégée, alors qu'à 13 ans et demi elle avait vraiment besoin que la justice la protège."

La presse avait aussi eu vent "qu'une nouvelle décision sur cette plainte allait être prise, et que la famille de la victime serait la première informée", assure l'avocat. Qui affirme être toujours dans l'attente d'explications du parquet de Saverne à ce sujet, et ne pas comprendre "en quoi la disparition de Lina peut entraîner un réexamen de cette plainte pour viol."

Selon lui, "il ne faut pas mélanger les deux dossiers. Mais comme nous estimons que cette procédure a été malmenée, nous allons nous constituer partie civile, Madame Groll par mon intermédiaire, devant la juge d'instruction de Saverne" précise-t-il.

Une vie entre parenthèses

Pour se protéger de tous les commentaires concernant cette affaire, comme celle de la disparition de l'adolescente, Fanny Groll s'est "complètement coupée" des médias et des réseaux sociaux. "Je vois juste mon entourage, qui me fait remonter des informations ou me protège de certains commentaires", explique-t-elle sobrement.   

"C'est d'une violence extrême. Tout est tellement difficile. Ça m'atteint vraiment dans mon cœur de maman, dans mes tripes. C'est psychologiquement très difficile", déplore-t-elle. "Les gens ne se rendent pas compte de tout le mal qu'ils peuvent faire. La situation est déjà assez insupportable. Parfois je me dis que je traverse l'enfer. Et ajouter ça, ce n'est vraiment pas la peine."

Plus de quatre mois après la disparition de Lina, sa mère n'a toujours pas repris son travail. "Pour beaucoup de gens, la vie continue, et avance. Mais pour moi, non", lance-t-elle. Mais elle tient à remercier "toutes les personnes qui (lui) envoient des messages" et lui témoignent leur soutien par de petits gestes. Des "actes bienveillants" qui remettent un peu de chaleur et d'humanité dans cette situation d'attente humainement insupportable.