Femme et chercheure : “Je ne suis pas la femme de, je publie mes propres papiers”

Karine Lan, chercheure à l'UTT / Troyes, le 21 février 2018 / © Paul-Antoine Boudet / France 3 Champagne-Ardenne
Karine Lan, chercheure à l'UTT / Troyes, le 21 février 2018 / © Paul-Antoine Boudet / France 3 Champagne-Ardenne

Chaque semaine, nous allons à la rencontre d'une femme qui évolue dans un milieu majoritairement masculin. En France en 2016, seuls 35,9% des chercheurs sont des femmes. Parmi elles, Karine Lan, chercheure en sociologie et intervenante à l'université de technologie de Troyes (UTT).

Par Florence Morel

Si elle bombe le torse, ce n'est pas pour parler du Living lab, laboratoire de recherche de l'université de technologie de Troyes (UTT) dont elle a la charge. Ou encore de ses dernières recherches en sociologie au département d'Homme, Environnement, Technologie de l'Information et de la Communication (Hetic). Non, ce qui anime la Troyenne d'origine mauricienne est plus profond, la place des femmes à l'université et le monde de la recherche.

Des fauteuils couleur chocolat trônent devant un ficus empoté. Confortables, ils invitent à prendre un thé sous la lumière blanche de l'hiver. Dans l'un d'eux, une femme aux cheveux noirs de jais est confortablement installée. Karine Lan n'est pas là pour la pause thé. Elle se tient le buste droit, décidée à ne laisser aucune question sans réponse. D'un enthousiasme à toute épreuve, malgré le froid glacial de l'extérieur, la chercheure sourit inlassablement.


"Elle est superbe votre déco"

"J'ai la chance (et la malchance), d'exercer le même métier que mon mari. Je suis donc catégorisée comme 'femme de', comme si je n'effectuais pas mes propres recherches", regrette Karine Lan. Mais la sociologie s'inverse quand il s'agit de la décoration de Living Lab qu'elle et son mari ont entièrement conçue.

On vient me voir en me félicitant pour mes goûts de décoration. Je suis obligée de rappeler à tout le monde que ce n'est pas moi qui ai tout fait ! C'est mon mari qui a choisi les sièges !

s'amuse-t-elle, un brin d'amertume dans la voix.

Les femmes à la déco, le mari au labo. Cette vision est caricaturale et pourtant, Karine Lan a l'impression qu'elle se répète encore aujourd'hui, en 2018. La trentenaire ne baisse pas les bras. Pour elles, la nouvelle génération, à qui elle donne des cours, lui donne espoir :

Pour les élèves, une prof reste une prof. Ils ne font aucune distinction.


Interruption volontaire de cours

Si l'enseignante et chercheure ne constate pas de différence de comportement vis-à-vis d'elle, elle souligne cependant quelques distinctions entre étudiantes et étudiants, intervenantes et intervenants. Toujours dans un sourire, comme pour se détacher de l'ironie de la situation, elle raconte la fois où un intervenant est entré dans sa salle de cours, ignorant ostensiblement sa présence. Arrivé au milieu de la salle, après un moment de silence, il a tourné les talons et quitté les lieux sans un mot.

Mêmes les élèves étaient choqués. Ils l'ont fixé et m'ont regardé d'un air dubitatif. Personne n'a compris. Je pense que si j'avais été un homme, il ne se serait jamais permis d'interrompre mon cours de la sorte.


Du côté des élèves, Karine Lan a aussi noté des différences. "Les filles s'affirment moins, les garçons osent beaucoup plus", analyse l'intervenante. Lors d'entretiens individuels, l'Auboise d'adoption se souvient d'une jeune fille très mal à l'aise en parlant d'elle, de son parcours. Une fois en présentation devant une classe pour défendre son projet, c'était la métamorphose : "Elle était tout simplement brillante." Une jeune fille qui présentera d'ailleurs une thèse dans les années à venir. Et de regretter : 

Les filles se mettent toujours en retrait, elles se limitent dans leurs interventions. C'est toute une éducation qui est à revoir.

Voir le témoignage de Karine Lan

 

Karine Lan : une sociologue parmi les scientifiques

Karine Lan est chercheure en sociologie à l'UTT. Son métier consiste à analyser l'usage du numérique et concevoir des technologies en rapport avec ces usages.

Spécialisée dans les pratiques des personnes âgées, elle décrypte leurs usages des nouvelles technologie et aide les scientifiques pour que ces derniers proposent des solutions numériques les plus adaptées aux besoins des seniors.  

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