Avec “La Ferme des Animaux“, la compagnie strasbourgeoise ”Les Ombres des Soirs” fait sa révolution à la campagne

Les acteurs de la troupe s'adaptent chaque soir à un nouvel environnement, naturel. / © Document remis - compagnie Les Ombres des Soirs
Les acteurs de la troupe s'adaptent chaque soir à un nouvel environnement, naturel. / © Document remis - compagnie Les Ombres des Soirs

La compagnie strasbourgeoise "Les Ombres des Soirs" s'invite au vert avec son spectacle itinérant "La Ferme des animaux", adapté du roman éponyme de George Orwell. Six représentations sont au programme à Strasbourg et ses environs à partir du mardi 16 juillet. Au milieu des vignes ou à la ferme...

Par Noémie Gaschy

Jouer La Ferme des animaux impose presque obligatoirement de casser les codes. Pour rester fidèle à l'esprit de révolution qui fait le roman éponyme de George Orwell. Le metteur en scène de la compagnie strasbourgeoise Les Ombres des Soirs", Youssouf Abi-Ayad, a relevé le défi. A partir de ce mardi 16 juillet dans le Bas-Rhin (à Strasbourg notamment), il installe son spectacle loin, très loin de la scène habituelle. 

Les huit comédiens de la troupe se posent, à chaque fois pour un soir, tantôt dans les vignes à Traenheim et Wolxheim, tantôt à la ferme, dans un champ ou un jardin à Strasbourg, Neugartheim-Ittlenheim et Saessolsheim.
 

Pour une fois, le spectacle va à la rencontre de son public et pas l'inverse, mais le metteur en scène refuse de céder aux clichés : "Je n'ai pas l'impression d'apporter la culture, elle est déjà là. Par contre, ce qui est incroyable, c'est que les gens sont vraiment ravis de nous accueillir et chaque jour, on fait de nouvelles rencontres, on doit s'adapter en permanence aux paysans qui nous accueillent et aux lieux que nous découvrons". 
 
Les spectacles se jouent à côté des ballots de paille. / © Document remis
Les spectacles se jouent à côté des ballots de paille. / © Document remis
Ambiance conviviale. / © Document remis
Ambiance conviviale. / © Document remis

"Quand j'ai lu le roman de George Orwell, c'était selon moi une nécessité artistique de jouer à la campagne", explique Youssouf Abi-Ayad.

Le jeune metteur en scène de 27 ans a choisi La Ferme des animaux pour répondre à ses ambitions théâtrales : "Je voulais trouver une œuvre avec un aspect politique, qui ne soit pas déconnectée de la réalité et de l'actualité. Je n'ai pas envie de faire de l'art pour l'art. Je pense qu'on ne peut pas faire fi de ce qui se passe autour de nous. C'est une forme d'engagement, le théâtre est mon arme.
 

Une révolution qui dégénère

Restait alors à trouver une histoire pour raconter cette réflexion politique en parlant au plus grand nombre. Dans le romain d'Orwell, un jour de grande famine, et lassés par les mauvais traitements qu’ils subissent, les animaux de la ferme des Jones se révoltent et chassent leur maître de son domaine qu’ils rebaptisent pour l’occasion "La Ferme des animaux".

Les animaux se libèrent ainsi de l’oppression et prennent le pouvoir. Ils établissent dès lors les lois qui régiront la République des animaux. Comment les nouveaux pouvoirs vont être distribués ? Quelle nouvelle hiérarchie sera établie ? Et quelles en seront les conséquences ?
 
Teaser - La ferme des Animaux

"J'aime beaucoup l'idée de la métaphore, on se sert d'animaux pour parler des humains, cela crée un imaginaire. Il y a d'une part l'aspect de conte qui s'adresse aux enfants, et d'autre part, l'œuvre est très satirique. Chacun peut avoir son niveau de lecture", commente Youssouf Abi-Ayad, sorti de l'école du Théâtre National de Strasbourg (TNS) en 2016. "La tentative de révolution, qui part d'une intention positive, se délite car certains veulent s'accaparer le pouvoir."
 

Le partage comme maître-mot

"Orwell veut éveiller notre conscience et nous tenir alertes quant à notre situation, notre place et notre rôle dans la société. Il montre à quel point le pouvoir peut corrompre l’individu, le mener à sa chute et celle de toute une société. On reconnaît des personnages et des situations de notre vie, en politique mais aussi au sein de nos groupes d'amis.

Les soirées se veulent placées sous le signe du partage. Les spectacles d'1h40 sont suivis d’un repas partagé avec les habitants et spectateurs, invités à apporter un petit quelque chose à manger. Le prix de la représentation est libre. "Je n'allais quand même pas dénoncer le système d'un côté, et demander aux gens de payer un tarif imposé de l'autre. L'idée est de susciter une réflexion chez les spectateurs, qu'ils se demandent pourquoi ils payent et ce que ça représente pour eux", conclut le metteur en scène et comédien. 
 
La soirée se termine autour d'un pot. / © Document remis
La soirée se termine autour d'un pot. / © Document remis

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