Homosexualité. "Vous êtes en état de péché mortel m'a dit l'Eglise catholique" : ils se sont donc mariés au temple protestant

Rund Um. Si l'homosexualité n'est plus un sujet en ville, il reste sensible à la campagne et à l'église où l'acceptation et la reconnaissance se font attendre. Nous avons rencontré Roger-Stéphane Roth et Philippe Genitrini qui témoignent de leur vie quotidienne de couple.

Roger-Stéphane Roth et Philippe Genitrini se sont rencontrés en 2018 lors d'un concert de Mireille Mathieu. Ces deux Alsaciens en sont fans. Depuis, le couple habite Bischwiller (Bas-Rhin) et au bout de quatre années de vie commune, les deux hommes ont voulu se marier.

"C'est un grand moment. La journée s'annonce très belle" nous dit Roger-Stéphane en train de fermer le nœud papillon de son futur époux. "Et sans me tromper,
je pense qu'elle le sera pour tous les deux (...) C'est un grand jour pour nous et pour tous les autres" en pensant à tous ceux qui souffrent encore trop souvent du regard de la société car jugés différents ou pire, anormaux. 

Si Philippe et Roger-Stéphane ont fini par être accepté comme ils sont par leurs familles, le chemin n'a pas été facile. Ils ont grandi à la campagne. Derrière les murs de leurs maisons, papas et mamans craignaient le regard des voisins, le qu'en-dira-t-on. 

"Mon père disait toujours : "Un homme, ça joue au foot !" Donc, j'y ai joué comme mes frères. Alors que je n'aimais pas. Selon lui, un homme devait faire son service militaire, puis, une fois rentré, se marier et faire des enfants. Cela devait être ainsi,
pas autrement, point final !" raconte Roger qui, à l'époque, a décidé de quitter la maison pour vivre sa vie, ailleurs, loin du village. 

Si la maman de Philippe a très vite compris que son fils préférait les garçons, il a tout de même fallut l'accepter. "Je n'allais pas être grand-mère mais quand on aime son enfant, on veut qu'il soit heureux" confie Marie-Thérèse Genitrini, heureuse d'être présente au mariage de son fils.

Un mariage protestant pour deux catholiques 

Se marier, bien entendu. Le couple voulait sceller son amour devant monsieur le maire et devant Dieu. Une façon pour les deux hommes de montrer aux autres personnes homosexuelles que c'est possible, que c'est autorisé et qu'il ne faut pas se cacher. Ils ne demandent aucun privilège, juste les mêmes droits que les autres citoyens. Le couple s'est d'ailleurs battu pour le "mariage pour tous".

Et leur mariage à eux a été célébré au temple protestant. "J'ai été servant de messe durant 21 ans. J'aimais aller à l'église. Tout s'est bien passé jusqu'au jour où l'Église catholique a découvert que je préférais vivre avec un homme. Tout s'est effondré du jour au lendemain. On m'a dit : vous êtes en état de péché mortel. Je suis donc parti."

C'est à l'église Saint-Guillaume de Strasbourg que le couple s'est donc marié. Deux catholiques qui se marient devant Dieu dans un temple protestant. C'est dire que le chemin reste long. Pour le pasteur, Daniel Boessenbacher, il n'y avait aucun problème à unir ces deux êtres. 

"C'est une révolution pour l'Église. Mais même dans la société en général, cela ne coule toujours pas de source. Ici, à l'église Saint-Guillaume, nous faisons de notre mieux. Nous avons créé une "antenne inclusive" qui se réunit tous les mois pour œuvrer au "bien vivre ensemble". Par exemple, nous participons à la Gay Pride. Cela peut paraître étrange à certains, que des pasteurs s'y joignent. Mais c'est important
que nous affirmions par là, que chacun a le droit d'être lui-même et est le bienvenu dans notre communauté" estime-t-il. Dommage qu'encore trop peu de gens partagent cet état d'esprit.