Procès des attentats du 13 novembre : "Les terroristes ne gagneront pas", espère un rescapé alsacien du Bataclan

Le procès des attentats du 13 novembre 2015 débute ce mercredi 8 septembre à Paris. L’Alsacien Thomas Schneider est un des rescapés du carnage du Bataclan. Six ans après, il veut tourner la page en allant témoigner à la cour d'assises spéciale.
Thomas Schneider lors de l'entretien avec l'équipe de France 3.
Thomas Schneider lors de l'entretien avec l'équipe de France 3. © Arnaud Rapp / France Télévisions

Le procès des attentats du 13 novembre 2015 s'ouvre ce mercredi 8 septembre devant la cour d'assises spéciale de Paris, six ans après les attaques terroristes. Un procès hors norme. Plus de huit mois d'audience. Vingt accusés, dont Salah Abdeslam, seul membre encore en vie des commandos qui ont tué 130 personnes et blessé des centaines d'autres aux abords du Stade de France, sur des terrasses de restaurants et dans la salle de spectacle du Bataclan à Paris. On dénombre 1.765 parties civiles.

Parmi les victimes de l’attaque du Bataclan, Thomas Schneider, un Alsacien habitant Haguenau, dans le Bas-Rhin. Il était venu assister au concert du groupe californien Eagles of Death Metal, avec une amie. Six ans après, il va témoigner à la barre, en espérant pouvoir tourner la page. Une équipe de France 3 l'a rencontré.

Pouvez-vous nous raconter ce jour où vous êtes parti à Paris pour voir votre groupe préféré ?

J’y suis allé avec ma meilleure amie. On arrive en début d’après-midi à Paris. Avant de nous rendre au concert on a dans l'idée de manger un bout. Juste avant, on va repérer la salle et en passant devant on voit cinq, six personnes qui font la queue. Tant qu’à faire, on fait la queue aussi. On se dit qu'on va pouvoir être devant, au niveau de la barrière. Ça va être chouette. 

Comment se passe le concert ?

Très bien. J'étais juste un peu fatigué ce jour-là. C’était vraiment cool. Et au bout de trois quarts d’heure arrive ce qui doit arriver. C’était vraiment la fête et d’un coup…les terroristes qui rentrent. On pensait à des bruits de pétards ou de deuxième batterie. On se retourne et là je vois ce qui se passe. Notre premier réflexe est de sortir après avoir vu les flashes des armes, les gens qui tombaient.

Vous étiez tout devant. C’est ce qui vous a sauvé la vie ?

Oui. Je suis en face du guitariste, les amplis juste à côté, à une dizaine de mètres de la sortie de secours. Il suffisait d’enjamber les barrières pour pouvoir sortir.

Vous pensez être en sécurité et en fait non. On vous tire encore dessus ?

Oui c’est ça. On est sortis par l'issue de secours qui donne sur le passage Amelot, une ruelle assez longue. On court. Quelqu’un dans la rue au téléphone avec la police nous dit de ne pas rester là, de nous réfugier le plus vite possible. Et effectivement, ils nous tiraient encore dessus, dans la rue. C’est à ce moment-là que quelqu’un nous a ouvert et qu’on a pu se réfugier dans un appartement.

Vous vous en sortez sans trace physique. Les traces psychologiques, vous ne les percevez pas tout de suite ?

C’est ça. La première année, je ne m’en rendais pas compte. Je menais une vie normale mais de manière beaucoup plus calme. Rien ne m’énervait j’étais vraiment détendu. D’un coup, la pression est montée, je ne dormais plus. Le manque de sommeil, les cauchemars tous les soirs ont été un révélateur. Au bout d’un moment, je n’osais plus m’endormir de peur de revivre ça. En plus, je me sentais coupable. Pourquoi moi je suis en vie et pas quelqu’un d’autre. J’étais célibataire sans enfants. En quoi ma vie vaut plus que celle d’un père de famille ?

J’étais hyper irritable, surtout au travail. Je ne mangeais plus trop, je perdais du poids. J’ai commencé à boire un peu pour pouvoir dormir. Le cercle vicieux, quoi. C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte qu’il y avait un problème.

Comment vous avez fait pour vous en sortir ?

Je m’étais mis en arrêt pour pouvoir déconnecter. Prendre du temps pour moi, aller voir un psy, j’ai essayé plein de choses. Voir des concerts, vraiment en profiter et ne penser plus à rien.

La musique, c’est une thérapie ?

Oui totalement. Il y avait l’appréhension (de retourner dans une salle de concert). C’est ce style de vie qui était visé et qui était le mien. Sortir dans les bars, voir des concerts, voir des amis. Ne plus faire ça, c’était leur donner la victoire. Et je n’ai pas envie de changer de vie, même si j’ai peur. Certains sons de batterie ressemblent beaucoup à des coups de kalachnikov.

Vous tenez à témoigner au procès. Pourquoi ?

Ça va être dur mais je tiens à le faire. Pour ne pas les laisser gagner, pour parler de ce qui nous est arrivé. Les gens ne se rendent pas compte de qu'est le stress post-traumatique. Au bout de trois, quatre ans on me fait souvent la remarque, "c’est bon tu devrais aller mieux, tu devrais te soigner". C’est important d’en parler. Je ne suis pas sorti avec une blessure physique, on ne la voit pas, c’est ça le problème. Des fois je me dis que j’aurais préféré en avoir une pour leur montrer et dire, "tiens regarde, je n’ai plus de bras ou je n’ai plus de jambes". C’est horrible de dire ça mais des fois on en arrive à ce stade.

Qu’attendez-vous de ce procès ?

Pouvoir parler et mettre un visage sur ce qui s’est passé. Sur Abdeslam et les autres qui seront présents au procès. Qu’on puisse se confronter à eux. Ils ont tiré à l’aveugle sans voir sur qui ils tiraient.

J’ai envie de me confronter à eux, ce ne sera peut-être pas possible mais j’ai envie de les voir. C’est un peu rageant d’avoir vécu et de ne pas pouvoir "riposter", juste subir. Le procès peut amener une contre-attaque, pas de manière violente, comme eux, mais de manière légale, selon notre mode de vie et pas le leur.

Vous espérez des réponses ?

J’espère mais de la part des accusés je ne pense pas qu’il y en aura. Abdeslam n’a jamais parlé, les autres pas beaucoup non plus. L’État et les forces de l’ordre devront s’expliquer et le feront, je pense.

Craignez-vous que ce procès réveille des souvenirs ?

Oui, ça fait deux, trois mois que j’y pense assez souvent et je me suis décidé à me dire que j’allais vivre avec. Depuis six ans on pense au procès, on a eu le temps de s’y préparer.

Après le procès, vous allez pouvoir oublier ?

Jamais. Je n’ai même pas envie d’oublier, juste vivre avec mais différemment, que ça s’apaise sans toutes ces pressions. Je vois la vie différemment. J’ai l'habitude de dire que tout, depuis cette date, c’est du bonus. Je profite plus de la vie en saisissant les opportunités et même si c’est risqué, tant pis, j’essaie. 

Vous avez préparé ce que vous allez dire ?

Je vais tout mettre par écrit dans les grandes lignes mais pour l’instant je ne sais pas trop. Il y a beaucoup de choses et peu en même temps. Il faut que ça mûrisse.

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