Municipales à Strasbourg : après l'affaire des photos érotiques d’étudiantes, Mathieu Cahn se retire de la liste PS

Mathieu Cahn, le 5 février à Strasbourg / © France Télévisions
Mathieu Cahn, le 5 février à Strasbourg / © France Télévisions

Mathieu Cahn a annoncé ce mercredi 12 février qu'il se retirait de la liste socialiste conduite par Catherine Trautmann aux élections municipales à Strasbourg. Cette décision intervient quelques heures après les révélations sur un passé "gênant" : des photos érotiques d’étudiantes.

Par Marie Coulon

Mathieu Cahn, ex tête de liste, passé en deuxième position, a annoncé ce mercredi 12 février qu'il se retirait de la liste socialiste conduite par Catherine Trautmann. Cette décision intervient quelques heures après les révélations sur un passé "gênant" : des photos érotiques. "On cherche à me nuire, à me décrédibiliser", martelait un peu plus tôt dans la journée Mathieu Cahn joint au téléphone.

Depuis quelques heures, l’élu strasbourgeois est plongé dans une tempête médiatico-politique, dont lui et le PS strasbourgeois dans son ensemble se seraient bien passé. Selon les informations révélées mardi 11 février, par Rue89 Strasbourg et Mediapart, l’ancienne tête de liste socialiste pour les prochaines élections municipales, aurait bien été contrainte de céder sa place à Catherine Trautmann il y a tout juste une semaine pour d’autres raisons que celles initialement annoncées.
 

Mercredi dernier, le 5 février, à la surprise générale, Mathieu Cahn avait en effet annoncé sa relégation en deuxième position derrière l’ancienne ministre et maire de Strasbourg, prétextant un dossier de violences sexuelles, dans lequel il est indirectement mis en cause et dont le procès se tiendra en plein entre-deux tours.

"Je sais que je pourrais, dans cette affaire, être l’objet d’attaques personnelles. Elles viseraient, si elles devaient se concrétiser, à plonger ce procès dans une ambiance polémique pour déstabiliser la tête de liste que je suis", avait-il alors déclaré. Sauf que question déstabilisation, la bombe allait exploser quand-même et bien plus fortement.

D’après nos confrères, cette éviction aurait été actée au plus haut niveau du parti, après que ses instances aient eu connaissance "d’éléments ayant trait à son comportement avec les femmes". De quoi s'agit-il? Entre 2004 et 2011, Mathieu Cahn, photographe amateur, aurait rémunéré des jeunes étudiantes pour prendre des poses lascives et réaliser des photos décrites comme érotiques afin d'alimenter son propre blog, édité sous le nom de Mathieu Borowicz.
 

"Payer des filles pour assouvir ses penchants photographiques, c’est de l’exploitation sexuelle"


Rien de répréhensible, sauf qu’en 2008, l’Alsacien devient adjoint à la jeunesse à la ville de Strasbourg puis premier secrétaire fédéral du PS du Bas-Rhin. Lorsque le lien est découvert en 2011, des militants socialistes s’insurgent. Peut-on avoir un élu en charge de la jeunesse et faire travailler des étudiantes ainsi ? En réponse, le "blog de Boro" est supprimé.

Neuf ans plus tard, à l’heure de #MeToo et des scandales d’abus sexuels à répétition, et alors que l’élu brigue la municipalité, c’en est trop. De vieux fichiers sont déterrés pour être envoyés aux rédactions et à l’échelon national du parti. "Ce n’est pas possible que ce soit lui qui nous conduise. C’est quoi le message de l’adjoint au maire : Strasbourg aime ses étudiantes, c’est ça ? Payer des filles pour assouvir ses penchants photographiques c’est de l’exploitation sexuelle", a confié un militant à Rue89. Depuis que la torpille a atteint son objectif, la section départementale du PS se mure dans le silence et aurait activé sa cellule de crise.
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Face à la polémique, le principal intéressé se défend. "On essaye d’instrumentaliser des choses qui relèvent de ma vie privée", assène-t-il. Selon lui, c’est une affaire personnelle, une rupture sentimentale douloureuse avec une jeune militante qui aurait été le déclencheur de l’affaire en 2011. "Cette rupture s’est traduite par la volonté de me salir en racontant une histoire qui n’est pas vraie", explique-t-il, reconnaissant toutefois avoir effectivement pratiqué la photo amateur et tenu une page sur un "site spécialisé" pendant plusieurs années.

"J’ai fait des animaux, des paysages, des portraits et des nus qui n’avaient rien de pornographiques. J’ai eu des échanges avec des étudiantes mais aussi avec des modèles professionnels, sans faire état de mes fonctions", poursuit-il encore. "Laisser entendre que j’ai pu profiter de mes fonctions à des fins pornographiques est ignoble".

Le leader déchu continue d’affirmer qu’il a lui-même pris la décision de se retirer. "J’ai eu une conversation avec Olivier Faure, il m’a laissé le choix de la suite", assure-t-il, affirmant avoir agi pour protéger Catherine Trautmann et la liste PS. 

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