Le laboureur Bertrand Rott se prépare pour son 6e mondial de labour

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Sujet Rund Um en alsacien sous-titré ©France Télévisions

Labourer, c'est la passion de Bertrand Rott. Cet agriculteur de Hatten (Bas-Rhin) s'entraîne depuis des mois afin de participer pour la sixième fois au championnat du monde de labour, cet été, en Estonie. Portrait.

Dès qu'il a un moment de libre, Bertrand Rott part sur son tracteur, labourer une parcelle de champ. Non par nécessité, mais par appétence. Toujours dans le but de réaliser un travail de précision. De la belle ouvrage. Largeur, profondeur, hauteur et planéité des sillons, tout doit être parfait.

Pour en arriver là, il doit s'entraîner, encore et encore. Depuis septembre dernier, il est à nouveau entré dans une période intensive. Du côté de Brumath durant les mois d'hiver, sur un terrain plus sableux, moins boueux, et maintenant chez lui, à Hatten.

Parce que, pour la sixième fois, il a été sélectionné pour participer au mondial de labour. Seul Français de sa catégorie, le labour en planches, il sera accompagné par un collègue de la région lyonnaise, spécialiste du labour à plat.

Dans la cabine du tracteur, le siège est pratiquement positionné à l'horizontale. Car la plupart du temps, Bertrand Rott roule à moitié couché, pour regarder vers l'arrière. "Devant, je cale mes roues sur le sillon pour rouler bien droit, explique-t-il. Et je roule à moitié couché pour vérifier, derrière, que mes deux bandes de labour sont aussi larges et régulières que les précédentes, explique-t-il. Au moindre petit changement, je m'en aperçois. Et si elles ne correspondent pas parfaitement, je peux régler le balancement de la charrue."

Une charrue de compétition

D'ailleurs, question charrue ("Pflüij"), cet engin qu'il manie ainsi avec dextérité est un modèle unique. Il en a lui-même fabriqué les deux socs ("Schààre"), et formé la courbure des deux versoirs ("Wendbretter"), et il continue à le perfectionner, inlassablement. "C'est mon bijou, sourit-il avec un brin de fierté. Réservé à la compétition" avec "énormément d'éléments à régler, des poids, des vis, des choses à ajouter ou à enlever".

En comparaison, la grande charrue dont il se sert au quotidien pour retourner ses 90 hectares de champs, semble beaucoup plus impressionnante. "Celle-ci a cinq socs, concède-t-il. Elle nécessite peu de réglages, et son rendement horaire est meilleur. Pour travailler dans ma ferme, je n'utilise qu'elle."

Mais quand il s'agit de partir se mesurer aux meilleurs laboureurs du monde, c'est toujours la petite qui l'accompagne. Cette année, pour l'Estonie, elle voyagera en camion-remorque. Et par deux fois, elle a déjà traversé les océans en porte-conteneurs. En 2010 pour la Nouvelle Zélande, et en 2019 pour les Etats-Unis. 

Eleveur et entrepreneur de BTP

Avec sa femme, Bertrand Rott gère une exploitation d'une centaine de vaches à viande. Au départ, il avait repris l'exploitation laitière de ses parents. "Mais on a arrêté le lait en 2020, raconte-t-il. Désormais, on a un magasin à la ferme, où on écoule toute notre viande." Leur choix s'est porté sur les races Black Angus et Aubrac, assez rares dans la région, "une viande savoureuse, un peu plus chère."

Et "quand (il) a le temps", c’est-à-dire… "quatre jours par semaine", Bertrand Rott change de tenue et s'installe sur une pelleteuse pour travailler sur des chantiers. Histoire de mettre du beurre dans les épinards. "Aujourd'hui, produire uniquement de la viande en vente directe ne permet pas de vivre. En arrêtant le lait, j'ai donc développé ma propre entreprise de BTP, précise-t-il. Avant de m'installer sur la ferme, j'avais travaillé dix ans en Allemagne, avec un paysagiste."

Cette activité lui convient bien, et les commandes affluent. Création de petites cours, fondations, murs, grillages, assainissement, "piscines, pavages, terrasses… ça marche, et ça me plaît" assure-t-il.

Accessoirement, l'homme est aussi ceinture noire de karaté. Mais ça, c'est encore une autre histoire. Au quotidien, sa femme Agnès s'occupe beaucoup des animaux. Bertrand Rott est surtout présent pour "le paillage qu'on fait ensemble, le soir" et en fin de semaine, pour la préparation des commandes de viande.

