"La situation est terrible", l'inquiétude des buralistes frontaliers suite à la suppression du minimum de cartouche de cigarettes

La France vient de supprimer le seuil d'une seule cartouche de cigarettes qu'un particulier était autorisé à rapporter d'un autre pays de l'Union européenne. Face à cette annonce, les buralistes frontaliers sont particulièrement inquiets et alertent sur l’augmentation du trafic illégal.

C'est une nouvelle qui fait la joie des fumeurs français : ils pourront bientôt ramener plus de cigarettes de l'Union européenne. Voilà qui réjouit les consommateurs français mais qui inquiète surtout les buralistes, encore plus les alsaciens frontaliers.

Mais alors quelles sont les règles mises en place ? Jusqu’alors, les particuliers qui voyageaient dans un pays de l'UE pouvaient ramener en France 200 cigarettes (une cartouche), or la règlementation européenne prévoit jusqu'à 800 cigarettes (quatre cartouches). Pour se mettre en conformité avec le droit européen, la France a dû supprimer la limite de 200 cigarettes selon un décret publié vendredi 29 mars au Journal officiel.

Pour respecter les règles, le gouvernement avait le choix entre : s’aligner sur les normes européennes ou supprimer le seuil de cigarettes importées et c’est cette deuxième option qui a été privilégiée par les pouvoirs publics, ce qui inquiète les buralistes alsaciens. "La situation est terrible dans la mesure où aujourd’hui avec la limitation d’une cartouche nous connaissons déjà une situation invraisemblable, imaginez ce que cela va être après" explique Thierry Moreno, Président de la fédération des buralistes du Bas-Rhin.

"C’est un signal fort envoyé aux délinquants, la France est devenue l’eldorado du trafic illégal"

Thierry Moreno, Président de la fédération des buralistes du Bas-Rhin

Dans un communiqué, le gouvernement justifie sa décision. Selon lui, ce décret va renforcer les critères permettant aux douaniers d’évaluer si la personne transportant des cigarettes les a achetées "pour ses besoins propres". Seront notamment pris en compte "la destination du détenteur lorsqu’elle diffère de son lieu de résidence habituelle", "l’activité économique du détenteur" ou l’emplacement des produits dans le véhicule.

Un argument qui ne convainc toutefois pas, Thierry Moreno. Selon lui "c’est un signal fort envoyé aux délinquants, la France est devenue l’eldorado du trafic illégal. On estime que sur tout le territoire français, le trafic parallèle de cigarettes avoisine les 35%, en Alsace nous sommes entre 50 et 60%" explique le président de la fédération des buralistes du Bas-Rhin.

La France le pays d’Europe où les cigarettes sont les plus chères

Comment ne pas faire exploser le trafic alors que la France est aujourd’hui le pays de l’Union européenne avec le prix du tabac le plus élevé ? C’est la question que se posent les buralistes. A titre d’exemple, le paquet de référence (Malboro) est à 8 euros en Allemagne contre 12,50 euros en France. "Quand vous savez qu’un habitant de Strasbourg met 12 minutes en tram pour se rendre en Allemagne, il ne faut pas s’étonner que nous ne vendions plus de cigarettes. Aujourd’hui, nous perdons 10 buralistes chaque année dans le département" constate Thierry Moreno.

Selon lui, le gouvernement doit s’aligner sur les prix de nos voisins européens. "Pendant le confinement, lorsque les frontières étaient fermées, on s'est tous s’est rendu compte de l’ampleur du manque à gagner". En effet, selon un rapport parlementaire le manque à gagner en matière de recettes fiscales est de l’ordre de 2 à 3 milliards d’euros par an. 

Les départements frontaliers sont ceux les plus touchés par le phénomène, avec une hausse moyenne de 22% de ventes de tabac sur la période du confinement. "Dans certains départements comme l’Ariège, les Pyrénées-Atlantiques ou le Bas-Rhin, la hausse des ventes de tabac est même comprise entre 40 et 70%" selon ce rapport.