La radio Accent 4 menacée de fermeture, "c'est inconcevable qu'elle ferme, mais il ne faut pas se voiler la face"

Accent 4, la radio associative qui diffuse de la musique classique 24h/24 à Strasbourg, Sélestat et Colmar, est en proie à de grandes difficultés de trésorerie. Augmentation des charges, baisse des dons et des subventions, les notes discordantes s'accumulent. Impossible de les ignorer.

Simon Warynski était à peine né lorsque la radio Accent 4 a commencé à émettre à Strasbourg en 1985, sous l'impulsion d'un professeur de mathématique, passionné de musique classique, Yves Klaiber. Aujourd'hui, Simon Warynski est le troisième président de cette radio, et il l'espère, pas le dernier. "Dans mon esprit, c'est inconcevable qu'elle ferme" affirme-t-il, en tempérant aussitôt "mais il ne faut pas se voiler la face non plus."

Car les faits sont là, têtus : toutes les charges ont augmenté, et les soutiens financiers n'ont pas suivi avec la même ampleur. La subvention du FSER, fonds de soutien à l'expression radiophonique, cette année, a été rabotée de 20 000 euros. Quant aux partenaires habituels, ils ont tous réduit la voilure en matière de communication, et cela se ressent sur les comptes de la radio. "On ne peut pas parler de baisse de générosité, nous avons toujours de nombreux donateurs parmi nos auditeurs, mais il nous manque de grands mécènes. Donner sans contrepartie, ça n'existe plus", reconnaît Simon Warynski.

Les pratiques changent, mettant à mal un grand principe appliqué par Accent 4 depuis ses débuts : pas de publicité à l'antenne, mais des subventions, des dons et des partenariats. Évidemment, cette approche n'est pas sans conséquence. L'équilibre budgétaire a toujours été fragile, et le moindre grain de sable peut tout compromettre.

Faudrait-il alors accepter un minimum de publicité ? "On se le dit, mais on ne se l'avoue pas" souffle le président dans une formule qui montre bien à quel point la question est délicate. "Il faudra peut-être engager cette réflexion stratégique pour sauver la radio, mais il faut bien mesurer l'impact que cela peut avoir sur nos auditeurs, et cet impact est difficile à évaluer. Pour l'instant, on fait appel à des soutiens exceptionnels qui nous permettraient de passer le cap. Et nos créanciers, y compris nos banquiers, se montrent vraiment compréhensifs"

Un choix stratégique

Malgré cela, il y a urgence. La radio coûte 250 000 euros par an. Aucune économie ne peut être réalisée sur les charges, et notamment le loyer du local, Place de Bordeaux à Strasbourg, mais aussi le paiement des salaires de trois personnes : une secrétaire, un régisseur, un ingénieur du son. "Je ne cache pas que le versement de ces salaires n'est pas garanti le mois prochain" précise Simon Warynski. Or, un tel incident conduirait à déclencher les procédures légales prévues dans ce genre de situation, et lui qui est avocat et juriste le sait mieux que quiconque. 

À l'antenne pour l'instant, ces embuches financières sont inaudibles, couvertes par l'élégance d'une musique classique allant du Moyen Âge aux œuvres contemporaines. 5 000 auditeurs par jours en Alsace sur la bande FM, grâce à trois fréquences qui trouveraient certainement rapidement preneur auprès de radios commerciales. 

"Si cette radio venait à disparaitre, il n'y aurait pas d'offre équivalente. J'aime beaucoup la connivence qu'ils ont avec les orchestres régionaux, on s'identifie, on s'y reconnait" témoigne Marie Kieffer, auditrice fidèle. Elle écoute Accent 4 quotidiennement et apprécie la programmation qui met en avant des enregistrements méconnus, ainsi que l'information musicale de la région. Accepterait-elle un soupçon de publicité, si cela devait contribuer à sauver la radio ? "Je le comprendrais", dit-elle, tout en précisant que pour la radio comme pour la télé, elle coupe le son dès qu'un spot publicitaire se profile.