"Bon, il y a du boulot, c'est presque les trois huit, s'amuse-t-il. Le BTP, les animaux et le travail aux champs, ça fait trois métiers. Et le dimanche, je suis davantage sur mon tracteur, à m'entraîner, qu'avec ma femme. Avant le mondial, il ne reste pas beaucoup de temps pour les vacances. Mais on se rattrapera l'hiver prochain."

Agnès confirme avec un grand sourire. "C'est vrai que les jours de libre, où on pourrait partir un peu, il est installé sur son tracteur. Il y en a encore pour quelques mois, mais bientôt ce sera passé. Ça ira."

Des souvenirs inoubliables

Dans son petit bureau, Bertrand Rott collectionne coupe et médailles, rappels des deux championnats de France remportés il y a une vingtaine d'années. Et quelques photos et diplômes évoquent les cinq mondiaux auxquels il a déjà participé : outre la Nouvelle Zélande et les Etats-Unis, il y a eu la Suisse en 2002, la Croatie en 2012 et la Grande Bretagne en 2016.

"On peut dire que j'ai vu le monde entier, lance-t-il. J'ai plein d'amis agriculteurs aux quatre coins du globe et on est invités un peu partout pour les vacances, même si on n'en profite pas. J'ai vraiment fait beaucoup de belles rencontres, grâce à ces compétitions."

Il ne participe pas tous les ans, se décide en fonction de ses disponibilités, et du pays organisateur. Certaines années, il se présente à la sélection sans être retenu. D'autres, il accompagne les deux Français sélectionnés avec la casquette de coach. Car cette passion du concours, héritée de son père, lui colle à la peau. "J'avais 12 ans quand mon père m'a 'donné la graine', du travail bien fait", se souvient-il. 

Un déplacement de plusieurs semaines

Depuis, Bertrand Rott fait partie de ces très rares personnes au monde qui connaissent intimement divers points du globe non pas à travers leurs monuments emblématiques, mais par la composition de leur sol. Sa teneur, sa densité, son élasticité. 

En effet, malgré un descriptif théorique reçu en amont, à chaque fois qu'il arrive sur un lieu de concours, le sol est un univers inconnu, qu'il lui faut apprivoiser. Cette fois, en Estonie, il sait que "le terrain sur place sera sablonneux. Mais ça reste toujours une surprise."

Début août, il s'y rendra donc, comme à chaque fois, une bonne dizaine de jours avant le début des épreuves. Il s'installera dans un appartement de location et s'entraînera quotidiennement, avec sa propre charrue, sur une parcelle qu'il devra louer. "Tenter de s'adapter au mieux au sol, c'est ça qui est le plus dur, avoue-t-il. Mais on s'améliore chaque jour, on décèle au fil du temps des détails, des finesses..." 

Le concours proprement dit commencera ensuite, avec "environ huit jours d'épreuves, dont des entraînements officiels", puis deux journées principales, les 16 et 17 août prochain. "Le premier jour se déroule toujours sur de la chaume, un champ tout juste moissonné. Le second, c'est sur de l'herbe. Parfois c'est encore plus difficile, mais spectaculaire. Là on voit toutes les erreurs, au centimètre ou au demi-centimètre près, quasiment au millimètre. C'est ce qui fait la différence, et permet de désigner le meilleur. Ça se joue à quelques points. Entre les cinq premiers, il y a très peu d'écarts."

Lors des cinq mondiaux précédents, il a décroché à deux reprises la 7e place. Cette fois, il espère bien mieux. "J'ai toujours été dans les dix premiers, parmi lesquels il y a beaucoup de champions qui participent plusieurs fois, précise-t-il. Avec l'entraînement et l'expérience, j'y arrive toujours mieux. Il faut toujours s'améliorer, et chercher la perfection. Pour atteindre enfin le podium."

Cependant, même si cette fois, il rentre avec un trophée, il n'exclut pas de se représenter à nouveau par la suite. "Certains me disent : 'Tu ne veux pas t'arrêter ?' Mais non. Pourquoi décrocher si ça fait plaisir, et permet de voyager partout ? Je reste motivé, et ça continue à me titiller. J'aime ça, labourer. J'ai commencé il y a si longtemps. Et depuis, je le fais."

Seul petit frein : l'aspect financier. C'est pourquoi, comme avant chaque mondial, Bertrand Rott cherche encore quelques sponsors. Et pour mieux se faire connaître, il organise avec sa femme Agnès une journée portes ouvertes sur leur exploitation, au 7 rue du stade à Hatten, dimanche 9 juin prochain.

 

 

 

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