Abus sexuels dans l'Eglise : l'archevêque de Strasbourg présente un code de relations pastorales inédit

Pour lutter contre les violences et abus sexuels dans l'Eglise, l'archevêque de Strasbourg met en place une initiative révolutionnaire : "Dans l'église, on ne veut pas être à la ramasse, mais en avance sur la société". Son "code de relations pastorales" doit être promulgué mi-novembre 2020. 
Monseigneur Ravel, archevêque de Strasbourg, met en place un code contre les abus sexuels dans l'Eglise
Monseigneur Ravel, archevêque de Strasbourg, met en place un code contre les abus sexuels dans l'Eglise © France télévisions
Pour Monseigneur Ravel, archevêque de Strasbourg, la lutte contre les abus sexuels dans l'église n'est pas une nouveauté. En 2018, il a publié une "lettre pastorale" demandant à l'Eglise de "changer en profondeur". "J’ai été touché par ma rencontre avec plusieurs dizaines de victimes, et l’appel du pape il y a deux ans et demi était très net : "il faut inaugurer ou poursuivre cette lutte." Deux ans plus tard, le 6 octobre 2020, il annonce la création d'un "code de relations pastorales".

Permettre aux victimes de parler 

Depuis 2018, l'archevêque appelle les victimes à parler, mais il faut trouver le juste équilibre entre confession et remontées des signalements aux autorités judiciaires : "Notre but est de rester très fin, mais de permettre à la justice d’agir. Moi je n’ai jamais reçu personne en confession, qui m’a dit : " j’ai été victime ou auteur ou témoin." Tous ceux et celles que je reçois, ce n’est jamais dans le cadre de la confession. Et là, très clairement je leur demande : "Etes-vous en état de porter plainte, ou est-ce que vous voulez que je vous accompagne ? Sachez que  je vais mettre en œuvre la justice parce que j’ai signé une convention, un protocole avec les parquets, les procureurs de la République, ce qui fait que je suis tenu à faire un signalement de sorte que la justice puisse faire son enquête et avancer tranquillement, et que moi, je ne puisse pas polluer l’enquête de la justice." 

Outre un protocole signé avec les quatre procureurs d'Alsace dans lequel le diocèse de Strasbourg s'engage à signaler systématiquement les infractions sexuelles, il a également signé deux conventions avec les Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) pour la prise en charge des victimes, ainsi que celle des auteurs de violences sexuelles.
 

Ne pas en arriver aux abus

En parallèle le diocèse travaille à la mise en place de modules de prévention, dans le cadre de l'enseignement du catéchisme. Une sorte de protocole de bonne conduite ou un garde-fou. Ce code des relations pastorales est en fait un texte central flanqué d'une nuée d’autres textes. "On y trouve des choses qui s’imposent" explique Monseigneur Ravel, comme par exemple : « Je ne prends pas la parole seul face à un groupe de mineurs, ça ne veut pas dire que c’est immoral d’être seul un jour avec un enfant en se promenant dans la forêt, les parents la famille le font. Mais dans la relation pastorale, qui est une relation d’autorité (spirituelle certes, mais ça reste une autorité), par rapport à une jeune femme ou un jeune homme, un enfant, un adolescent, je dis c’est fini, tout ça. »"
 

Le Code des relations pastorales pour le diocèse de l'Alsace by France3Alsace on Scribd


Toutes les victimes, mineures et majeures, ne se sont pas encore signalées, mais la démarche alsacienne les incite toutes à porter plainte, même lorsque les faits sont prescrits. Objectif : faire mener une enquête et des procédures canoniques pour mettre fin à ce fléau qui détruit des vies. Sur la période de 1947 à 2020, le diocèse d'Alsace a recensé cent quatre dossiers. Vingt plaintes ont été déposées pour l'année 2020.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
religion société violence faits divers