Ardennes, Haute-Marne : face au trop-plein de sangliers, les chasseurs mis en cause

Avec l'augmentation de la population de sangliers, les agriculteurs s'inquiètent des conséquences pour leurs cultures. / © Gérard Proust, Maxppp
Avec l'augmentation de la population de sangliers, les agriculteurs s'inquiètent des conséquences pour leurs cultures. / © Gérard Proust, Maxppp

Le "boom" des naissances observé en 2019 chez les sangliers inquiète dans les rangs des agriculteurs. En cause, "l'agrainage", une pratique plébiscitée par les chasseurs visant à nourrir les sangliers pour qu'ils se reproduisent davantage.
 

Par Roni Gocer

"Aujourd'hui, si un troupeau de sanglier passe dans un champ, c'est le même effet que si la terre avait été retournée", se désole Étienne Lanoue, agriculteur bio dans les Ardennes. L'augmentation des naissances de sangliers dans les Ardennes ne l'étonne pas. Pour lui, c'est la faute aux chasseurs, qui "veulent plus que tout voir du gibier", quitte à trop les nourrir. Il résume ainsi le problème : "Le sanglier plus vous lui donnez à manger plus il se reproduit." Avec l'augmentation du nombre de sangliers, la nourriture disponible dans les bois n'est donc plus suffisante. 

De là, un exode vers les plaines. "Plus ils sont nombreux, plus ils sont contraints de chercher plus loin de la nourriture" explique Frédéric Perard-Gaillot, président de la Fédération Champagne-Ardenne Nature Environnement. Pour l'association de défense de l'environnement aussi, les chasseurs seraient coupables : "Sur le fond, ils sont responsables. Ils nourrissent les bêtes, puis n'arrivent pas à les limiter."
 
Le champ d'Étienne Lanoue après le passage d'un groupe de sangliers. / © Étienne Lanoue / Novembre 2018
Le champ d'Étienne Lanoue après le passage d'un groupe de sangliers. / © Étienne Lanoue / Novembre 2018


Pour Hippolyte Babouillard, éleveur de volaille et secrétaire général de la Confédération paysanne en Haute-Marne, il y a deux explications à la prolifération des sangliers : "le tir sélectif lorsque les chasseurs épargnent les reproducteurs et l'agrainage". L'agrainage, c'est le dépôt de nourriture – généralement du maïs – directement auprès des sangliers. Ce qui passe mal pour l'agriculteur. "Agrainer abondamment permet à des animaux trop maigres d'être toujours en bonne santé et de se reproduire." Ce qui bloquerait une régulation naturelle.

A un moment avec l'agrainage, on peut presque considérer les chasseurs comme des éleveurs qui gèreraient un troupeau.
-Hippolyte Babouillard, éleveur et secrétaire général de la Confédération paysanne en Haute-Marne

 

Des années trop favorables aux sangliers

"Je comprends que certains agriculteurs soient excédés, mais les choses ne sont pas si simples". Jacky Desbrousse, président de la Fédération des chasseurs du Grand-Est, lui-même chasseur dans la Marne, essaye de calmer le jeu. "On est farouchement contre le nourrissage, mais pour l'agrainage raisonnée." L'explication à la multiplication des sangliers dans la région est toute autre pour lui : "Pour la production de glands et faînes [fruit du hêtre et principale source d'alimentation des sangliers], on a eu deux années exceptionnelles et une année qualifié d'historique." Pour cette saison 2019, en revanche, l'heure est à la disette à cause d'un été marqué par la canicule. Ce qui accentue les déplacements de sangliers. 
 
Une laie et ses marcassins. / Forêt de La Petite Pierre / 02 septembre 2010 / © FREDERICK FLORIN / AFP
Une laie et ses marcassins. / Forêt de La Petite Pierre / 02 septembre 2010 / © FREDERICK FLORIN / AFP


"Le fait d'apporter du maïs en forêt permet de maintenir les animaux en milieu forestier", appuie Didier Breton, formateur à la Fédération des Chasseurs de Haute-Marne. "Il n'y a pas d'études démontrant que l'agrainage a une véritable influence sur la reproduction des laies" assure le chasseur. Comme son confrère, il explique cette surpopulation des sangliers dans son département par des années très favorables en terme de climat. La mobilisation des chasseurs suffira-t-elle à contenir les porcins ? "J'espère" lâche Dider Breton, qui assure que le climat froid du mois de novembre sera plus favorable aux chasseurs pour traquer les sangliers. 

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