Ligne SNCF Paris-Troyes : un chantier colossal va démarrer, le plus important de France, pour enfin électrifier la voie

Alors que l’électrification de la ligne 4 entre Gretz-Armainvilliers (Seine-et-Marne) et Nogent-sur-Seine est terminée depuis 2022, Clément Beaune, ministre des Transports, est à Romilly-sur-Seine (Aube) ce vendredi 8 décembre pour lancer les travaux préparatoires de la phase 2 d'un projet attendu depuis des décennies.

Les belles histoires du dimanche
Découvrez des récits inspirants de solidarité et d'altruisme, et partez à la rencontre de la générosité. Émotions garanties chaque dimanche !
France Télévisions utilise votre adresse e-mail afin de vous envoyer la newsletter "Les belles histoires du dimanche". Vous pouvez vous désinscrire à tout moment via le lien en bas de cette newsletter. Notre politique de confidentialité

108 km de voies ferrées à électrifier entre Paris et Troyes. Un "serpent de mer", un dossier gigantesque qui a épuisé préfets, direction SNCF, élus et même quantité de journalistes qui suivaient ce dossier vieux de trente ans. 108 kilomètres, c’est peu, mais il faudra tout de même attendre la fin de l’été 2028 pour en voir les résultats. Et que les usagers ressentent le changement du train diesel à l'électrique. Un gain en régularité du trafic, avec moins de pannes que sur du matériel plus ancien, pas forcément en temps de trajet. Une avancée en terme de rejet de Co2 également. 

"Électrifiée, la ligne Paris-Troyes contribuera par extension à l’amélioration : de la qualité de la desserte, en fiabilisant les services et en améliorant le confort des voyageurs. Le projet permettra le renouvellement du matériel roulant par des trains modernes et performants", précise la SNCF. La première phase de travaux a coûté plus de 176 millions d'euros. 

La seconde phase de ce projet d'électrification des voies SNCF entre Paris et Troyes, se concentre cette fois-ci sur l’axe Nogent-sur-Seine - Troyes, et devrait démarrer fin 2024, avec dès aujourd’hui, vendredi 8 décembre 2023, le lancement des travaux préparatoires à Romilly-sur-Seine, la base logistique du vaste chantier.

« Des retombées économiques sur le territoire »

D’un montant total de 2 millions d’euros, ces installations seront essentielles au bon déroulé des futurs travaux. Opérationnelle à l’été 2024, cette base servira aux équipes, 80 personnes au plus fort de l’activité, comme lieu de vie et de préparation à la logistique. Sur le site, trois voies de service seront raccordées à la ligne Paris-Mulhouse, pour coordonner les trains de travaux. Une installation à Romilly-sur-Seine bénéfique, selon le maire Eric Vuillemin (LR) : "Beaucoup d’entreprises locales auront des travaux à effectuer pour cette électrification, il y aura donc retombées économiques sur le territoire. Et les usagers vont s’en rendre compte au fur et à mesure, car cette base apportera de la sécurité et de la stabilité au niveau du service rendu".

Ensuite, place à la phase 2. Dans le détail, le chantier se fera de nuit sur la ligne, avant une circulation totalement interrompue au cours des étés 2025, 2026 et 2027 (du 1er juillet au 31 août). Un scénario choisi par plus de 2 000 usagers après une grande consultation à l’été 2022. Cet arrêt total du trafic se justifie par la reprise de 30 ouvrages d’art, qui doivent être rehaussés pour 26 d’entre eux. Pour les quatre autres, les voies seront abaissées à l’arrivée à Troyes.

Coût des travaux et financement

Selon Franck Leroy, président de la Région Grand Est, pour l’intégralité de l’électrification de la ligne 4, de Paris à Troyes, le coût total des travaux s’élèverait à 500 millions d’euros. La SNCF Réseau Grand Est est plus prudente, et souligne que le montant sera précisé à l’été 2024. Car le coût de la seconde phase, n’a pas encore été tout à fait estimé. Une première piste cependant : une première enveloppe de 88 millions d’euros a été injectée pour débuter les travaux. Pour le reste, "une phase d’études techniques est toujours en cours, elle se poursuivra jusqu’à fin mars 2024", indique Laurence Berrut, directrice territoriale SNCF Réseau Grand Est.

"Nous demandons 49 millions d’euros à l’Union Européenne"

François Baroin

Président de Troyes Champagne Métropole (LR)

Reste à savoir qui financera, et à quelle hauteur, ce projet colossal. Douze cofinanceurs se sont déjà engagés (Etat, Régions Ile-de-France et Grand Est, Départements de l’Aube et de Seine-et-Marne, Troyes Champagne Métropole, les villes de Troyes, Nogent-sur-Seine et Romilly-sur-Seine, ainsi que les communautés de communes du Nogentais et des Portes de Romilly-sur-Seine). Le dernier : l’Union Européenne, toujours en négociation sur le montant alloué. "Nous demandons 49 millions d’euros à l’Union Européenne, c’est-à-dire le maximum de ce qu’elle pourra apporter. Et je ne vois aucune raison qu’il manque un centime", a martelé ce matin François Baroin, président de Troyes Champagne Métropole.

De son côté, Clément Beaune, ministre des Transports, se dit confiant sur les contributions européennes : "C'est un projet qui a une dimension européenne, et la France est très bien dotée dans les derniers résultats en matière de financement de transports à l’échelle européenne. Nous allons continuer ces demandes et ce combat. Ce projet avance de toute façon, nous le réussirons et nous le réaliserons de toute façon". Un discours qui intervient alors que l’Etat a annoncé en début d’année 2023 un plan à 100 milliards d’euros pour développer les infrastructures ferroviaires en France.

Des cars de substitution au cours des étés 2025, 2026 et 2027

Ces étés-là, les voyageurs devront s’adapter et anticiper leurs déplacements. La SNCF mettra en place des cars de substitution qui iront jusqu’à Nogent-sur-Seine, en partant de Romilly-sur-Seine et de Troyes. Un temps de trajet rallongé de 28 minutes ou de 56 minutes pour les Troyens. Autre solution, celle de prendre le train pour Chaumont, afin de récupérer une correspondance à Châlons-en-Champagne.

Mais pourquoi faut-il quatre ans pour réaliser ces travaux ? Un tel projet d’envergure, le plus important de France actuellement, nécessite de nombreuses adaptations. Comme les ouvrages d’art à modifier (voir ci-dessus), mais aussi le réseau électrique à renforcer. Pour alimenter les voies, une nouvelle sous-station sera construite à Saint-Mesmim, afin de convertir le courant haute tension (225 000 volts) en courant alternatif (25 000 volts), compatible avec les trains. Trois postes autotransformateurs seront également installés (leurs objectifs : réguler le débit électrique sur la ligne). Ces travaux prendront fin en mars 2028

2 300 poteaux caténaires posés

En parallèle, entre novembre 2025 et février 2027, 2 300 poteaux caténaires seront posés, tous les 43 mètres environ, sur les 119km de voies à électrifier (dont 11km de voies de service). Un chantier titanesque qui doit se faire étape par étape. Cinq au total : la fouille, le matage, le bétonnage, la pose de l’armement et le déroulage des câbles (500km environ).

La ligne, empruntée par 1,7 million de voyageurs chaque année, aura attendu plus de 30 ans pour se moderniser. À terme, l’électrification permettra de renforcer la régularité des circulations, et d’économiser le rejet de 7 000 tonnes de CO2 sur la ligne chaque année.