"Il nous inspire de l'optimisme" : l'effet Thomas Pesquet sur les futurs astronautes formés en Alsace

A l’occasion du deuxième séjour dans l'espace de Thomas Pesquet, le monde entier a de nouveau les yeux rivés vers les étoiles. L’astronaute français bouleverse les codes. Une expérience essentielle pour l’Université spatiale internationale [ISU], basée à Illkirch (Bas-Rhin).

Thomas Pesquet à bord de la station spatiale internationale le 27 février 2017.
Thomas Pesquet à bord de la station spatiale internationale le 27 février 2017. © HO/ESA/NASA/AFP

« Il a décidé que l’atmosphère n’était pas assez haute pour lui et qu’il voulait aller plus loin, et même s’il gravite à 400 kms au-dessus de nous, ça ne lui monte pas à la tête. » On croirait lire une description du Petit Prince par Antoine de Saint-Exupéry, mais c’est bien de Thomas Pesquet dont il s’agit, raconté par Juan de Dalmau, le président de l’Université spatiale internationale [ISU, International Space University], basée à Illkirch, près de Strasbourg (Bas-Rhin).

Et s’il est un endroit où la nouvelle mission voyage spatial de Thomas Pesquet est particulièrement suivie, c’est bien depuis ce centre de formation de pointe international. L’ISU, créée à la fin des années 1980 par des Anglo-saxons ayant choisi Strasbourg pour sa neutralité et son rayonnement international, forme celles et ceux qui constitueront la futur communauté spatiale mondiale. Des scientifiques et prétendants astronautes du monde entier, qui élaborent tout ce qui sera nécessaire aux terriens pour voyager – voire vivre - dans l’espace à l’avenir.

Selfie pris par Thomas Pesquet à bord de la station spatiale internationale le 23 janvier 2017.
Selfie pris par Thomas Pesquet à bord de la station spatiale internationale le 23 janvier 2017. © T. Pesquet/ESA/NASA via AFP

« L'effet Pesquet est indéniable, constate Juan de Dalmau. Depuis sa première mission à bord de la station spatiale internationale (entre novembre 2016 et juin 2017, voir wikipedia), nous voyons un nombre croissant d’étudiants qui veulent voyager eux-mêmes dans l’espace car il a rendu cela plus atteignable. On voit aussi désormais des candidats qui ont un début de parcours dans la médecine, la biologie ou la psychologie puisque toutes ces connaissances sont nécessaires pour les vols habités. » Autre évolution constatée, qui repose sur le charme indéniable du pilote français : « on a vu postuler beaucoup plus de femmes, elles représentaient 60% de nos effectifs l’an dernier », indique le président de l’ISU.

Un charme auquel a totalement succombé Niamh Shaw. D’origine irlandaise, cette experte de la communication scientifique se forme à Illkirch-Graffenstaden (Bas-Rhin) en vue de passer quinze jours à bord de la station spatiale internationale pour raconter la vie quotidienne à bord, avec ses particularités et ses désagréments. Elle a eu le privilège d’obtenir dix minutes d’entretien par visioconférence avec Thomas Pesquet quelques jours avant le décollage de la fusée Space X. Elle qui avait déjà discuté avec d’autres astronautes a été très marquée par cet échange : « ce qui m’a le plus surprise en parlant avec lui, c’est sa gentillesse et son humilité. Il a le contact très facile, témoigne-t-elle. Et quelqu’un qui sait, comme lui, rester aussi simple, aussi accessible, aussi ordinaire le rend forcément extraordinaire. »

Image captée lors de l'interview accordée à Niamh Shaw par Thomas Pesquet
Image captée lors de l'interview accordée à Niamh Shaw par Thomas Pesquet © ESA

Le spationaute français démystifie l’espace. Il place l’inaccessible à portée de main. « Son tempérament très serein donne l’impression qu’il est invulnérable et que rien n’est dangereux là-haut. Cela rassure et donne beaucoup de courage à ceux qui veulent y aller mais redoutent de se lancer, confesse celle qui rêve d’obtenir son ticket pour la station spatiale internationale. Le message qu’il veut faire passer, c’est que l’espace est pour tout le monde ».

