En Alsace, après le confinement, les potagers urbains ont la cote

Pas besoin d'avoir un jardin pour faire pousser ses propres légumes. Pendant le confinement, les Alsaciens ont été nombreux à tester le potager sur le balcon ou la terrasse, et ils ont découvert les joies de jardiner et de consommer leur production.

Les radis et les tomates s'adaptent parfaitement au milieu urbain
Les radis et les tomates s'adaptent parfaitement au milieu urbain © Myfood
"Nous n'avons pas de statistique exacte, mais c'est évident qu'il y a eu assez vite un engouement pour les plants de légumes pendant et après le confinement. C'était presque comme un instinct de survie" raconte Laurent Sonnendrucker. Dans la famille, ils sont pépiniéristes et horticulteurs depuis plusieurs dizaine d'années, et la jardinerie située dans le quartier de Koenigshoffen à Strasbourg existe depuis 60 ans. 

Son épouse, Hélène Sonnendrucker, a elle aussi observé une affluence inhabituelle dans le magasin, avec une clientèle nouvelle, désireuse de se mettre au jardinage. D'ailleurs, le terreau et les bacs se sont arrachés, en même temps que les jeunes plants de légumes : tomates, poivrons, courgettes, aubergines etc..... "Et même des salades..... Des salades dans des jardinières, sur les balcons, je n'avais encore jamais vu ça!" s'amuse-t-elle
Basilic, persil, menthe, ciboulette, estragon : les plantes aromatiques sont faciles à entretenir et se prêtent parfaitement à la culture sur balcon
Basilic, persil, menthe, ciboulette, estragon : les plantes aromatiques sont faciles à entretenir et se prêtent parfaitement à la culture sur balcon © Sonnendrucker

Un idéal d'autosuffisance attisé par le confinement  

"Il y a eu des achats presque irrationnels", ajoute Laurent Sonnendrucker "Des plants de salade à peine germés ou des pieds de tomates qui dépassaient à peine du pot, réclamés par une clientèle qui n'a pas l'habitude de jardiner. On n'arrêtait pas de semer et re-semer, mais ça partait tellement vite qu'on n'arrivait pas à suivre". Selon lui, toutes les régions de France ont été confrontées au même phénomène. Impossible donc de passer commande chez les voisins car plus personne n'était en capacité de répondre à la demande.
Laurent Sonnendrucker, pépinieriste et horticulteur, confirme un engouement pour les plantes potagères et aromatiques qui représentent désormais un tiers des ventes
Laurent Sonnendrucker, pépinieriste et horticulteur, confirme un engouement pour les plantes potagères et aromatiques qui représentent désormais un tiers des ventes © Sonnendrucker

Une dynamique qu'il faut toutefois relativiser, explique-t-il, car il y aura forcément de la déception. Des végétaux plantés trop jeunes et trop tôt dans la saison : le résultat ne sera pas forcément à la hauteur des attentes. Cette année 2020 reste donc atypique. Il ne faudra pas forcément s'en inspirer pour l'avenir. Il y a cependant une tendance bien réelle : la demande en plantes potagères et aromatiques grignote lentement mais sûrement la part des plantes ornementales, passant de 10% à plus d'un tiers.

Des légumes maison toute l'année

L'envie de consommer sa propre production peut même pousser certains à investir dans des systèmes sophistiqués... Et couteux! C'est le cas des serres connectées de la start up Myfood basée à Molsheim.
La serre connectée de la start up Myfood s'adapte au milieu urbain
La serre connectée de la start up Myfood s'adapte au milieu urbain © Myfood

Il faut compter entre 4.000 et 20.000 euros pour acquérir un bijou de technologie qui permet de produire des légumes en toute saison, en combinant les principes de la permaculture et de l'aquaponie : les plantes poussent dans des bassins à poissons, et ce sont leurs déjections qui apportent les nutriments aux végétaux. Ajouter à cela toute une batterie de capteurs électroniques qui permettent de mesurer en temps réel et en continu la luminosité, l'humidité, la température, le PH etc....  De quoi produire plus de 400 kilos de légumes par an, soit la consommation d'une famille de quatre personnes.
 
Les déjections des poissons apportent les nutriments nécessaires aux plantes
Les déjections des poissons apportent les nutriments nécessaires aux plantes © Myfood

Malgré les prix prohibitifs affichés, la start-up a doublé ses ventes avec le confinement. Une vingtaine de serres vendues chaque mois, en France mais aussi à l'étranger, de l'autre côté de l'Atlantique. "Il y a clairement un effet COVID" affirme Anne-Lorraine de Roquefeuil, responsable de la communication. "Mais il y a également d'autres explications. Les gens ont des préocupations environnementales plus fortes, ils constatent l'épuisement des ressources et notamment l'eau et le sol. Et ils s'estiment trop dépendants des circuits de distribution traditionnels. Ils veulent être autonomes sur une partie de l'alimentation".

La solution contre le manque d'espace

Les serres connectées sont adaptées à un usage urbain, mais elles peuvent également séduire ceux qui disposent déjà d'un jardin. C'est le cas de Jauffrey Walt, qui a franchi le pas pendant le confinement, il vient d'acquérir une structure pour 15.000 euros. "J'y pensais déjà depuis quelques années, mais le confinement m'a conforté "assure-t-il. Pour lui aussi, c'est l'idée de plus d'autonomie qui a été le principal moteur.
Jauffrey Walt a installé une serre connectée dans son jardin à Rodemack, à la frontière luxembourgeoise
Jauffrey Walt a installé une serre connectée dans son jardin à Rodemack, à la frontière luxembourgeoise © Jauffrey Walt

Certes, cet Alsacien originaire de Haguenau, désormais installé à la frontière luxembourgeoise, dispose déjà d'une maison avec un jardin, mais "le terrain est très cher. Hors, avec ma serre de 20m2, le système de plantation verticale, je peux cultiver l'équivalent de 50m2 de surface" dit-il
Cultiver son propre potager, au-delà de l'activité de loisir, il s'agit pour beaucoup de tendre vers une certaine autonomie
Cultiver son propre potager, au-delà de l'activité de loisir, il s'agit pour beaucoup de tendre vers une certaine autonomie © Myfood

Voilà deux mois qu'il a installé sa structure. Il a déjà récolté des salades, des radis, des concombres "Pour les tomates, j'attends qu'elles soient à point. Je veux les savourer...." Il y aura également des courges butternut, des haricots grimpants, du choux... Et il ne s'interdit pas de pêcher quelques poissons. Pour l'instant, ce sont des carpes, mais il envisage un élevage de truites : il paraît qu'une expérience menée en Normandie est concluante.

Plus tard, il complètera peut-être sa structure avec des panneaux solaires, "C'est le mécano le plus cher de ma vie, mais je m'amuse", rigole-t-il. Un loisir, et aussi un formidable champ d'expérience. Jamais à court de défi, ce négociant en vin bio verrait bien également un pied de vigne sous sa serre. Après tout, qui ne tente rien n'a rien. 
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