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Femme à l'université. Nada Matta a appris “à jouer le jeu des hommes”

Nada Matta est directrice de département à l'université de technologie de Troyes / Troyes, le 21 février 2018 / © Paul-Antoine Boudet / France 3 Champagne-Ardenne
Nada Matta est directrice de département à l'université de technologie de Troyes / Troyes, le 21 février 2018 / © Paul-Antoine Boudet / France 3 Champagne-Ardenne

Nada Matta est arrivée à l'université de technologie de Troyes en 2000. Aujourd'hui professeure et directrice de département, elle a dû se battre pour faire entendre sa voix féminine dans le milieu scientifique et universitaire.

Par Florence Morel

De grands posters occupent les murs, remplis de schémas complexes. Quelques photos d'enfants aussi, plus discrètes, se frayent un chemin. Cheveux courts et colorés, lunettes à monture violettes sur le nez, Nada Matta se tient droite derrière son ordinateur, dans son bureau de l'université de technologie de Troyes (UTT).

Souriante, la franco-libanaise ne manque pas d'anecdotes quand il s'agit de mentionner sa condition féminine. La directrice d'un département de recherche de l'UTT a dû redoubler d'efforts pour s'imposer. "Au départ, je levais la main pour prendre la parole. Voyant qu'on ne me la donnait pas, j'ai appris à faire comme les hommes, à être impolie", raconte la scientifique.

Prendre une posture​

Nada Matta fait partie de ces 23,9% de femmes qui occupent un poste de professeure des universités ou directrice de recherches en France. Si les universités de sciences se remplissent peu à peu d'étudiantes, elles n'offrent pas toujours des postes de doctorantes, chercheures, ou encore professeures, et nomment encore plus rarement des femmes au poste de directrice.
Pourtant d'un tempérament calme, Nada Matta coupe la parole à ses confrères quand il le faut. "Il faut s'imposer, prendre une posture", affirme-t-elle. Ne dépassant pas le mètre soixante, elle joue de sa voix et de son aplomb pour se faire entendre. Les regards de biais, elle a appris à les réprimer :

Une fois, alors que je refusais quelque chose à un homme, beaucoup plus grand que moi, il m'a demandé : 'De quel droit vous faîtes ça?' Je me suis levée, je l'ai regardé droit dans les yeux et je lui ai répondu : 'Parce que je suis la directrice de ce département de recherches.' Il s'est tu, comme s'il avait oublié qui était aux commandes ici.


"C'est une affaire de personnalité et d'éducation"

Bien sûr, Nada Matta n'impute pas ce comportement à tous les hommes. "C'est une affaire de personnalité et d'éducation. Tous les hommes et tous les universitaires ne se comportent pas comme ça", tempère-t-elle.

Selon la scientifique, tout est avant tout une question d'éducation. Celle qui est née et a grandi au Liban a toujours été poussée par sa famille à faire des études. Ce malgré le poids de son entourage. "Comment ça ? Envoyer votre fille faire des études de mathématiques ? En France ?", se souvient Nada. Ses parents, "très ouverts", n'en ont jamais tenu compte. "Ils m'ont même plus poussée que mes deux frères."

Son combat : que les filles remplissent les bancs des filières scientifiques. "On veut des filles en maths, en informatique", assène-t-elle en tapant du poing sur la table, toujours avec le sourire, qui ne la quitte jamais. En lien direct avec les personnes âgées ou encore handicapées, Nada Matta n'a jamais écrit une ligne de code. Elle est loin, l'image du geek avec trois écrans d'ordinateurs qui passe ses nuits à écrire des lignes de code."On ne présente jamais les matières scientifiques sous leur aspect social, regrette la professeure. Pourtant, l'informatique, c'est du social."

Pour elle, la mixité est indispensable. Lors de réunions, elle tempère des discussions qui deviennent houleuses. Une collègue surgit dans son bureau, surprenant le thème de la conversation. Ravie que le thème soit abordé, elle s'empresse d'acquiescer :

Je suis soulagée que tu sois là. Cela fait du bien de ne plus se retrouver seule aux réunions.

Nada Matta en 4 dates clés

1989 : A son arrivée en France, elle étudie à l'université Paul Sabatier de Toulouse, où elle y obtient un doctorat en intelligence artificielle.

1999 : Elle passe ensuite quatre ans à Sophia Antipolis, dans les Alpes-Maritimes.

2000 : Nada Matta se rend à l'université de technologies de Troyes (UTT), comme enseignante-chercheure.

2008 : Date depuis laquelle elle dirige le groupement d'intérêt scientifique surveillance, sûreté et sécurité des grands systèmes. Elle est également à la tête du pôle de compétences humain, environnement et technologies de l'information et de la communication (Hetic).

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