Grâce à Thomas Pesquet, aller dans l’espace ne fait plus peur

Niamh Shaw, candidate pour la station spatiale internationale

Niamh Shaw a été particulièrement marquée par un moment de la première mission spatiale du Français : « quand on l’a vu revenir vers la Terre dans la capsule Soyouz, on voyait les deux autres astronautes souffrir à ses côtés, on sentait que la situation était vraiment inconfortable. Mais lui était assis là, tranquille, comme s’il regardait la télévision".

Selfie de Thomas Pesquet installé dans la capsule Soyouz aux côtés d'Oleg Novitsky, le 31 mai 2017.
Selfie de Thomas Pesquet installé dans la capsule Soyouz aux côtés d'Oleg Novitsky, le 31 mai 2017. © HO/ESA/NASA via AFP

Thomas Pesquet est un ambassadeur inespéré pour l’avancée spatiale. « Lors de sa première mission il n’avait que 38 ans, rappelle Juan de Dalmau. C’est beaucoup plus jeune que tous ceux qui étaient allés dans l’espace avant lui. Son message est donc particulièrement bien reçu par les jeunes et son aisance pour communiquer inspire beaucoup de personnes », se félicite le président de l’Université spatiale internationale.

D’autant qu'il a une façon inédite de transmettre son savoir, via les réseaux sociaux notamment (voir l'un de ses posts ci-dessous), et cela est un atout précieux pour les étudiants en formation. « Souvent, les astronautes issus du monde scientifique ne savent pas vulgariser les choses et expliquer leurs travaux, remarque Niamh Shaw. Lui a une approche plus terre à terre. Il est pilote d’avion de ligne au départ. Il a dû engranger un énorme bagage de connaissances pour réaliser ses missions. Mais il se souvient d’où il vient et de tout ce parcours, et il sait donc encore faire passer les choses de façon simple, en s’adaptant à son public. »

La révolution spatiale est en marche, Thomas Pesquet en est le porte-drapeau

Cette aura naturelle, la communauté spatiale compte bien en tirer profit pour accélérer la conquête de l’univers. Une révolution déjà en marche, qui se fomente notamment depuis l’Université basée en Alsace. « Cette deuxième mission de Thomas Pesquet est très particulière et très attendue, explique Juan de Dalmau. C’est un vol commercial qu’il va partager avec des passagers privés qui ont payé pour ce vol, à bord d’une capsule opérée par une société privée [Space X, de l’américain Elon Musk]. On n’aurait jamais imaginé cela possible il y a dix ans. C’est tout cela aussi que Thomas Pesquet représente ».

Juan de Dalmau sait d’autant plus mesurer les enjeux de cette mission qu’il a travaillé pour l’Agence spatiale européenne et à la direction de la base de lancement de la fusée Ariane, à Kourou (Guyane). « Thomas Pesquet sait nous inspirer et transmettre de l’optimisme. Même si on ne se destine pas à devenir astronaute, nous avons tous à apprendre de lui », conclue-t-il. Et de se rappeler ces mots qu’aime à répéter celui qui nous fait rêver : « Je suis un homme ordinaire, qui va vivre des choses extraordinaires", en hommage à son héros préféré, le Petit Prince, qui fête ses 75 ans en cette année de nouveau voyage dans les étoiles du spationaute français.

Capture d'une vidéo diffusée par Thomas Pesquet en janvier 2017 sur Facebook. Il tient en main les oeuvres complètes d'Antoine de Saint-Exupéry.
Capture d'une vidéo diffusée par Thomas Pesquet en janvier 2017 sur Facebook. Il tient en main les oeuvres complètes d'Antoine de Saint-Exupéry. © Thomas Pesquet/ESA/NASA/Facebook

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
espace sciences éducation société