Un robot de traite, installé pour pallier le manque de main d'œuvre, ouvre de nouvelles perspectives

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Sujet Rund Um en alsacien sous-titré ©France Télévisions

Faute de trouver un collaborateur régulier, un jeune agriculteur laitier de Stundwiller (Bas-Rhin) a fini par installer un robot de traite. Il y gagne en qualité de vie, et la machine, véritable mini-laboratoire, lui ouvre aussi la voie vers de nouvelles activités.

C'est une structure métallique d'environ quatre mètres de long, installée au bout de l'ancienne salle de traite. Depuis mi-décembre 2023, cette machine assure le travail de traite de William Graiche. Et, en parallèle, contribue à transformer son activité en profondeur.

Ce jeune producteur laitier de Stundwiller, près de Soultz-sous-Forêts, avait repris la ferme familiale, où travaillaient déjà, avant lui, son grand-père et son arrière-grand-père. Mais il s'épuisait à traire ses 70 vaches, deux fois par jour, 365 jours par an. 

"Le principal problème était que, depuis 12 ans, je trayais seul, et ça devenait dur, explique-t-il. Il me fallait 4h30 par jour, rien que pour la traite." Et ce n'était pas faute d'avoir cherché un collaborateur. Mais "c'est dur de trouver quelqu'un. Et si on trouve, ça va un mois ou deux, et il en a déjà assez."

Depuis quatre mois, William Graiche a donc confié la traite à ce robot, qui fonctionne 17 heures sur 24. Les vaches y entrent quand elles veulent, tout au long de la journée. Certaines adorent, et reviennent même avec des pis vides, dans l'espoir de pouvoir grignoter quelques granulés supplémentaires distribués par la machine pour les attirer.

D'autres, en revanche, font de la résistance, du moins pour l'instant. C'est pourquoi le jeune agriculteur est malgré tout présent dans l'étable dès 6h du matin, comme auparavant. Mais principalement afin de repérer les réfractaires, et d'aller les chercher une à une pour les amener vers le robot.

Car celui-ci sert aussi de mouchard. Il lit les "boucles d'oreilles" des vaches, qui comportent un numéro d'identification et un code barre, et enregistre chacun de leurs passages. Puis, grâce à un code couleur, l'agriculteur peut immédiatement voir sur son téléphone quelle bête a été traite, ou non, et quand.

Une alimentation adaptée à chaque bête

Les informations engrangées par la machine permettent également de calculer précisément la quantité de compléments alimentaires adaptée à chaque animal. "Le prix de la nourriture, c'est un tiers du revenu laitier mensuel, précise William Graiche. Il faut donc le rentabiliser au mieux."

Pour cela, il bénéficie depuis des années de l'aide de Julien Wittmann, technicien à la Chambre d'agriculture, et conseiller en alimentation. Ce dernier vient une fois par mois faire le tour de la ferme, et "vérifier que tout est encore ok d'un point de vue technique". Du poids des seaux de granulés, jusqu'au volume de maïs ensilage distribué, tout est examiné de près.

Mais les données collectées par le robot permettent encore d'affiner cette analyse. Après la visite de l'exploitation, Julien Wittmann s'installe dans le petit bureau proche de l'étable, et transfère ces informations dans son propre ordinateur.

Là, il peut voir "la quantité de lait produite chaque jour, le nombre de litres par vaches, la moyenne sur 24 heures, le nombre de vaches qui passent à l'heure, avec la répartition des passages"… Mais également des indications précises pour chaque vache, son stade de lactation, et s'il s'agit d'une primipare (qui vient d'avoir son premier veau) ou d'une multipare.

 "Et quand on connaît le nombre de litres que produit une vache, on règle la quantité de granules qui tombent du robot, détaille Julien Wittmann. Car selon la quantité de lait qu'elle donne, elle reçoit plus ou moins de nourriture." Ceci permet donc d'optimiser les quantités de granulés qui, auparavant, étaient simplement distribués dans les mangeoires avec le maïs et le foin.

L'insémination désormais réalisée à la ferme

Le robot de traite, véritable "mini-laboratoire", a même incité l'agriculteur à procéder lui-même à l'insémination de ses bêtes. Un travail pour lequel il est largement secondé par sa compagne, Stéphanie Fischer. Cette dernière, institutrice, passe la majeure partie de son temps libre sur l'exploitation. Elle se préoccupe principalement du bien-être des petits veaux, dont elle suit l'évolution de près.

Et depuis deux mois, elle étudie les analyses du lait de chaque vache, réalisées par le robot. Des analyses qui permettent même de savoir "s'il y a un kyste ovarien ou folliculaire, si la bête a subi un avortement, ou si elle est en chaleur."

"Le robot nous dit précisément où en est la progestérone et quel est le stade optimal pour l'insémination" détaille la jeune femme. "On sait donc quand précisément il faut la faire, dans un délai de 48, 12 ou 60 heures, selon la longueur du cycle."

A cet effet, William Graiche, lui, a suivi voici deux mois une formation. Le couple a opté pour des doses de semences de taureaux canadiens, "plus rustiques et résistants, et afin d'éviter les risques de consanguinité avec les taureaux français, qui entraînent parfois des fragilités aux pattes" explique Stéphanie Fischer.

Les paillettes de sperme, conservées à -180° dans de l'azote liquide, sont brièvement chauffées à 36° avant l'acte d'insémination. William Graiche voit plusieurs avantages à cette nouvelle activité. "Avant, quand on appelait l'inséminateur, on ne savait jamais à quelle heure il passerait, explique-t-il. Et ça pouvait nous bloquer pour la journée si on voulait travailler aux champs. De plus, c'est un challenge supplémentaire, qui fait partie de notre métier."

En deux mois, il a déjà inséminé une bonne trentaine de ses bêtes. "Le pire, maintenant, c'est d'attendre, confie-t-il. Aux premières échographies, on verra ce que ça a donné. Et si on a bien travaillé, ou pas."

Dans l'immédiat, le nouveau robot semble vraiment donner satisfaction. "Jusqu'à présent, on est très contents, c'est positif, sourit Stéphanie Fischer. Tout fonctionne comme on se l'était imaginé. Mais on est encore en phase de test. Il est trop tôt pour dire si on a fait le bon choix."

Grâce à la fonction de traite de la machine, il est clair que William Graiche peut enfin, après son passage à l'étable à 6h, retourner chez lui prendre le petit déjeuner avec sa famille. Un luxe qui lui était jusque-là inconnu. Pareil pour le repas du soir. Mais ce robot multifonctions est un tentateur, qui incite à se lancer dans de nouvelles tâches. Peut-être plus intéressantes, mais pas moins chronophages.