"C’est festif, on s’amuse, on rigole", la folie loto dans les salles des fêtes

Il n'y a pas une semaine, pas un week-end, pas même un dimanche ou jour férié sans qu'une salle des fêtes n'accueille un loto quelque part en France. Le lundi de Pâques ne déroge pas à la règle. À Saint-André-les-Vergers, dans l'Aube, près de 250 personnes se sont retrouvées avec l'espoir de gagner le gros lot pour certaines, ou juste l'envie de s'amuser pour d'autres.

La roue tourne… va tourner… et tourner encore… Pendant 4 heures, Monique Bakoun va énoncer chacun des numéros qui va sortir de la petite machine. Depuis l’estrade sur laquelle elle est installée, elle reproduit inlassablement le modèle : "Le 11… 11… Le 63… 63… Le 80… 80…" Tel un robot, l’animatrice enchaîne les annonces dans un silence de cathédrale. Il faut dire qu’elle avait prévenu, Monique, au début de l’après-midi quand elle a pris le micro : "j’aimerais avoir du silence pendant tout le loto, vous aurez deux entractes pour vous défouler".

N’allez pas croire pour autant qu’elle est froide et autoritaire, c’est tout le contraire mais elle doit s’adapter. "Dans le temps, les gens rigolaient mais maintenant c’est sérieux, ils viennent pour gagner", il faut donc que le calme règne pour que les joueurs entendent clairement les annonces. 

Dans la salle des fêtes de Saint-André-les-Vergers, 250 personnes écoutent religieusement, en ce lundi de Pâques, les numéros tomber les uns après les autres. Claudette, la mère, et Sandra, la fille, promènent leurs yeux sur leurs grilles, avec l’espoir de pouvoir déposer un jeton sur les cases correspondant aux numéros tirés. "Il y a un peu d'excitation à l’annonce, on entend le début du nombre, on se dit que ça y est, et puis non…", sourit Claudette. Mère et fille sont rompues à tout ce cérémonial. "On en fait entre 3 et 4 chaque mois", raconte la plus jeune.

La veille, les deux Troyennes étaient à Sainte-Savine, juste à côté, pour un autre loto. Un court trajet bien rentabilisé puisque Claudette est repartie avec une télévision. Quelques semaines plus tôt, sa fille avait gagné une trottinette électrique et un ordinateur. Mais si elles sont ici, c’est moins pour les gains que pour "passer le temps et voir du monde". 

Même son de cloche au pied de l’estrade où se trouvent Annie, Françoise et les autres. "C’est festif, on s’amuse, on rigole et on retrouve les copines surtout", explique l’une d’elles. Chaque week-end, la petite bande prend la route après avoir épluché les annonces dans la presse locale. "Parfois c’est deux, parfois c’est trois lotos", assure Annie qui perpétue ici une tradition familiale. "Ma mère, mes sœurs, tout le monde en fait. Avant, c’était la sortie du dimanche, les hommes allaient au foot et nous au loto".

Une habitude à laquelle Charly va peut-être devoir se plier. Le jeune homme de 23 ans participe à son premier loto, accompagné par son amie. "En fait, je suis venu d'Auxerre pour rencontrer ma belle-mère et elle nous a amenés ici", dit-il avec un large sourire, "j’aime bien, il faut être réactif parce que ça va vite, mais on se marre bien".

C’est devenu une drogue, ça fait du bien dans la tête, ça détend".

Françoise

Évidemment, les grilles n’étant pas gratuites, chaque personne inscrite espère toujours un petit retour sur investissement. Tristane accompagne Annie et Françoise et elle suscite une tendre jalousie chez ses copines : "Ces dernières semaines, j’ai gagné une machine à pop-corn, une plancha au gaz et un bon d’achat de 50 euros mais toujours pas de bonhomme !". La tablée éclate de rire… Puis, plus sérieusement, elles expliquent que la nature des lots peut avoir une incidence sur le choix du lieu où elles iront jouer mais que ce n’est pas le principal paramètre. Elles restent très attachées à l’ambiance qu’elles vont trouver sur place et, unanimement, elles avouent avoir une préférence pour les rendez-vous animés par Monique Bakoun.

Ancienne joueuse elle-même, Monique Bakoun s’est lancée dans l’animation de lotos un peu par hasard quand une amie lui a proposé, un jour, de la remplacer. Elle s’est tout de suite prise au jeu et, de fil en aiguille, elle a fini par créer son autoentreprise et consacrer tous ses week-ends à cette nouvelle passion. "J’aime mieux animer que jouer", dit-elle aujourd’hui tout en admettant que, malgré un agenda bien rempli, les revenus générés par ses contrats ne suffisent pas à faire vivre le foyer. "Ça met un peu de beurre dans les épinards" en complément de la retraite de monsieur. 

Dans les prochaines semaines, Monique va probablement croiser la route, à nouveau, d’Annie, Françoise et Tristane qui n’imaginent pas un instant un week-end sans loto, "c’est devenu une drogue, ça fait du bien dans la tête, ça détend". Et pour être sûr de ne pas être en manque, elles ont déjà tout calé jusqu’au mois de juin.