Alsace : le mois d’avril exceptionnellement chaud et sans pluie pourrait engendrer une sécheresse

Jamais l’Alsace n’avait connu un début d’avril aussi chaud depuis 1924. La région enregistre des températures élevées mais aussi un déficit pluviométrique important qui laissent entrevoir des risques de sécheresse et de départs de feu.
Des vignes sous le soleil d'hiver dans le vignoble haut-rhinois
Des vignes sous le soleil d'hiver dans le vignoble haut-rhinois © Blandine Costentin/MaxPPP
Il n’est pas encore terminé, mais il a d’ores et déjà gagné sa place dans les annales météorologiques. Alors que l'heure est au confinement, ce début d’avril 2020 est le plus chaud jamais observé dans la région depuis 1924, avec une moyenne maximale enregistrée de 21°C, soit "5 à 6 degrés de plus qu’en temps normal", confirme Christophe Mertz, météorologue à Atmo-Risk. Autre record, depuis le début de l’année, six jours de chaleurs à plus de 25° ont été comptabilisés, "ce qui n’était plus arrivé depuis 1949".

Rien qu’à Strasbourg-Entzheim, ce ne sont pas moins de 318h de soleil qui ont été comptabilisées du 19 mars au 18 avril soit sur un mois glissant. Durant cette période, il y a eu 25 jours avec plus de 10h de soleil et seulement deux jours où le soleil a été totalement absent. 
 
Ce phénomène s'explique grâce à la présence d’un anticyclone "protecteur", solidement installé sur la mer du Nord.
 

"Depuis début mars, on a plus d’eau"

Si le thermomètre vire au rouge, l’absence de pluie est aussi notable. "On est sur un mois d’avril sec. On a bien eu quelques millimètres enregistrés à Strasbourg, mais c’est anecdotique. Si on prend Colmar-Meyenheim, il n’y a pas eu une seule goutte depuis la fin du mois de mars. C’est un zéro pointé pour le moment", précise encore Christophe Mertz.

Un déficit pluviométrique important qui fait craindre une possible sécheresse dans les semaines et mois à venir. Certes, les nappes phréatiques ont bénéficié d'une bonne recharge hivernale, comme le souligne le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), dans son bulletin de situation au 1er avril. Néanmoins, un assèchement des sols superficiels est constaté un peu partout en France, et en particulier dans le centre et l'est de la France, avec des taux d'humidité des sols autour de 0,5 %.
 
A partir de mi-mars 2020, les nappes phréatiques ont bénéficié de l’essentiel de leur recharge 2019-2020.
A partir de mi-mars 2020, les nappes phréatiques ont bénéficié de l’essentiel de leur recharge 2019-2020. © Brgm

A certains endroits, les cultures agricoles commenceraient déjà à manquer d'eau. "Depuis mars, on a plus d’eau. Un mois de mars sec c’est bien, ça nous permet de préparer les sols mais là c’est quand même devenu très sec. On se pose des questions pour la suite", confirme Denis Digel, président de la coopérative Les Maraîchers Réunis de Sélestat.

Dans le Haut-Rhin, où le manque d’eau est encore plus criant, "il y a pas mal d’irrigation en cours, aussi bien sur les céréales que sur les maïs", confirme Jean-Louis Galay, responsable du secteur "grandes cultures" à la chambre d’agriculture du Haut-Rhin, évoquant des "situations compliquées" dans le secteur du Piémont et du Sundgau notamment.

"Ce n’est pas encore catastrophique mais s’il y a encore quinze jours sans pluie, ça commencera à devenir plus compliqué. Les rendements pourraient être impactés sur les céréales à paille", constate-t-il
 

"Une situation inflammable"

Si la situation perdure, la météo pourrait également favoriser les départs de feux, engendrés par des sols secs, une masse d’air également très sèche, des vents sensibles avec des rafales de plus de 40/50 km/heure et des températures élevées. 

"Il y a une conjonction d’ingrédients qui provoque une situation inflammable", avance encore Christophe Mertz, qui ne prévoit pas de retour aux normales de saison dans l’immédiat. Le temps sec, anticyclonique, devrait se poursuivre jusqu’à la fin de la semaine avec tout de même quelques pluies attendues ce week-end, "mais rien de significatif", conclut-il.  
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