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Affaire Naomi Musenga : les parents réclament l'ouverture d'une information judiciaire

Conférence de presse des parents de Naomi suite à la publication du rapport de l'IGAS / © Grégory Fraize / France 3 Alsace
Conférence de presse des parents de Naomi suite à la publication du rapport de l'IGAS / © Grégory Fraize / France 3 Alsace

Deux jours après la publication du rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur l'affaire Naomi Musenga, cette jeune fille de 22 ans, décédée en décembre 2017, ses parents ont réagi ce vendredi 22 juin lors d'une conférence de presse pour réclamer justice.

Par Anne-Laure Herbet

Deux jours après la remise du rapport de l'Inspection générale des affaires sociales sur les dysfonctionnements concernant la prise en charge de leur fille Naomi Musenga, décédée le 29 décembre 2017, sa famille a souhaité s'exprimer lors d'une conférence de presse à Strasbourg ce vendredi 22 juin. Ils se sont exprimés durant plus d'une heure et quart aux côtés de leurs avocats Mohamed Achour et Jean-Christophe Coubris, et aussi du professeur Christian Marescaux (médecin strasbourgeois et auteur de Hôpitaux en détresse, patients en danger).


Un rapport de l'Igas "insuffisant"

La famille de Naomi comme les avocats se félicitent du rapport de l'Igas qui met en évidence les dysfonctionnements du Samu strasbourgeois. Dans le rapport, il est écrit que les "réponses non-adaptées de l'assistante de régulation médicale (ARM)", qui n'avait pas pris au sérieux de Naomi Musenga ont "conduit à un retard global de prise en charge de près de 2h20".

Mohamed Achour, l'un des avocats de la famille revient d'ailleurs sur ces dysfonctionnements: "Dans les bonnes pratiques du Samu, tout appel à caractère médical doit être transmis à un médecin régulateur. A Strasbourg, ce n’était pas le cas, l’opératrice pouvait faire un tri en fonction des urgences. Mais même à Strasbourg, en cas de douleurs abdominales, l’opératrice doit renvoyer à un médecin régulateur. Et là, ça n'a pas été le cas. Dans ce rapport, on va dans le sens de la ministre de la Santé, de dire qu’il s’agit d’une responsabilité individuelle. Mais ce rapport est insuffisant, car on n’aborde pas la question des moyens. 1.600 appels par jour redirigés vers un médecin régulateur, ce n’est pas possible. Sur une heure, seuls 40% des appels basculent vers des médecins."


Quid de l'ouverture d'une information judiciaire?

Jusqu'à maintenant, il n'y a pas eu d'ouverture d'une information judiciaire ou de mise en examen : c'est la revendication essentielle de cette conférence de presse. "La seule façon pour la famille d’exprimer son point de vue, continue Mohamed Achour, c’est l’ouverture d’une information judiciaire avec des demandes d’actes, pour orienter les recherches médicales. Nous insistons auprès de madame la procureure pour que l’enquête préliminaire cesse et que des mises en examen soient prononcées, que la famille puisse avoir accès au dossier, que la vérité soit faite."

Jean-Christophe Coubris, l'autre avocat de la famille de renchérir : "On n’a pas un dossier complet aujourd’hui, c’est inacceptable ! Vous voulez la transparence, très bien donnez moi le scanner ! donnez moi l’autopsie ! donnez moi la fiche du Smur… Et vient le problème de la cause du décès : c’est la moindre des choses pour les parents. Il faut se souvenir qu’il y a un scanner qui met en évidence une nécrose d’une artère ou d’une veine, on pose ce diagnostic. On va attendre ensuite 112 heures pour réaliser une autopsie, le 3 janvier. Le corps se détériore. Avant cela on avait attendu 10 heures pour le conserver dans de meilleurs conditions puis le transporter d’une morgue à une autre… comment voulez vous avec un corps dont toutes les cellules se sont détruites trouver les causes de la mort ?"


Le soutien du professeur Christian Marescaux

A la demande la famille Musenga, le professeur Christian Marescaux éait présent à cette conférence de presse.
Le professeur Christian Marescaux est bien connu pour ses prises de position contre la baisse des moyens dans les hôpitaux : "les parents de Naomi m'ont contacté parce que peu de médecins acceptent de se heurter à l'hôpital. L’hôpital planque tout ce qui l’accuse. C’est du camouflage avec du pipeautage. Je dis à nos administrations, arrêtez de nous prendre pour des cons, arrêtez de vous foutre de notre gueule, Naomi n’est pas morte parce qu’elle a bouffé trop de paracétamol."
"Il y a bien eu une étude toxicologique mettant en avant un fort taux de paracétamol : mais on a fait des prélèvements dans le liquide de l’œil car il n’y avait plus de sang disponible à cause de l’état du corps. Ce n’est pas une bonne approche toxicologique! Le taux de paracétamol était trop élevé par rapport à la norme : mais on ne peut dire ça avec un dosage tiré de l’œil."
Bref, pour le professeur Marescaux, on n'essaie pas pour l'instant de trouver les causes de la mort de Naomi et donc de savoir si oui ou non on aurait pu la sauver si elle avait été prise en charge plus tôt.

Le manque de moyens des hôpitaux pointé du doigt

Et de mettre en avant le manque de moyens et de personnel chronique de l'hôpital. Pas assez de médecins notamment pour répondre aux appels du Samu : "Quand on a aucune formation médicale et qu’on répond au téléphone on est standardiste, le reste c’est du jargon. Ces problèmes de dysfonctionnements du samu ont été signalés depuis longtemps. J’ai depuis 2007 lancé des signalements, j’ai eu des procès en diffamation. Vous pensez que le Samu de Strasbourg fonctionne en désaccord avec la direction générale ? Qui a réduit le nombre de postes ?  Ce sont les urgentistes qui demandent à être un pour 70 malades ? C’est la direction qui leur dit c’est comme ça et pas autrement". Et l'avocat Mohamed Achour d'en rajouter : "Nous avons l’intention de remonter la chaine des responsabilités jusqu’au directeur général. Il a peut-être sauvé sa tête au niveau administratif mais il est en sursis dans le cadre judicaire." En effet, à la suite de la publication du rapport de l'Igas, le directeur des HUS de Strasbourg, Christophe Gautier se félicitait de ne pas être pointé du doigt directement par l'administration.

La détresse, la colère et l'appel à l'aide de la maman de Naomi

Très digne, Bablyne Musenga, la maman de Naomi, s'est néanmoins laissé déborder par ses émotions et a interpellé les pouvoirs publics. "Est-ce qu’on  nous prend pour des cons, des gens qui ne sont pas allées à l’école ? On ne répond pas à mes questions. J’implore madame la procureure : aidez moi à ce que j’arrive à entrer dans le fond ! ras le bol !! Un directeur de l’hôpital qui ne veut pas répondre ! Vraiment que la justice nous vienne en aide, madame la procureure, je vous en prie aidez nous parce que là on a un peu les yeux flous. On veut savoir. Pour qu’on puisse être en paix. Couvrir un enfant avec un habit, c’est de la souffrance. J’aurais préféré que ma fille puisse me couvrir comme j’ai couvert ma mère."

Bablyne Musenga se met à sangloter. C'est son mari qui prend la parole pour clôturer cette conférence de presse : "Je vous porterai bientôt une chanson que chantait Naomi composée par sa sœur Déborah et chantée avec Louange. Vous allez voir la finesse la tendresse qui se dégagent." Puis  remerciant tout le monde pour le soutien apporté, la famille de Naomi est partie.




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