Strasbourg: “Moi, Mourad, ex-détenu de Guantanamo, je suis juste venu vous raconter mon histoire”

© Astrid Servent
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Mourad Benchellali a connu la réalité d'un camp d'entraînement d'Al-Qaida, les prisons de Guantanamo et Fleury-Mérogis. Depuis lundi, il témoigne auprès de collégiens et lycéens de Strasbourg. Il participait ce jeudi soir aux "Grands débats" proposés par l'Université de Strasbourg au Lieu d'Europe.

Par Astrid Servent

Le Lieu Europe n'avait pas prévu une telle affluence: il a fallu ouvrir en catastrophe une seconde salle dotée d'un relais vidéo, la salle de 50 places prévue initialement ne suffisant pas à accueillir le public venu en nombre pour écouter le témoignage de Mourad Benchallali, ex-détenu de Guantanamo. Lui-même n'en revient pas non plus: "Je n'aurais jamais pu imaginer cela du fond de ma geôle à Guantanamo il y a quelques années".

D'entrée de jeu, il prévient: 

Je ne suis pas là pour justifier ou convaincre, je suis juste là pour raconter mon histoire


Une histoire pas banale


Né à Villeurbanne en 1981, enfant du quartier des Minguettes, il va à l'école, au collège et au lycée jusqu'en terminale. Il devient même médiateur dans son quartier, un "grand frère" en quelque sorte. Mais à 19 ans, il rêve d'aventure. Il s'embarque pour l'Afghanistan sur les conseils de son frère, de deux ans son aîné. Contrairement à ce frère, beaucoup plus religieux, il part pour lui, pas pour Dieu. Deux mois d'entraînement dans un camp d'Al Qaeda. Nous sommes en juillet 2001, Al Qaeda est déjà connue mais l'organisation de Ben Laden n'est pas encore l'ennemi public numéro un. 

J'étais naïf, je ne m'attendais pas à cela, je voulais rentrer chez moi
 

© Astrid Servent
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C'est là que le piège se referme. Le 11 septembre fait tout basculer...le monde et la vie de Mourad. Impossible de quitter l'Afghanistan pour rentrer à la maison. Il décide alors de passer par le Pakistan. Des villageois pakistanais finissent par le livrer aux Américains qui l'envoient directement à Guantànamo. Il y passe deux ans et demi, subit des interrogatoires musclés. Puis, retour en France, retour en prison aussi: il passe 18 mois à Fleury-Mérogis. Son père, sa mère, sa soeur et deux de ses frères y sont aussi incarcérés.


Il refait sa vie, forme des apprentis carreleurs et fonde avec Nicolas Hénin, ex-otage en Syrie, Action Résilience, un institut de recherche et de conseil pour la lutte contre la radicalisation et le terrosrisme. décide en 2006 de raconter son histoire dans un livre "Voyage vers l'Enfer" sous la plume d'Antoine Audouard. A l'époque, son récit intéresse peu. En 2014, quand le nombre de départs de jeunes Français vers Syrie explose, la parole de Mourad trouve enfin des oreilles attentives.

De passage en Alsace pour une semaine, mais discrètement


Invité par la Ville de Strasbourg, Mourad Benchellali s'emploie à rencontrer des élèves. Trois classes de première, une classe de terminale et 7 classes de troisième, ce sont au total 455 élèves qui ont écouté et posé leurs questions à Mourad. Que ce sont-ils dit? Difficile de vous le rapporter car la liste des établissements scolaires retenus n'a pas été donnée à la presse. "On ne veut pas stigmatiser qui que ce soit" nous précise un des organisateurs qui lui aussi préfère rester anonyme. 


Du coup, on ne peut relayer que les rencontres avec le grand public, comme par exemple celle de ce jeudi soir au Lieu d'Europe face à des étudiants, des universitaires ou des professionnels de l'éducation.

"Je ne crois pas à la déradicalisation"


Il précise qu'il n'est pas un expert de la radicalisation. Il n'a jamais été radicalisé mais il a rencontré beaucoup de personnes qui ont choisi cette voie là. Selon lui, il y a autant d'explications que d'individus. Il est impossible de faire une définition globale de la radicalisation. Il note qu'au cours de ses rencontres avec les détenus, les plus radicaux sont ceux qui ne sont jamais partis. Alors que dire? Que faire? Il est pour lui primordial de re-expliquer encore et encore les valeurs de la République, les valeurs de la laïcité, de faire comprendre aux jeunes l'importance de ces principaux fondamentaux. Après, se déradicaliser, c'est choisir de changer d'état d'esprit. "On ne peut pas forcer les personnes mais on peut leur tendre la main, leur dire qu'il existe une issue".


Pour rencontrer Mourad Benchellali: il sera ce vendredi soir à 18h30 au centre socio-culturel l'Escale, 18 rue de la Doller à Strasbourg. L'entrée est libre.

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