Bas-Rhin : Des jardins à visiter cet été dans le secteur de Barr

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Rund Um. Les "rendez-vous aux jardins", ce week-end de juin où des jardins privés s'ouvrent au public, sont déjà loin. Mais en Alsace comme ailleurs, certains jardins accueillent des visiteurs durant tout l'été. Exemples dans le secteur de Barr.

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Du 3 au 5 juin dernier, d'innombrables jardins privés alsaciens pouvaient être visités. Et parmi eux, une petite dizaine dans le secteur de Barr.

Mais si vous avez raté ce moment, les séances de rattrapage sont possibles. De nombreux jardins privés – et publics – qui font partie de l'association Parcs et jardins d'Alsace, accueillent encore le public durant tout l'été. On vous en présente deux, pour vous faire envie.

Le Jardin Pierrot à Epfig

Derrière un grand portail en fer forgé, un havre de verdure, qui s'étend sur 30 ares. C'est le "petit paradis" de Béatrice et Michel Pierrot. Appelé Jardin Pierrot, tout simplement.

Dès l'entrée, le visiteur ne sait où poser le regard, tant il y a à voir. Tout s'entremêle, et l'œil ne veut rien manquer. Partout du vert, des fleurs, des massifs, des arbres. Des allées, des décorations. Un étonnant mélange d'espace structuré et de liberté foisonnante. Un jardin généreux, exubérant, à la fois fou et sage, dont les diverses zones thématiques se succèdent en douceur.

A la suite des propriétaires, on découvre le jardin anglais, le coin "petit Versaille", le potager, le verger, le bassin aux nénuphars et ses plantes d'ombre. Une profusion de petits lieux au caractère affirmé, qui s'interpénètrent sans délimitation

Car le potager accueille aussi des fleurs, et le verger s'égaie de fleurs et de légumes. "Tout est mélangé pour que ce soit beau" explique Béatrice Pierrot. "On voulait un jardin généreux qui donne de tout, et esthétique toute l'année, du printemps à l'automne."

Tout est mélangé pour que ce soit beau.

Béatrice Pierrot

Cette joyeuse harmonie est le résultat de plus de quarante années "d'un jeu à quatre mains" comme l'exprime joliment la propriétaire des lieux : "Je suis celle qui plante, et Michel fait les structures et les sculptures." Et ce dernier confirme : "J'adore bricoler."

On le croit volontiers. Partout, discrètement dissimulés dans les massifs, ou joliment mis en évidence, des gloriettes, des tonnelles, des cabanons jalonnent l'espace, surmonté d'une superbe cabane en hauteur, qui trône dans un arbre. Mais le jardin est également rythmé de décorations de toutes sortes, créations, ou détournement de vieux objets.

"On ne jette rien, on transforme tout" précise Béatrice Pierrot. Pour créer et recréer ce jardin en constante évolution, chacun apporte ses idées et ses envies. "On n'est pas toujours d'accord" reconnaît Michel Pierrot. "Mais on trouve toujours une solution" ajoute sa femme. "Comme des moutons dans un pré, nous finissons toujours par nous retrouver."

En parfaite harmonie avec les plantes, dont 80 variétés de roses et une vingtaine d'hortensias, toutes sortes de bestioles, poissons dans le bassin, oiseaux ("une vingtaine d'espèces"), hérissons, orvets et d'innombrables insectes sont ici chez eux.

Au fil des ans, le couple de propriétaires a dû s'adapter à l'évolution climatique. "On récupère l'eau de pluie de tous les petits toits, ainsi que des gouttières de notre maison" explique Béatrice Pierrot. "Elle s'écoule vers des réservoirs, qui permettent de stocker jusqu'à 6.000 litres." Ces récupérateurs d'eau sont dissimulés un peu partout, dans les cabanons de Michel. "Mais dans un grand jardin comme celui-ci, c'est très vite utilisé."

Pas d'arrosage automatique, mais des robinets un peu partout. "On arrose avec des arrosoirs, ou au tuyau, et on met l'eau directement au pied des plantes, pas par-dessus." Pour maintenir l'humidité du sol, ils le couvrent au maximum de foin, de paille ou de broyat de leurs plantes.

