Troyes : la restauration du Christ en bronze de François Girardon est achevée

C’est une œuvre emblématique du patrimoine de la ville de Troyes, dans l’Aube. Le Christ offert en 1690 à l’église Saint-Remy par le sculpteur François Girardon, qui y avait été baptisé vient en quelque sorte de faire peau neuve.
 
Le Christ de Girardon a retrouvé son éclat d'origine.
Le Christ de Girardon a retrouvé son éclat d'origine. © Philippe Coquempot FTV
Au  centre-ville, rue Pithou, dans ce que les Troyens appellent le "bouchon de champagne ", non loin des halles, l’église Saint-Remy conserve un patrimoine tout à fait exceptionnel. L’édifice, un des plus anciens de la cité tricasse abrite un Christ. Une œuvre remarquable offerte par un enfant du pays, François Girardon. Mais si le sculpteur a pu en faire don à sa ville natale, c’est parce qu’il avait l’autorisation du roi Louis XIV. François Girardon travaillait, en effet, pour le roi, à Versailles notamment, où il réalisa les bains d’Apollon.

Eric Blanchegorge, directeur des musées de Troyes et conservateur départemental des antiquités et objets d’art raconte : " En 1793, l’église a été vidée de son mobilier, les cloches fondues, les vitraux détruits, et l’édifice affecté à divers usages profanes. L’intégralité du mobilier liturgique a été vendue, notamment les grilles qui entouraient le chœur et la croix où était fixé le Christ. Cette œuvre a, elle, été conduite au dépôt des oeuvres d’art pour y être mise à l’abri, y être préservée. C’est à cet endroit qu’étaient gardés les biens confisqués aux émigrés, des biens, en quelque sorte nationalisés.

En 1804, après le Concordat, quand les églises ont été réouvertes et rendues au culte catholique, il a fallu les remeubler. Le Christ de bronze a réintégré son église. Mais après toutes ces années, cette œuvre remarquable, d’une exceptionnelle qualité, avait besoin d’être nettoyée. Il fallait restaurer la peinture dorée, revoir les fixations à la croix, et celles du crucifix au maître-autel pour dissuader les pilleurs. Nous avons donc fait appel à deux restauratrices,
Emilie Malassenet et Laura Galicier, pour réaliser ce travail de spécialistes ".
 

" Des oeuvres, j'en vois des milliers. Mais j'ai été impressionnée, étonnée. Ca faisait longtemps que je n'avais pas eu un tel objet dans les mains ".

Emilie Malassenet, restauratrice


Une cire transparente pour protéger le Christ

Laura Galicier est dijonnaise. Elle était déjà intervenue, à Troyes, dans l’Aube, pour y restaurer une pièce de faïence de l’Apothicairerie, du Musée de la Pharmacie. Emilie Malassenet vient de Bourges. A Troyes, elle a découvert, avec émerveillement le Christ de Girardon. " C’est une œuvre importante de cet artiste considérable ", dit-elle.

"Il nous fallait faire une proposition avant d’avoir vu de près les problèmes. Sur place, en étant au plus près, après en avoir fait le tour j’ai constaté que le Christ n’était pas endommagé. Le bronze était encrassé, empoussiéré, et portait quelques départs de corrosion. Des œuvres, j’en vois des milliers Mais, j’ai été impressionnée, étonnée. Ca faisait longtemps que je n’avais pas eu un tel objet dans les mains. Du bas, car le Christ est exposé à plusieurs mètres du sol, on ne voit pas trop  les détails.

Quand j’ai pu m’approcher, j’ai été éblouie par l’incroyable ciselure. L’artiste a pris du temps pour détailler le corps, le visage, les cheveux, les mains, les pieds…Du sol, le Christ semble grand, car François Girardon a réalisé des effets de proportion. On a nettoyé la croix qui n’est pas d’origine. Quant au Christ, lui-même, nous l’avons nettoyé, enlevé la corrosion et fait en sorte de la stabiliser.

Pour qu’il retrouve son aspect doré, nous avons procédé à quelques retouches. Enfin, nous avons recouvert le bronze d’une cire transparente pour éviter tout nouveau départ de corrosion et également lui redonner son lustre d’antan, son aspect très brillant, idéal, en milieu liturgique. Cela n’a pas été facile, car nous avons travaillé, in situ, dans le froid. Il a fallu frotter longtemps pour que la cire recouvre l’œuvre correctement
 ".
 
Les détails du corps ont impressionné la restauratrice Emilie Malassenet.
Les détails du corps ont impressionné la restauratrice Emilie Malassenet. © Philippe Coquempot FTV

 

Un évènement très important

Marc Sebeyran est premier adjoint au maire de Troyes, François Baroin. Il est chargé de la culture. Il se réjouit de voir terminée cette restauration, qui va encore renforcer l’attractivité de la ville. " Ce programme de restauration était important, car c’est une œuvre magnifique, majeure ", explique-t-il, " une œuvre d’art du 17 ème siècle qu’il faut médiatiser. Le cœur de François Girardon est conservé dans l’église. D’ailleurs la paroisse, très vouée à l’art était celle des artistes. Jacques de Létin  y est présent, avec " La piscine probatique ", une toile qui sera aussi restaurée, en Touraine, à l’atelier de Marc Philippe. Le Christ, lui, est un exceptionnel exemple d’une école classique à la Française, avec quelques influences baroques. D’ailleurs, il est devenu un modèle imité, reproduit ".

Déplacer ce Christ d’1,30m, très lourd, et difficile à aller chercher en hauteur, n’était pas chose aisée. Pour pallier les difficultés d’accessibilté, un échafaudage et une plateforme, pour être face à l’objet, ont donc été installés dans l’église Saint-Remy. La totalité de l’opération, d’un coût de 7.300 euros, a été financée à 60 % par la Ville de Troyes.
 


L’Etat a apporté 30 % à cette restauration, par ailleurs soutenue par le Conseil Départemental.
Les deux restauratrices ont travaillé d’arrache-pied, pour qu’en moins d’une semaine, les travaux soient terminés. Les fidèles peuvent désormais assister à la messe en grégorien, en présence du Christ de Girardon qui a retrouvé tout son éclat, dans une église qui a bien failli être démolie, au 19 ème siècle. Sans la mobilisation des habitants, l'église Saint-Remy, victime d'un ouragan, aurait été détruite. Depuis le mois d'avril 1908, elle est classée monument historique.
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