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Invasion de punaises diaboliques: “on s'attend à une vraie explosion”

A gauche, l'envahisseuse punaise diabolique venue d'Asie ; à droite sa cousine européenne, la punaise nébuleuse. / © Punaise diabolique : Hectonicus, punaise autochtone : Didier Descouens
A gauche, l'envahisseuse punaise diabolique venue d'Asie ; à droite sa cousine européenne, la punaise nébuleuse. / © Punaise diabolique : Hectonicus, punaise autochtone : Didier Descouens

Avec le printemps, Halyomorpha halys est en période de reproduction. De quoi augmenter encore les contingents de cette punaise qui a envahi toute l'Europe. Les signalement ne cessent de se multiplier. 

Par Daniel Gerner

Elles ont passé l'hiver bien au chaud chez vous. Depuis quelques semaines, vous les voyez peut-être ressurgir sur vos murs. Le printemps signe leur grand réveil et le début de la période des amours. "En fonction de la météo, on s'attend à une vraie explosion", explique Jean-Claude Streito, spécialiste de Halyomorpha halys. "Il suffit d'un printemps chaud et sec comme en Italie en 2017..."

La période de reproduction de la petite bête peut s'étendre sur toute la durée estivale. Elle peut pondre quatre à six fois par saison, à raison de 20 à 30 oeufs par ponte, qu'elle pond sous des feuilles. Les adultes vivent de quelques mois à un an.
 

Reconnaissables à leur carapace marbrée, les punaises diaboliques, ou asiatiques car originaires de Chine, ont pris patte en Europe par la Suisse en 2004. Elle serait probablement arrivée cachée dans du matériel pour un jardin oriental. Mais le problème c'est qu'il en arrive continuellement. "Elles voyagent très bien, cachées dans des trains, des containers, explique le chercheur à l'Inra, l'institut national de la recherche agronomique. Elles n'ont pas besoin de plantes. On en a repéré beaucoup dans les voitures qui arrivent d'Asie par bateaux."
 
Halyomorpha halys ou punaise diabolique adore les fruits. / © Jean-Claude Streito
Halyomorpha halys ou punaise diabolique adore les fruits. / © Jean-Claude Streito

Et celles qui sont déjà présentes s'épanouissent. Depuis notre précédent articleles signalements se multiplient, via l'application AGIIR. Plus de 2.000 depuis octobre 2018, contre une centaine par an en moyenne depuis le lancement de l'enquête. "Difficile de savoir s'il s'agit d'un engouement pour l'application suite à la médiatisation ou une explosion de la population, confie Jean-Claude Streito. Pour moi il y a un peu des deux. Cela nous a permis d'identifier formellement un cas de punaise diabolique à Lille. Et les foyers importants, à Strasbourg, Bordeaux et surtout Paris."
 

Menace sur le Nutella

Les enjeux sont avant-tout économiques. Rappelons que la punaise asiatique n'est pas dangereuse pour l'homme, en règle générale. Mais elle représente une vraie menace pour certaines cultures. Aux Etats-Unis, où la bestiole est présente depuis les années 90 déjà, elle provoque de gros dégâts, et la lutte chimique traditionnelle se révèle inefficace. En Europe, c'est l'Italie qui est aux premiers rangs.

La punaise diabolique attaque volontiers pommes, poires ou pêches, et, plus surprenant, kiwis et noisettes. Et c'est peut-être de là que viendra le salut. Les pouvoirs publics restent pour l'instant sourds aux appels du pied des chercheurs, l'Europe tarde à mettre au point un programme de surveillance et d'expérimentation de lutte. Mais les intérêts privés sont eux bien sensibles à la cause.

Ainsi, un certain géant de l'agroalimentaire, Ferrero, pour ne pas le nommer, fabrique sa célèbre pâte à tartiner à base de noisettes italiennes ou turques. En Italie, la punaise a déjà causé de gros dégâts. Et on vient justement de signaler la présence des premières punaises asiatiques en Turquie. De quoi accélérer quelque peu les recherches sur le sujet...
 
Larves et oeufs d'Halyomorpha halys / © David R Lance, USDA APHIS PPQ
Larves et oeufs d'Halyomorpha halys / © David R Lance, USDA APHIS PPQ

"On ne s'en débarrasera pas", reprend le chercheur, "il faut apprendre à cultiver malgré elle." Or pour l'instant, la méthode la plus efficace consisterait à tendre des filets anti-insectes au-dessus des vergers. Ce qui pose la question de la pollenisation. Quant aux autres méthodes de lutte, il faudra encore quelques années de recherche pour aboutir. Les pièges à phéromones, efficaces mais coûteux, ou l'introduction de l'ennemi naturel de la punaise asiatique, une certaine guèpe parasitoïde, qui pond ses larves dans les œufs de la bestiole, pour laquelle il faut avant tout étudier l'impact sur les autres espèces locales. Pour ne pas provoquer une autre invasion.

Quoique la lutte soit de toute façon permanente. A l'Inra, on rappelle qu'en moyenne, en France, on détecte chaque année sept nouvelles espèces invasives d'insectes ou d'acariens, depuis les années 2000. Contre une à deux par an au siècle précédent. La mondialisation est passée par là.

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