Impossible de comptabiliser les heures consacrées à leur œuvre. "On est dans le jardin du matin au soir" confie Michel. Pourtant, pas question "d'effrayer" leurs visiteurs. Béatrice se veut rassurante : "Nous avons d'autres activités, et nous réussissons aussi à partir en vacances" affirme-t-elle. "Et puis, quand le jardin est beau, on ne pense plus au travail."

"Ce n'est pas un travail, c'est du plaisir" renchérit son mari. Un plaisir qu'ils adorent présenter aux autres. "On le fait visiter pour partager notre petit bonheur" résume simplement Béatrice.

Le "jardin Pierrot", au 65 rue Finkwiller à Epfig, se visite sur rendez-vous de juin jusqu'à fin août.

Le jardin d'un Brocanteur

A Barr, l'entrée du jardin de Christian Fontaine est plus confidentielle. Une porte étroite percée dans une muraille, puis un escalier vers une maison en hauteur, avant d'atteindre un espace insolite, tout en pente. Le jardin d'un Brocanteur est un univers qui se déguste pas à pas, surprise après surprise.

Son propriétaire, Christian Fontaine, sert de guide pour "faire visiter tous ses petits recoins et dédales." Ici, aucune évidence, et d'innombrables obstacles visuels bien placés empêchent toute vue d'ensemble.

Quelques marches, une petite allée qui tourne, trois autres marches, un sentier… L'œuvre du maître des lieux est un labyrinthe dans lequel il faut oser se perdre. Mais pas de crainte, le visiteur s'y retrouve toujours, car le jardin fait à peine 10 ares de superficie. 

Première évidence : du vert. Partout. Christian Fontaine cultive bien quelques plantes à fleurs, mais il affectionne particulièrement les feuillages. Arbres, buissons et plantes basses, c'est la variété des feuilles, de leurs tailles, leurs formes, et des nuances infinies de leurs verts, du jade à l'émeraude, qui frappent le regard.

Et en couleur complémentaire, l'orangé de la rouille, "car la rouille se marie très bien avec le végétal" explique Christian Fontaine. Chaque carré, chaque petit talus, chaque recoin, s'orne ainsi de vieux objets chinés, principalement de métal.

Fleurs en boutons de robinets, statuettes, bidons, trottinettes, chaque chose trouve son emplacement. Des billes de verre ou des trèfles de cuillers argentées égaient le béton du dallage. Des petites bouteilles ou des assiettes dépareillées bordurent les plates-bandes.

"Souvent quand je vois un objet, je me dis : je peux en faire quelque chose. Ça peut mettre 2 jours ou 3 mois, mais après, j'arrive à l'intégrer dans le jardin et l'associer à des plantes" raconte le propriétaire.

Ni vraiment jardinier, ni vraiment brocanteur, il se présente comme "passionné par ces deux domaines." Il y a 25 ans, quand lui et sa femme ont acheté cette maison et le verger pentu qui la jouxtait, les objets qu'ils chinaient depuis des décennies ont tout naturellement pris place à l'extérieur comme à l'intérieur. 

Les objets inertes entrent en dialogue avec les végétaux bien vivants. Et chuchotent aux visiteurs qu'ici, le bric-à-brac délaissé par d'autres retrouve dignité et respect, et a droit à une vieillesse sereine. Car il n'est pas question d'éternité. Christian Fontaine le sait bien, les choses qui rouillent finiront par disparaître. Comme certaines plantes.

Le "jardin d'un brocanteur" n'a donc rien d'immuable. Créé sans plan préétabli, au fil des intuitions de son propriétaire, il est en évolution constante. Car lui aussi doit s'adapter aux changements climatiques.

"Il y a quelques années, la perte des plantes se faisait en hiver. Depuis quelques années, c'est en été" constate Christian Fontaine. "J'ai enlevé beaucoup de plantes, car elles ne supportaient pas nos étés. C'était une guerre de tous les jours pour les garder en survie. Et ce n'est pas le but."

Mais tant que, sur son petit coin de terre, le vivant et l'inerte, l'avenir et le passé, se retrouvent mystérieusement à l'unisson pour tisser de nouvelles histoires, il est heureux. "C'est vraiment une aire de jeu pour moi, une aire de jeu", reconnaît-il. 

Le jardin d'un Brocanteur est ouvert les samedis et dimanches après-midi de 14h à 18h jusqu'à fin juillet.

Et sur rendez-vous, en semaine et jusqu'à fin août.